Patrimoine

Patrimoine : logements, musées, hôtels, murs d’escalade… que faire de nos églises désacralisées ?

"Basilique" de Cointe à Liège, églises désacralisées à Malines, Bruxelles et Binche.

© BELGA

Une idée... cardinale pour la Cité Ardente. Cette semaine, un choix très attendu, a été arrêté: l’imposante "Basilique" (qui est en fait une église) implantée sur le mémorial interallié de Cointe et qui domine la ville de Liège, va être réhabilitée. Et c’est le projet baptisé "Basilique Expérience" qui a décroché la timbale. Un projet qui fait la part belle à… l’escalade. Le Groupe Gehlen a, en effet, voulu tirer parti de la hauteur sous plafond de 40 mètres de l’édifice. En association avec d’autres sociétés, il va y aménager ce qui deviendra la plus haute salle d’escalade d’Europe. Un parcours d’accrobranche sera aussi construit, de même qu’une extension proposant restaurant panoramique, cinéma de quartier et espace polyvalent.


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L’occasion pour nous de revenir sur cette question très actuelle : ils sont très nombreux dans nos contrées, ces bâtiments religieux. Ces églises, chapelles et couvents qui parsèment nos villes et nos campagnes. De moins en moins occupés, leur entretien coûte cher et ils sont de plus en plus à être désacralisés. Que faire de ce patrimoine parfois cher à nos villes et nos villages, une fois qu’il a "perdu sa foi"?

Exposition artistique dans une église d’Henon, près de Lamballe, en France (décembre 2021, illustration)
Exposition artistique dans une église d’Henon, près de Lamballe, en France (décembre 2021, illustration) © AFP

Emotionnel

Une église peut revêtir une charge émotionnelle forte dans une entité. Une communauté de personnes s’est souvent attachée au bâtiment pour diverses raisons. Un lieu de rassemblement pour divers grands moments de l’existence : baptême, mariages, mais aussi funérailles ou catéchisme… La silhouette rassurante d’un clocher dans le paysage, le son régulier du carillon, la richesse d’un patrimoine…

Des lieux dont la destination première est de vivre, mais qui, en de nombreux endroits, se voient de plus en plus désertés. "Les églises sont des lieux d’accueil dont les portes sont ouvertes. On y entre et on en sort comme on veut. […] Ce sont des lieux ouverts pour tous, croyant ou non. Des lieux publics, uniques en leur genre " ont écrit les évêques de Belgique dans une lettre de 2019. Un bâtiment religieux a donc vocation à rester ouvert : "Les églises fermées toute la semaine ou seulement ouvertes pour les services liturgiques, n’émettent pas un bon signal" déclarent-ils. Les prélats ne nient pas que les temps ont changé, et la pratique religieuse aussi. Ainsi, ils écrivent également : " L’infrastructure héritée du passé ne correspond plus à la situation réelle de l’Eglise dans notre société".

Les restaurations coûtent cher aux finances communales – rappelons que dans nos contrées, les édifices sont gérés par les "fabriques d’Eglise"- et pour ne pas voir tout ce patrimoine tomber en lambeaux, il faut donc procéder à des réaffectations. Selon les Evêques, certaines églises se voient donc attribuer une destination partagée (comme dans le cas de Cointe, où une partie ne sera pas désacralisée). D’autres monuments sont désaffectés et reconvertis. Un choix parfois cornélien et déchirant pour les communautés ecclésiastiques.

Archive Jt sur les fabriques d’église (à Villers-le-Bouillet) en 2016

Des fabriques d’églises fusionnent pour mieux faire face aux frais

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Autel et platines

Désacraliser et réhabiliter les monuments religieux… Très bien, mais pas de n’importe quelle manière. Les évêques plaident ainsi pour une politique globale, et pas seulement à l’échelle locale. Et si la décision est entérinée, pas question néanmoins de faire n’importe quoi avec le bâtiment maintenant "païen". "S’il n’y a plus suffisamment de personnes dans certains lieux, il vaut mieux trouver une bonne réaffectation à un lieu qui peut toujours parler aux personnes du quartier. Mais le respect de ce qu’a été ce bâtiment demande dans une certaine mesure à être maintenu" expliquait Tommy Scholtès, le porte-parole de la conférence épiscopale de Belgique, en 2016.

Pourtant, des cas se distinguent… Ainsi, la célèbre discothèque bruxelloise "Spirito" a déjà fait les belles nuits de biens des noceurs. Ancienne église, c’est sous les spotlights qu’un autre type de fidèles a l’habitude (hors temps de pandémie, évidemment) de se trémousser. Mais ce n’était pas une église catholique. Elle était à l’origine ouverte au culte anglican. Pas certain que les autorités catholiques auraient voués l’endroit à des saints si bruyants…

Eglise à Anvers, devenue centre de vaccination contre le covid, en 2021 (illustration)
Eglise à Anvers, devenue centre de vaccination contre le covid, en 2021 (illustration) © AFP

