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Passe Montagne : avec le réchauffement climatique, l’espoir des glaciologues fond comme neige au soleil

Passe Montagne - Là où se cristallisent les questions d’aujourd’hui

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La période des vacances nous appelle au dépaysement. Avec Passe Montagne, Pascal Claude et Helena Verrier nous invitent en altitude pour une série consacrée à la montagne, révélatrice des problèmes du XXIe siècle. Un bol d’air qui n’est plus aussi frais que nécessaire… Le récent effondrement d’une partie du glacier Marmolada dans les Dolomites nous le rappelle.

Fred est guide de haute montagne à Chamonix au pied du Mont-Blanc. Il ne reconnaît plus ses paysages d’une année à l’autre. Certains itinéraires ‘neige et glace’ne sont déjà plus fréquentables. " On est les sentinelles du climat, et on voit changer les choses extrêmement vite ".

C’est à vue d’œil !

C’est ce que nous confirme la glaciologue Delphine Six de l’Institut des Géosciences de l’Environnement de l’Université de Grenoble Alpes. Les glaciologues effectuent mensuellement des mesures in situ. Ces mesures permettent d’établir des modèles d’évolution pour le futur. Elle évoque la situation cruciale d’un glacier sous observation depuis plus d’un siècle.

" C’est à vue d’œil ! Nous suivons le Glacier de Saint-Sorlin, c’est pratiquement la plus longue série de mesures au monde. Les simulations qu’on avait faites il y a quinze ans montraient que la partie haute et basse se sépareraient en 2040. Aujourd’hui, il reste une bande de glace de même pas 10 mètres de large. Là on se demande si pour c’est cette année ou l’année prochaine. "

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L’avancée du glacier se fige

Son collègue le glaciologue Luc Moreau est venu pour la première fois à l’âge de sept ans en 1970. Une mémoire de l’évolution visuelle de la mer de glace.

" Je me souviens d’un glacier blanc, un glacier qui était crevassé, qui avait beaucoup moins de cailloux parce que le glacier glissait encore à cette époque de 100 mètres par an. Aujourd’hui c’est dix fois moins, ce n’est même pas 10 mètres par an. Ce qui fait que le tapis roulant de glace est recouvert de ces cailloux qu’il n’évacue pas. Suivant la neige qui tombe et la glace qui fond, les recettes et les dépenses comme un compte en banque, le glacier va varier de volume. Donc aujourd’hui les glaciers perdent de la masse, ralentissent, n’évacuent plus les cailloux, se noircissent, et se raccourcissent en longueur. "

La Mer de Glace dans les Alpes Françaises en 2020
La Mer de Glace dans les Alpes Françaises en 2020 SOPA Images pour Getty image

Un manteau blanc aux superpouvoirs

Et le problème c’est que ce changement d’aspect accentue de manière exponentielle la fonte. A haute altitude, il est courant que la neige recouvre le glacier d’un manteau blanc en mai et juin. Ça n’a pas été le cas durant ce printemps aux températures hautes. La couverture de graviers et cailloux accélère le processus de fonte. Luc Moreau l’explique :

Pourquoi c’est important que le glacier soit couvert de neige en juin ? En juin on est proche du solstice, le rayonnement est maximum. La neige forme une protection qui renvoie 70 à 80% de l’énergie solaire et empêche la fonte de la glace. Par contre cette année, la glace du glacier est de teinte grisâtre, café au lait. Si bien qu’au lieu d’absorber 20% maximum d’énergie de rayonnement en cette période de l’année, il va absorber 40 à 50% de l’énergie qui va accélérer la fonte. "

Des répercussions à long terme sur le réseau hydraulique et le niveau des mers

Cascade en montagne

La disparition programmée de la mer de glace et des glaciers en général dans le monde aura des répercussions dramatiques sur le réseau hydraulique. Perte de ressource en eau pour l’irrigation et le bétail, perte du débit nécessaire pour faire tourner les centrales électriques. Et toute masse d’un glacier qui fond va augmenter le niveau des mers. Cette hausse des températures n’est malheureusement plus exceptionnelle mais devient la norme. Delphine Six alerte sur la fréquence :

"On se souvient de l’année 2003 comme d’une année caniculaire qui a beaucoup marqué les esprits, depuis 2003, c’est peut-être le hasard, on observe encore une accélération de cette perte de masse. Si on compare les données, parmi les dix années les plus catastrophiques, neuf se situent après 2003."

Un constat inquiétant qui désespère ces sentinelles du climat pas toujours écoutées et ni comprises.

► Découvrez toutes les étapes de Passe Montagne, avec Pascal Claude et Helena Verrier, ainsi que les variantes en podcast sur Auvio.

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