Cinéma

Offscreen : "About Endlessness", la comédie humaine selon Roy Andersson

Offscreen : “Pour l'éternité”, la comédie humaine selon Roy Andersson

© Lumiere

05 mars 2020 à 13:30Temps de lecture2 min
Par Adrien Corbeel

Présenté en avant-première au Offscreen Film Festival, le sixième long-métrage de Roy Andersson voit le réalisateur suédois poursuivre son chemin cinématographique singulier, entre hilarité et désespoir.

Les visages sont résignés et pâles, les corps figés. Un lourd silence règne, parfois brisé par quelques phrases qui ne font qu'accentuer le malaise qui domine. La scène est banale, grotesque ou absurde, voire les trois en même temps. La gêne se dispute à l'hilarité, la pitié au désespoir et le sublime à l'horreur. Pas de doute, nous sommes dans un film de Roy Andersson.

En l'espace de quelques œuvres (“Chansons du deuxième étage”, “Nous, les vivants”, “Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence”), le cinéaste suédois à l'humour noir ravageur et à l'esthétique soignée s'est imposé comme un réalisateur dont le style ne peut être confondu avec celui d'un autre, tant il est le cœur même de chacune de ses productions. Son sixième film, “About Endlessness”, qui lui a valu le Lion d'argent du meilleur réalisateur à Venise, ne marque pas une grande rupture dans son cinéma. Fidèle à lui-même, il nous propose une série de tableaux : des plans fixes d'une longue durée, qui saisissent l'œil par leurs couleurs pâles et leur richesse de détails. Les séquences n'ont pas de liens narratifs les unes avec les autres, si ce n'est la présence de quelques personnages récurrents, comme cet homme qui affirme avoir perdu la foi, et se révèle être un prêtre. Seule différence avec les précédents films du cinéaste, une voix de femme accompagne certaines images. “J'ai vu un homme qui avait l'esprit ailleurs” peut-on notamment l'entendre déclare en voix-off. Ou à un autre moment : “J'ai vu une femme qui croyait que personne ne l'attendait”.

Si quelque chose lie les personnages entre eux, c'est un intense sentiment de solitude. On parle peu dans l'univers de "About Endlessness", et lorsqu'on parle, c'est souvent au mécontentement de ceux qui nous entourent. Les pleurs désespérés d'un homme provoquent la gêne dans un bus à l'arrêt, et amène un des passagers à affirmer qu'il devrait “faire ça chez lui”. Une femme au talon de chaussure cassé enlève la paire qu'elle avait au pied dans l'indifférence générale. Portraits d'une société individualiste jusqu'à l'absurde, ces séquences inspirent un mélange de pitié, d'hilarité et de malaise existentielle. Certaines décontenancent par leur banalité (une femme savourant du champagne), tandis que d'autres nous prennent à revers par leur caractère historique (Adolf Hitler dans son bunker alors que le bruit des troupes alliées résonne), mais toutes expriment quelque chose sur la condition humaine. Leur sens est quelque chose qu'il appartient aux spectatrices et aux spectateurs de déchiffrer.

À la morosité ambiante, quelques exceptions existent cependant, comme ce couple volant dans le ciel, ou ces adolescentes qui dansent spontanément à côté d'un café. Mais même dans ces exemples, une noirceur s'immisce : c'est au-dessus d'une ville en ruines que plane le duo, tandis que la séquence des jeunes femmes dansantes est immédiatement suivie par une image bien moins réjouissante, celle d'un homme sur le point d'être exécuté par des soldats. La beauté côtoie l'horreur, l'éphémère l'éternel. Rien de nouveau pour Roy Andersson, mais la magie de son cinéma existentiel continue à opérer.

 

“About Endlessness” a fait l'ouverture du Offscreen Film Festival. Le film sortira dans les salles belges le 8 avril.

 

ABOUT ENDLESSNESS | Official trailer | Lumière

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