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ONU: Michelle Bachelet dénonce les reculs des droits humains "les plus vastes et les plus sévères"

21 juin 2021 à 10:36Temps de lecture4 min
Par Belga

La Haute-Commissaire aux droits de l'homme Michelle Bachelet a appelé à un sursaut lundi face aux "plus vastes et plus sévères reculs" des droits humains qu'elle ait jamais vus, dans un discours devant la plus haute instance de l'ONU dans ce domaine.

"Pour nous remettre des plus vastes et des plus sévères reculs des droits de l'homme que nous ayons jamais vus, nous devons avoir une vision qui change la vie et une action concertée" pour la mettre en œuvre, a lancé Michelle Bachelet à l'égard des membres du Conseil des droits de l'homme, qui démarre ce lundi sa 47ème session.

"Nous avons besoin (...) de sociétés qui, bien que diverses, partagent des engagements fondamentaux pour réduire les inégalités et faire progresser tous les droits humains", a affirmé l'ancienne présidente chilienne.

A l'occasion de son traditionnel tour d'horizon sur les abus commis dans le monde, Michelle Bachelet s'est dite "profondément perturbée" par les "graves violations" des droits humains dans la région éthiopienne du Tigré, où la situation humanitaire est "terrible" avec plus de 350.000 personnes en situation de famine.

Alors que se déroulent des élections nationales en Ethiopie ce lundi, Michelle Bachelet a dénoncé devant la plus haute instance de l'ONU en matière de droits de l'homme les abus commis contre les civils "par toutes les parties au conflit", contre laquelle le pouvoir central a lancé une offensive militaire en novembre.

Michelle Bachelet a énuméré les exécutions extrajudiciaires, les arrestations et détentions arbitraires, les violences sexuelles contre les enfants ainsi que les adultes, et les déplacements forcés.

"Des rapports crédibles indiquent que des soldats érythréens opèrent toujours dans le Tigré et continuent de perpétrer des violations des droits humains et du droit humanitaire", a-t-elle ajouté.

Elle a également fait état, dans de nombreuses autres régions d'Ethiopie, d'"incidents alarmants de violences ethniques et intercommunautaires" et de déplacements de populations: "le déploiement actuel des forces militaires n'est pas une solution durable, et j'encourage à un dialogue global et pluridimensionnel dans tout le pays".

La Haute-Commissaire a également dit espérer obtenir cette année un "accès significatif" à la région chinoise du Xinjiang, d'où des "informations sur de graves violations des droits humains continuent de sortir".

Plusieurs organisations de défense des droits humains ont accusé la Chine d'avoir interné au Xinjiang au moins un million de musulmans dans des "camps de rééducation". Pékin dément ce chiffre et parle de "centres de formation professionnelle" pour soutenir l'emploi et combattre l'extrémisme religieux.

A Genève, Michelle Bachelet a réclamé plusieurs fois à Pékin un "accès total" au Xinjiang. Et fin février, elle a réitéré son appel à une "évaluation complète et indépendante" de la situation des droits humains dans cette région chinoise.

Mais les défenseurs des droits humains demandent à l'ONU de durcir le ton.

Toujours concernant la Chine, Michelle Bachelet a également souligné qu'un an s'est écoulé depuis l'adoption de la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, sur laquelle ses services ont fait part de "sérieuses préoccupations".

Parmi les nombreuses situations de reculs des droits humains dénoncées par Michelle Bachelet figure également la Russie, à qui la Haute-Commissaire a appelé à "faire respecter les droits civils et politiques en vue des élections législatives de septembre".

"Je suis consternée par les mesures récentes qui sapent encore davantage le droit des gens à exprimer des opinions critiques, et leur capacité à prendre part aux élections parlementaires prévues en septembre", a assuré la haute responsable onusienne, en citant le cas de l'opposant russe emprisonné Alexeï Navalny et le démantèlement de son mouvement.

A l'issue d'un procès à huis clos, un tribunal de Moscou a classé il y a quelques jours comme "extrémistes" les trois organisations de Alexeï Navalny, dont son important réseau régional, entraînant leur interdiction.

"La législation restreignant les libertés d'expression, de réunion pacifique et d'association doit être mise en conformité avec les normes et standards internationaux en matière de droits humains", souligné Michelle Bachelet.

Elle a également exhorté Moscou à mettre fin à la pratique arbitraire consistant à qualifier des individus, des journalistes et des ONG d'"extrémistes", d'"agents étrangers" ou d'"organisations indésirables".

Extrait de l'allocution de Michelle Bachelet à Genève, ce 21 juin (anglais)

Extrait de l'allocution de Michelle Bachelet à Genève, ce 21 juin (anglais)

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Michelle Bachelet, Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme: "Pour nous remettre de la cascade de recul en matière de droits de l'homme la plus vaste et la plus grave que nous ayons connue, nous avons besoin d'une vision qui change la donne - et d'une action concertée pour la mettre en oeuvre. Nous avons besoin d'une économie des droits de l'homme, d'un développement fondé sur les droits de l'homme et de sociétés qui, dans toute leur diversité, partagent des engagements fondamentaux en matière de réduction des inégalités et de promotion de tous les droits de l'homme."
"Dans la Fédération de Russie, je suis consternée par les mesures récentes qui sapent encore davantage le droit des gens à exprimer des opinions critiques et leur capacité à prendre part aux élections parlementaires prévues en septembre."
"Je continue de discuter avec la Chine des modalités d'une visite, y compris d'un accès significatif dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, et j'espère que cela pourra se faire cette année,
d'autant plus que des rapports faisant état de graves violations des droits de l'homme continuent d'être publiés."
"Dans la région du Tigré, en Éthiopie, je suis profondément troublée par les informations persistantes faisant état de violations graves du droit humanitaire international, de violations flagrantes des droits de l'homme et d'abus à l'encontre des civils par toutes les parties au conflit, notamment d'exécutions extrajudiciaires, d'arrestations et de détentions arbitraires, de violences sexuelles à l'encontre d'enfants et d'adultes, et de déplacements forcés."

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