Santé physique

"Pendant longtemps, on a regardé les dyslexiques comme des gens en difficulté"

Guillemette Faure, journaliste et autrice du livre "DYS et célèbres Comment la dyslexie peut rendre plus fort"

© Louis Tardy/ETX Studio

22 juil. 2022 à 07:30Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

Quel est le point commun entre Léonard de Vinci, Steven Spielberg et Franck Gastambide ? Tous trois souffrent de dyslexie. Ce trouble du langage, connu pour influer l'orthographe et la lecture, trouve du crédit dans le monde du travail.

Les Anglo-Saxons parlent de "gift of dyslexie", le don de la dyslexie. Pourtant, les dyslexiques ont longtemps été considérés comme des personnes en difficulté. Ce trouble du langage appartenant à la famille des DYS (avec la dysorthographie et la dysgraphie) se caractérise par des confusions et inversions de sons, de lettres ou encore par de nombreuses fautes d'orthographe.

Elle-même mère d'une fille dyslexique, la journaliste Guillemette Faure publie "Dys et célèbres, Comment la dyslexie peut rendre plus fort", aux éditions Casterman. 24 portraits de personnalités ayant souffert de troubles du langage. Comédiens, politiques et prix Nobel de chimie s'y côtoient. Entretien. 

Quelles faiblesses entraîne la dyslexie ? 

Le mot dyslexie est utilisé pour parler des difficultés liées à la lecture ou à l'écriture. Il ne faut pas résumer ce trouble à une inversion de lettres, de problème de lecture et d'orthographe. C'est plus compliqué. Il y a des nuances. Par exemple, l'acteur Stéphane De Groodt n'arrive pas à expliquer une recette de cuisine. Il a du mal à comprendre les règles d'un jeu de cartes. 

Certains ont des problèmes de mémorisation, pour d'autres, c'est une force. Par exemple, Erin Brockovich, qui a inspiré le film du même nom, peut mémoriser les chiffres écrits sur une feuille après une seule lecture.

Pendant longtemps, les dyslexiques étaient vus comme des gens en difficulté. À l'école, il faut savoir lire et écrire. Repérer des indices visuels, être créatif ou intuitif n'est pas quantifié.

Quelles qualités développent les dyslexiques dans le monde professionnel ?  

Leur force vient du fait qu'ils contournent une difficulté. Ils connaissent leurs forces et leurs faiblesses et savent s'entourer de personnes compétentes. C'est le cas de Richard Branson, patron et entrepreneur de Virgin.

Il y a un discours à la mode, les Anglais l'appellent "the gift of dyslexie", "le don de la dyslexie". Selon une étude américaine, 35% des entrepreneurs sont dyslexiques. Il ne faut pas trop fantasmer sur ce chiffre. Avoir un enfant dyslexique ne veut pas dire qu'il sera entrepreneur, Prix Nobel ou le nouveau Léonard De Vinci.  

On ne retrouve pas ce chiffre chez les PDG. Les qualités demandées ne sont pas les mêmes chez les entrepreneurs. Le profil de PDG rassure l'entreprise. Ce sont des gens qui ont eu les bons diplômes, qui sont passés par les bonnes écoles. Alors que les dyslexiques sont des gens qui ont pris des risques et qui sont habitués à échouer puis se relever. Comme le dit Thomas Legrand dans la préface du livre, il y a des étapes difficiles et douloureuses

Comment un dyslexique réussit-il professionnellement ? 

Dans les 24 portraits de mon livre, il y a soit un alignement de bonnes étoiles, soit des parents qui étaient présents. Ils l'ont encouragé dans ce qu'il sait faire plutôt que de s'obséder sur ce qu'il n'arrive pas à faire.

On remarque aussi que la rencontre avec un adulte référent joue un rôle-clé. Je pense par exemple à Jacques Dubochet, prix Nobel de chimie. L'un de ses professeurs l'a aidé à construire un télescope. Pour lui, la dyslexie lui permet de voir les choses autrement et donc de découvrir d'autres choses.

Y a-t-il une évolution de la prise en compte de la dyslexie chez le corps enseignant ? 

Les jeunes voient un orthophoniste plus tôt que leurs aînés. Chez les plus anciens, cela a été plus difficile. Par exemple, le comédien Stéphane de Groodt a redoublé sa cinquième, sa quatrième et sa troisième. 

L'acteur Franck Gastambide raconte que ses parents avaient honte d'aller aux réunions avec ses professeurs. Son activité de dresseur de chiens et d'animaux lui a révélé non seulement qu'il pouvait faire des choses mais qu'en plus, il les faisait mieux que d'autres. 

Dans le système scolaire, l'écrit prend une grande place. Il n'est pas rare de voir que certains points sont retirés pour l'orthographe, peu importe la matière. Dans le système anglo-saxon, il y a plus d'oral. La capacité à débattre et à organiser sa pensée est plus développée. 

Le tabou se lève-t-il autour des troubles du langage ? 

Ceux qui en parlent en parlent beaucoup, comme Franck Gastambide. Ceux que j'ai contactés étaient heureux de s'exprimer. Je pense à l'Américaine Erin Brockovich. Depuis le film "Erin Brockovich, seule contre tous", où elle est interprétée par Julia Roberts, elle a refusé beaucoup d'interviews. Et là, elle était contente d'en parler parce qu'elle a peu l'occasion de le faire.

 

("Dys et célèbres, Comment la dyslexie peut rendre plus fort" de Guillaumette Faure, publié aux éditions Casterman)

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous