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Politique

Paul Magnette et une Belgique sans e-commerce : de quoi parle-t-il exactement ?

08 févr. 2022 à 11:00 - mise à jour 08 févr. 2022 à 15:373 min
Par Jean-François Noulet, avec E. Seker

Après l’interview accordée par Paul Magnette à Humo, que l’hebdomadaire flamand met en avant sur son site internet sous le titre "Laissons la Belgique devenir le premier pays sans e-commerce, avec de vrais magasins", dans laquelle il est, notamment, question de l’e-commerce et de son fonctionnement, notre rédaction a contacté le Président du PS pour mieux comprendre ce qu’il a voulu dire.

L’e-commerce "mérite un débat"

"On ne va pas sortir de l’e-commerce complètement et totalement immédiatement, mais je pense que ça mérite un débat", répond d’emblée Paul Magnette quand on lui demande de préciser ses propos sur l’e-commerce.

Pour lui, "trop souvent, on ne se pose plus les questions de ce qu’il y a derrière ce type de secteur". "On oublie que derrière, il y a un impact environnemental qui est parfois catastrophique. On oublie que derrière, il y a des conditions de travail qui sont catastrophiques et qu’on doit, aussi et surtout, continuer à lutter pour défendre les droits des travailleurs et la qualité de l’emploi", ajoute le Président du PS.

A ceux qui font la promotion de l’e-commerce et réclament de la flexibilité et des assouplissements pour en faciliter l’extension, Paul Magnette répond. "On n’arrête pas d’entendre dire qu’il faut promouvoir l’e-commerce à tous crins, qu’il faut flexibiliser, qu’il faut assouplir les conditions de travail, qu’il faut travailler plus la nuit, qu’on ne doit pas mettre trop de critères environnementaux, je pense que c’est une erreur globale", estime Paul Magnette.

Pour lui, lorsqu’on avance que l’e-commerce crée de l’emploi, "en réalité, cela ne fait que déplacer de l’emploi. Tout euro que l’on dépense dans l’e-commerce, c’est un euro qu’on ne dépense pas dans le commerce local et de proximité".

C’est surtout le modèle d’e-commerce à la façon d’Amazon qui est dans le viseur du Président du PS

"Bien entendu, qu’un petit commerçant utilise une plateforme en ligne, qu’il utilise un site internet, que la poste envoie des colis, tout ça est très bien", souligne Paul Magnette.

En revanche, pour lui, "le modèle d’Amazon, le modèle des grandes multinationales de l’e-commerce qui font circuler des biens aux quatre coins du monde sans arrêt, où on peut acheter à tout moment du jour et de la nuit et qui forcent les travailleurs à travailler dans des conditions extrêmement dures, avec des salaires très bas, et à travailler la nuit, alors que c’est très mauvais pour leur santé, c’est un modèle qui, je pense, doit être mis en débat", précise Paul Magnette.

Pour le Président du PS, même s’il faut "évidemment" lutter contre le chômage et améliorer le taux d’emploi en Belgique, le modèle prôné par les géants de l’e-commerce ne serait pas la solution.

Selon lui, il faut "ouvrir un vrai débat sur les conditions de travail dans ces secteurs", tout comme il faut "ouvrir un vrai débat sur la manière dont on peut continuer à défendre et promouvoir le commerce de proximité", car "personne n’a envie d’avoir des centres-villes déserts avec des cellules commerciales vides, alors que tout continue à se vendre aux quatre coins du monde à travers l’e-commerce".

Non au travail de nuit dans l’e-commerce ?

Le secteur de l’e-commerce est demandeur de plus de flexibilité, de plus de possibilités de faire travailler son personnel la nuit.

"Le travail de nuit, les médecins le disent, c’est mauvais pour la santé", explique Paul Magnette.

S’il reconnaît que le travail de nuit est nécessaire dans certaines fonctions, par exemple pour le secteur médical, les policiers, les pompiers et "une série d’autres métiers", "là où il n’est pas indispensable, on doit strictement l’encadrer", plaide Paul Magnette. Et éviter ainsi du "stress, des difficultés physiques et des maladies professionnelles".

Assouplir les règles de travail pour le secteur de l’e-commerce permettrait, selon certains, d’inciter des entreprises du secteur à s’installer en Belgique plutôt que de l’autre côté de la frontière, aux Pays-Bas, par exemple. Paul Magnette envoie alors un message à la Flandre où "depuis des années, ils ont l’impression que si on dérégule tout, on va attirer tout l’e-commerce du monde et que, grâce à ça, on sera au nirvana", "non, ce n’est pas la dernière merveille du monde, ça a des conséquences environnementales, des conséquences négatives sur les conditions de travail et sur le commerce local et de proximité".

Le gouvernement doit-il se saisir de cette question du travail de nuit dans l’e-commerce ?

Sur la question de la réforme du Droit du travail, le gouvernement a levé le pied à l’automne dernier. La question sensible du travail de nuit a été renvoyée aux partenaires sociaux. Pourrait-on proposer, par exemple, aux travailleurs qui le souhaitent d’opter, individuellement, pour du travail de nuit lorsque l’employeur, on pense ici à l’e-commerce, souhaite faire travailler du personnel la nuit ? Patrons et syndicats ne sont pas encore parvenus à accorder leurs violons sur ce sujet.

Le gouvernement devra-t-il se saisir de la question ? "Le gouvernement a décidé de ne pas travailler sur le travail de nuit, mais de travailler uniquement sur le travail de soirée", tient à rappeler Paul Magnette.

Pour le Président du PS, "il n’y a pas de débat sur le travail de nuit" et "il n’y a pas de raisons de revenir sur ces questions-là". Il faut "d’abord et surtout travailler à améliorer la qualité de l’emploi", estime Paul Magnette.

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