Marchands du temple

Tout au sommet de l’Eglise, on s’est aussi penché sur la question. En novembre 2018 eu lieu à Rome un colloque intitulé "Dieu n’habite plus ici ?" où il fut question des églises désaffectées. Selon le site Vaticanews, cité par l’Institut pèlerin du patrimoine : "La nouvelle destination d’usage de ces églises déconsacrées doit avoir une finalité culturelle, sociale ou caritative bien définie, en excluant dans tous les cas une quelconque utilisation commerciale, à moins qu’elle ait une finalité solidaire" souligne le Conseil pontifical de la Culture. Qui n’a pas hésité à écrire aussi : "Les quelques cas d’anciennes églises converties en hôtel, en restaurant ou en discothèque sont donc totalement inadmissibles au regard de ce principe…"

 

 

Un petit hiatus entre le Vatican et le plat pays qui est le nôtre, car quelques hôtels sont dans la liste des églises réhabilitées. La marque "Martin’s" propose ainsi de dormir dans une ancienne église de Malines ou de Mons. Des cas sont aussi à noter à Marche-en-Famenne ou dans un ancien cloître anversois

 

Eglise à Montréal (Québec), réhabilitée en logements, en 2003
Hôtel "Martin’s Paterhof" à Malines
Hôtel "Martin’s Paterhof" à Malines
Le Spirito, boîte de nuit bruxelloise implantée dans une ancienne église de culte anglican.

Au chevet des églises

Selon le rapport 2019 de l’Eglise catholique de Belgique, pas moins de 31 églises ont été désaffectées en 2018. Dans quelques cas, le bâti ecclésiastique (églises, chapelles, couvents ou encore abbayes…) préservé est cependant remis au goût du jour pour faire des logements. Sainte-Marguerite à Tournai, couvent de la Vierge-Fidèle à Schaerbeek, chapelle des récollectines à Herve, église Saint-Sépulcre à Nivelles


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D’autres projets de conversion en appartements sont aussi sur la table, comme celui de l’église Saint-Hubert de Watermael-Boitsfort

On a aussi réaménagé des édifices en écoles, comme à Anderlecht, . D’autres cas (ce qui est souvent la première option) font état de réaffectation d’une église catholique pour d’autres cultes, comme l’église Saint-Paul d’Uccle.


A lire aussi : Tournai : le chantier de l’église Sainte-Marguerite est à l’arrêt forcé


Comme on le note en France, sur le site de l’Observatoire du Patrimoine Religieux – qui reprend les différents projets initiés dans l’Hexagone-, la culture et le logement sont plébiscités.

En France comme en Belgique, quelques projets de réhabilitation sont aussi proposés en vue de transformer d’anciens édifices religieux en homes ou séniorie. Certains suscitent le débat, comme à Enghien. D’autres ont été validés, comme à Waterloo

Sujet Jt du 15 juin 2019

De plus en plus d églises désacralisées en vente

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Projets originaux

Intérieur de l'église des Dominicains à Maastricht, transformée en bibliothèque (avec également un coin restauration)

Mais d’autres destinations sont aussi entreprises un peu partout sur la planète… Musées, maisons individuelles, bibliothèques, espaces de coworking sont légion. Et celles-ci peuvent s’avérer être assez originales : Salles de concert, espaces culturels, cave à vin…

Aux Pays-Bas, où les désacralisations vont bon train depuis une vingtaine d’années (selon le site CathoBel.be, ils passeraient là-bas de plus de 1500 paroisses en 2003 à environ 300 en 2025…), de belles réalisations peuvent être visibles. Comme cette impressionnante librairie installée dans une église dominicaine de Maastricht. En plein centre-ville, elle abrite aussi un café.

Etonnant aussi, l’église Sainte-Barbara à Llanera, dans les Asturies, en Espagne, qui a été transformée en skatepark. A Nantes, une champignonnière a poussé dans une chapelle. A Montréal, au Canada, c’est la détente et le bien du corps qui prévaut. Dans l’ancienne église Saint-Jude, on y a installé des salles de gym et des… spas (!)

L’escalade pourrait être une voie à suivre, comme on l’a vu à Cointe. C’est aussi le cas à Forest où une partie de l’église Saint-Antoine de Padoue va être désacralisée, nous informaient nos confrères de Bx1 en octobre dernier.

L’église Santa Barbara, à Llanera, en Espagne, devenue un skatepark
Eglise à Lucques, en Italie, transformée en salle de concert

D’autres activités sportives originales peuvent être entreprises. Rappelez-vous à la Basilique de Koekelberg, où des cours de spéléologie étaient donnés...


A lire aussi Sous la Basilique de Koekelberg se cache une salle d'initiation à la spéléologie


 

Archive JT d’avril 2012

Spéléologie à la basilique de Koekelberg

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Extrait audio du 8 octobre 2018

Nouvelles vocations…

Trouver de nouveaux projets pour préserver le patrimoine religieux, patrimoine qui parsème notre territoire, est donc important aux yeux de nombreuses de personnes. Afin d’éviter la démolition de certains de ces édifices (comme à Lodelinsart, Jambes ou à Grâce-Hollogne) qui, pour beaucoup, font partie intégrante de notre histoire. Des démolitions qui souvent suscitent l’émotion de la population des hameaux, quartiers, villes ou villages concernés, que ces personnes soient croyantes ou non.

Eglise désacralisée d’Erkelenz-Immerath, près d’Aix-la-Chapelle, démolie pour faire place à une mine de charbon.
Eglise désacralisée d’Erkelenz-Immerath, près d’Aix-la-Chapelle, démolie pour faire place à une mine de charbon. © Tous droits réservés

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