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Offensive turque en Syrie : communiquer entre journalistes sans mettre les habitants en danger

Illustration - Camille Toussaint

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20 déc. 2019 à 11:14Temps de lecture3 min
Par Sylvia Falcinelli avec Camille Toussaint (dessin)

Notre rétro des coulisses 2019 se poursuit, cette fois à propos de l’actu internationale. Retour en octobre, au moment de l’offensive turque dans le nord de la Syrie. Face à la dégradation de la situation sur place et au danger, des journalistes quittent la région. Mais pas tous. Sur place, un reporter français, Guillaume Perrier, fait partie de ceux qui continuent à suivre et commenter les événements de près.

Sur Twitter, il est repéré par Marie Vancutsem, qui prépare une émission des Décodeurs sur le travail des journalistes dans un contexte de guerre. Comment donner une information fiable au public dans de telles conditions ? Comment agir, se protéger et travailler quand le danger physique se double de difficultés à recouper l’information, croiser les sources et faire le tri entre propagande et faits réels ? Ce sont les questions qu’elle souhaite partager avec les auditeurs.

A propos du contexte :
 

Syrie : une pluie de réactions après l'intervention turque

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Marie prévoit d’interviewer le reporter français en direct dans son émission radio. Et la voilà au cœur de son sujet puisqu’elle se retrouve elle-même en difficulté face au contexte dans lequel lui évolue, en Syrie.

►►► D’autres coulisses de l’actu dans notre rétro INSIDE 2019

Sur Twitter, pas de souci pour communiquer. Mais pour l’interview radio en direct, c’est une autre histoire.

Ne pas mettre d’habitants en danger

Le plus évident serait de faire l’interview par téléphone – le reporter dispose de deux numéros mobiles, l’un turc, l’autre français. Mais cela se révèle impossible. "Le réseau mobile turc était bloqué par les autorités turques, pas moyen", explique Marie. "Sur le téléphone français, je pouvais l’appeler mais il y avait une grande instabilité de la connexion (très mauvais quand on fait du direct évidemment), sans parler du prix, exorbitant pour lui".

Autre option : le téléphone fixe. "Il me dit non, qu’il est planqué chez des Syriens qui l’hébergent, qui le cachent : si leur téléphone est sur écoute et que les services secrets turcs repèrent la famille, il met leur vie en danger".

Skype ? Non, car ce n’est pas crypté et le reporter serait sur le réseau wi-fi de la famille, avec un risque d’interception à nouveau.

Une interview cryptée

Finalement Marie se rabat sur WhatsApp, "l’un des seuls moyens cryptés aujourd’hui et relativement sécurisé"… Seulement, impossible techniquement de faire l’interview en direct avec ce système. Marie se lance donc dans une suite de questions – réponses par messages vocaux successifs. Une interview par petits morceaux qu’elle devra s’envoyer par mail un à un, avant de les transférer dans notre système de montage de sons pour reconstituer l’échange en un seul bloc. "Tout ça le vendredi à 6h30 du matin alors que ça passait sur antenne à 8 heures. Il y avait aussi le décalage horaire", raconte Marie.

►►► Revoir et écouter l’émission sur Auvio

Dans l’émission, elle précisera que l’interview a été réalisée en différé. "Ce qui était assez intéressant, c’est qu’on a pu expliquer à l’antenne toutes les difficultés qu’on avait eues à faire cette interview – très symptomatiques des difficultés qu’il y a à travailler pour tous ces journalistes à l’étranger, pour pouvoir simplement communiquer avec l’extérieur". Une interview qui est à ce jour la plus compliquée qu’elle ait eu à réaliser techniquement, pour son émission.

Dans un autre registre, nous vous avons aussi parlé cette année de cette autre interview hors normes, réalisée par Sophie Mergen auprès de personnes sourdes et muettes, par smartphone interposé. Vous pouvez retrouver le récit de ces coulisses dans cet article INSIDE.


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