Un jour dans l'histoire

Pantagruel de François Rabelais : un pied de nez à l'élite

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Vous aimez manger avec les doigts et laisser couler le gras le long de vos babines joufflues ? Faire des blagues sur les dérives de la science alors que vous êtes vous-même un ou une scientifique ? Dire des trucs obscènes en plein milieu d'une conversation extrêmement sérieuse ? Alors il y a de fortes chances pour que vous soyez un disciple de François Rabelais, autrement dit... un ogre ! Faisons connaissance avec cette vilaine bête.

Après de charmantes études bourgeoises dues à son rang, on peut dire de François Rabelais qu'il est un éminent médecin, un ecclésiastique qui se la joue un peu en roue libre et surtout, un passionné de sciences et de littérature grecque. Vous avez déjà là un sacré morceau et c'est peu de le dire. C'est une période plutôt chouette pour le bonhomme : il habite à Lyon qui à ce moment-là est une ville qui regorge de librairies. Il est au coeur d'un grand centre culturel, il bosse pour un évêque qu'il admire beaucoup et qui est devenu l'un de ses meilleurs amis, bref, une vie sympa quoi.

 

À côté de ça, à l'âge de 42 ans environ – ou 48 peut-être et bien c'est le moment pour lui de faire le bilan : il remet un peu toute son existence en question – enfin surtout son éducation. À cette époque de sa vie il publie beaucoup d'ouvrages scientifiques sur la médecine (qui au passage sont salués par ses pairs), et se met soudain à écrire une parodie du roman de chevalerie. C'est un moment crucial pour la littérature, puisqu'il sert de passerelle entre le Moyen-âge et la Renaissance !

 

Il appelle ce premier roman Pantagruel. Et oui, les ogres, c'est lui.

Mais attention, sous pseudo s'il vous plait, avec un bel anagramme à la clef : Alcofribas Nasier.


C'est donc une farce qui fait des pieds de nez à la société universitaire, à l'élite du savoir, qui met la Sorbonne en porte à faux, tout en mettant en scène le jeune Pantagruel, fils de Gargantua. C'est un ogre hein donc concrètement il bouffe tout le temps, pète, rote, fait tomber des trucs, ne saisit pas tout des règles de bienséance en société... Un personnage somme toute charmant !

Rabelais est médecin, dans ce livre il critique la médecine ; il est ecclésiastique, il s'attaque à la religion ; il est humaniste, mais se moque de ses contemporains libres penseurs. Quel homme insaisissable et mystérieux... 

Ce premier roman est donc le socle de toute remise en question de notre société, et de nous-mêmes par la même occasion. Mais qu'est-ce qu'on se marre en lisant !

Alors, est-ce c'est un bouquin pour s'en payer une bonne tranche, ou un pamphlet acerbe sur les acquis de son temps ? Je crois que François n'aimerait pas qu'on trouve la réponse...

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