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Nucléaire en Belgique : consensus, innovation ou black-out ?

24 mars 2022 à 14:27Temps de lecture3 min
Par Vincent Choquet, Guillaume Paindavoine, Cynric Vanderose et S.E.

Ces derniers mois, la question du nucléaire a refait surface au sein de la majorité fédérale, l’échéance de sortie du nucléaire, fixée en 2003, se rapprochant. Avec des avis à la fois favorables et défavorables à la fermeture des centrales, les libéraux ainsi qu’une partie grandissante de la coalition soutiennent le maintien du nucléaire pour garantir la sécurité de l’approvisionnement électrique alors que d’autres soutiennent la construction de centrales électriques au gaz afin de remplacer le nucléaire.

Ces centrales au gaz feraient partie d’un mix énergétique comprenant 30% d’énergie offshore en Mer du Nord. Ces prises de position divergentes donnent lieu au mécanisme de rémunération de capacité (CRM) consistant à fermer les centrales nucléaires et à proposer des subsides aux fournisseurs d’électricité afin de construire des centrales à gaz.

Le dernier rapport du Conseil Supérieur de la Santé concernant le risque nucléaire exprime un avis défavorable envers l’énergie nucléaire. Le problème majeur réside dans la gestion des déchets radioactifs et leur stockage. Que faire des combustibles irradiés et de ces déchets, vu le risque qu’ils représentent pour les générations futures ? Comment gérer leur impact potentiel sur la santé des générations futures ?

Le Conseil Supérieur de la Santé estime que "vu la vulnérabilité particulière des sites belges, la poursuite de ce risque pendant 10 ou 20 ans supplémentaires pose des questions d’ordre environnemental, sanitaire et éthique".

La loi sur la sortie du nucléaire incompatible avec les objectifs climatiques

Avec la COP 26 de Glasgow, le monde politique belge fait face à de nouvelles questions. Dans un contexte où la diminution des gaz à effet de serre est un enjeu primordial, il est compliqué de trancher.

La question énergétique reste épineuse, d’autant plus que certains pays limitrophes comme la France ou les Pays-Bas ont décidé de construire de nouveaux réacteurs nucléaires.

Une mise en œuvre symbolique des alternatives, sans réflexions préalables

La Belgique, c’est certain, n’a pas été préparée à un tel bouleversement. Les solutions qui remplaceraient les réacteurs sont au stade de projet et les centrales électriques à gaz ne sont pas des solutions sans émissions.

La ministre flamande de l’Environnement, Madame Demir (N-VA), a même refusé le permis pour une centrale à gaz à Vilvoorde, car celle-ci dépasse les normes d’oxyde d’azote rejeté dans l’air.

Selon ENGIE, le maintien des centrales est difficilement possible alors que l’Agence fédérale du contrôle nucléaire juge que deux centrales peuvent être maintenues.

Malgré la succession des gouvernements, aucun plan fixe et durable n’a été choisi. L’approvisionnement en gaz pour les potentielles nouvelles centrales proviendra de fournisseurs extérieurs à l’UE.

Ces derniers pourraient ainsi décider d’exercer une pression sur le pays en échange du précieux méthane qu’ils fournissent, ce qui leur assurerait un pouvoir sur la politique et l’économie belge.

Comment dès lors faire fonctionner notre royaume avec 70% d’un apport en énergie manquant, et une production qui peine à atteindre les 15 % d’énergies renouvelables tout en restant indépendant de l’extérieur ? Une seule alternative viable fut jusqu’à présent le secteur de l’énergie nucléaire. Le résultat de 18 ans de réflexion, vraiment ?

Vers un mix de solutions et une production durable, indépendante et assurée

Encore plus qu’auparavant, les autorités compétentes se doivent de prendre en compte les intérêts des acteurs liés au dossier énergétique. Le nucléaire pose des problèmes que l’on ne peut ignorer. Mais il nous semble primordial de mettre à l’agenda d’autres moyens de production innovants que les centrales au gaz, difficilement compatibles avec les objectifs fixés pour le climat.

Ainsi, nous recommandons d’agrandir le parc éolien en Mer du Nord, ce qui permettrait de respecter davantage des normes d’émissions. Mais nous sommes surtout convaincus que l’innovation peut nous aider à surmonter la crise.

Avec le développement de réacteurs nucléaires de nouvelle génération, la recherche sur les déchets radioactifs ou encore la fusion, il est possible de trouver une solution à long terme basée sur le nucléaire. Mais pour cela, il est important d’avoir un regard rétrospectif sur la loi de 2003 qui n’est plus en cohérence avec les enjeux actuels.

Enfin, au vu de l’importante fluctuation des prix de l’énergie causée par des crises externes tel le présent cas ukrainien, il nous semble important de garder une certaine autonomie énergétique qui passe avant tout par le nucléaire.

Carte blanche rédigée par Vincent Choquet, Guillaume Paindavoine, Cynric Vanderose et S.E. S.E., étudiants de 3ème Bac Sciences Politiques à UCLMons dans le cadre de leur cours d'Action publique.

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