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Olivier Maingain sur l’abattage rituel à Bruxelles : "Ne donnons pas satisfaction au Belang et à la N-VA d’avoir pu stigmatiser deux communautés"

Olivier Maingain, ancien président de DéFI.

Abattage rituel à Bruxelles : vote décisif, ce vendredi, au Parlement bruxellois ! Après un rejet en commission la semaine dernière, la proposition d’ordonnance imposant l’étourdissement est présentée en séance plénière. 89 députés vont devoir se prononcer. Ce texte continue de crisper la majorité bruxelloise PS-Ecolo-DéFI. A-t-il des chances de passer ? En tout cas, pour Olivier Maingain, ancien président de DéFI, le parti à l’origine de la proposition d’ordonnance (avec Groen et l’Open VLD), hors de question que les quatre voix conjuguées du Vlaams Belang et des nationalistes de la N-VA servent à l'adoption du texte.

Les 16 députés PS moins deux voix devraient voter contre. Chez Ecolo, c’est du 50/50. Si le MR soutient le texte, des députés libéraux devraient ne pas voter pour. Les Engagés sont également divisés. Dans votre parti DéFi, deux, trois, peut-être quatre députés sur dix voteront non ou s'abstiendront. Quelle est votre position en tant qu'ancien président de DéFI ?

Oui, il faut une amélioration en ce qui concerne le bien-être animal. Mais il faut parfois, pour obtenir un résultat, le faire en bonne intelligence plutôt que d’avoir une position jusqu’au-boutiste qui pourrait ne conduire qu’à un échec. Le parlement régional qui a certes fait des auditions ne s’est pas donné le temps nécessaire de rechercher par un plus large consensus, plus particulièrement entre formations démocratiques, l’issue qui permettrait de concilier protection accrue du bien-être animal et réduction subie au moment de l’abattage et de l’autre côté respect d’un rite religieux. On peut ne pas être adepte d’un rite religieux. Il se fait que ça fait partie de la liberté religieuse que d’être adepte de certains rites.

Le risque dès lors, selon vous ?

C’est que l’ordonnance qui est déposée par certains parlementaires ne passe que grâce aux voix de la N-VA et du Belang. Ce n’est pas un heureux précédent dans le Parlement bruxellois que de donner de l’importance à ces deux petites formations politiques dont on sait très bien qu’elles donnent une toute autre signification à ce vote que celle que nous souhaitons en ce qui concerne le bien-être animal. On connaît leurs traditions parfois très limites sur le plan du respect des droits des populations qui ont des convictions religieuses soit israélites, soit musulmanes. Donc, je ne veux pas qu’on leur donne cette satisfaction d’avoir pu stigmatiser deux communautés. Ce n’est pas cela le sens de la démarche.

La solution ?

Je propose que l’on postpose ce débat et qu’on se donne le temps de rechercher la conciliation entre les défenseurs légitimes du bien-être animal et ceux qui disent qu’on touche à la liberté religieuse. D’autant plus que la Cour de Justice dit quelque chose d’essentiel et que beaucoup taisent. C’est pourtant déterminant. La Cour dit : oui, on peut poser une limite à la liberté religieuse en ce qui concerne l’abattage rituel mais en aucun cas on ne peut interdire l’importation de viande casher et halal abattue selon le rite religieux et des pratiques qui sont plus ancestrales qu’elles ne le sont chez nous. Je ne crois pas qu’il sera heureux que le résultat concret soit de peut-être avoir la satisfaction d’interdire l’abattage rituel chez nous pour avoir plus de viande importée de pays où les conditions d’élevage et d’abattage des animaux concernés sont certainement plus défavorables à ce qui est pratiqué aujourd’hui chez nous.

Il faudra malgré tout concilier les points de vue, entre pro et anti étourdissement…

A mon avis, il y a une technique qui pourrait les concilier. On sait que la saignée à une portée de rite religieux. On ne peut pas l’ignorer. Mais on peut concilier la saignée et immédiatement, dans les secondes qui suivent, procéder à l’étourdissement, de sorte que les souffrances animales sont vraiment anéanties. Il me semble que cette voie-là n’a pas été suffisamment explorée. Ne faut-il pas se donner le temps pour trouver une conciliation entre des points de vue qui sont devenus passionnellement antagonistes ? Le ton est trop vite monté pour faire de ce débat quelque chose d’assez partisan et stigmatisant des positions des uns et des autres. Je ne crois pas que la démocratie est en train de gagner a fortiori si le Belang et la N-VA sont les bénéficiaires.

Le jusqu’au-boutisme, il est présent des deux côtés, ne trouvez-vous pas ?

Il existe dans tous les partis. Tous les partis sont divisés parce qu’on touche à ce qu’il y a de plus intime dans les convictions de chacun. On n’est pas dans un débat concernant la laïcité de l’Etat. La laïcité de l’Etat n’a pas à s’immiscer dans la pratique des rites religieux, sauf s’ils sont attentatoires à la dignité humaine. L’excision, par exemple, est inacceptable. Moi, je demande aujourd’hui qu’on ouvre le dialogue avec les personnes qui au sein des communautés religieuses, musulmanes et israélites, sont ouvertes à une discussion pour renforcer le bien-être animal. Ces voix-là n’ont pas été suffisamment entendues.

 

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