Pension minimum à 1500 euros... pour une carrière complète : "Pour toute une série de personnes, ça ne va pas changer grand'chose"

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01 oct. 2020 à 07:47 - mise à jour 01 oct. 2020 à 08:10Temps de lecture3 min
Par RTBF

L’accord de gouvernement conclu hier par les partenaires de la coalition Vivaldi (PS, sp.a, MR, Open Vld, Ecolo, Groen, CD&V) prévoit la pension à 1500 euros minimum. La question ce jeudi matin est de savoir s’il s’agit d’un montant brut ou net.

La note d’accord est à ce sujet on ne peut plus claire : la pension minimum sera progressivement relevée vers 1500 euros nets pour une carrière complète. Mais voilà, brut ou net, la question reste manifestement posée.

Pour Paul Magnette, président du Parti socialiste, hier soir sur notre plateau en télévision, il y a comme une sorte d’entre-deux : "On est entre le brut et le net et ça augmentera chaque année un petit peu pour arriver, pour une pension minimale complète, quelqu’un qui a 45 ans de carrière, ce sera une augmentation d’environ 280 euros par mois".


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Du côté du MR on ne tient pas le même discours. Selon Georges-Louis Bouchez, président des libéraux, il va de soi qu’on parle là d’un montant brut : "Je ne comprends pas bien pourquoi certains essaient de faire croire que ça serait un montant net, parce que pour faire la pension à 1500 euros nets, il aurait fallu 3 600 000 000. Donc, si vous regardez le tableau budgétaire, vous comprenez en une fraction de seconde que ce n’est pas à une augmentation nette, c’est une augmentation brute qui coûte 760 millions d’euros. Et pourquoi ça n’a pas été fait ? Parce qu’il y a une réalité budgétaire".

Qui dit vrai ?

Brut ou net, telle est la question à plusieurs millions d’euros. A priori, on parle de l’intention d’arriver à 1500 euros nets en fin de législature, une mesure qui serait progressive, ce qui implique dans un premier temps de parler plutôt d’un montant brut pour des raisons effectivement budgétaires, de coût.

Dans la réalité, ce relèvement de la pension minimum ne signifiera pas un changement radical, et ça pour toute une série de personnes, notamment pour les 100.000 bénéficiaires en Belgique de la GRAPA, ce complément de la pension qui sert déjà aujourd’hui à compléter les pensions les plus basses. C’est ce que rappelle l’économiste Philippe Defeyt : " Pour un certain nombre de ces personnes, ce relèvement ne va en fait pas changer grand-chose. Simplement, leur pension sera relevée à due concurrence du relèvement de la pension minimum, mais ils toucheront aussi moins de GRAPA ou à la limite n’en toucheront plus. Et donc, dans certains cas, la différence par rapport à la situation actuelle sera minime".

Pas un réel changement

Dans certains cas et selon Philippe Defeyt, on parle d’une différence de six ou sept euros par mois. Et surtout, ce relèvement de la pension minimum ne prévoit pas de combler les trous dans des carrières qui sont encore nombreuses à être marquées par du temps partiel, des périodes de maladie, de chômage. Ça concerne en particulier énormément de femmes qui aujourd’hui, et sans doute demain encore, touchent et toucheront des pensions beaucoup plus basses que ces 1500 euros nets parce que ces personnes seront considérées comme n’ayant pas une carrière.

Cet accord de gouvernement ne prévoit en fait pas explicitement de réforme large ou globale des pensions, il en commissionne en quelque sorte le dossier jusqu’en septembre 2021.

Qui va payer ?

Reste qu’il va falloir financer ce relèvement de la pension minimum, tout comme le relèvement annoncé d’autres allocations. Or ce nouveau gouvernement promet qu’il n’y aura pas de nouveaux impôts.

Il n’y aura pas de nouveaux impôts, d’impôts supplémentaires pour les ménages et entreprises, c’est effectivement écrit noir sur blanc. Mais il est aussi écrit " sauf si la réalité budgétaire l’impose ". Un détail qui n’en n’est pas un selon Philippe Donnay, commissaire au Plan : "Il y a une petite phrase sibylline qui dit " on ne va toucher ni aux travailleurs, ni aux entreprises, ni aux épargnants ". La question que je me pose, c’est dans quels domaines on peut prévoir de nouveaux types d’impôts ou d’augmenter les impôts si ce n’est la fiscalité environnementale, mais qui touchera inévitablement les villages, ou la lutte contre la fraude, qu’elle soit sociale ou fiscale".

Et donc, sans nécessairement augmenter le taux facial, le taux d’imposition sur le travail ou les bénéfices de l’entreprise, la suppression de certaines déductions fiscales, réductions d’impôts, régime d’exception est bel et bien prévue, ce qui pourrait donc mécaniquement faire gonfler la fiche fiscale de certains ménages ou entreprises. Mais ce volet fiscalité reste encore largement à clarifier.

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