Investigation

Pénurie d’enseignants : école cherche prof désespérément

© RTBF

Les élèves à peine rentrés à l’école, certains établissements sont déjà confrontés à un manque de professeurs.

En Belgique, près de la moitié des écoles souffrent d’une pénurie d’enseignants. Le problème n’est pas neuf, les directeurs le dénoncent depuis près de 20 ans. Les syndicats aussi.

C’est très inquiétant, l’enseignement va mal

Fabrice Pinna est permanent à la CSC-Enseignement de Bruxelles.


En six mois, il a reçu une centaine d’e-mails de profs qui quittent le métier. "Les profs qui s’adressent à moi veulent carrément démissionner, même plus prendre un congé pour faire une pause. Je leur déconseille vivement et leur indique d’autres solutions pour ne pas perdre leur droit au chômage mais ils ne veulent rien entendre, ils sont au bout du rouleau."

© RTBF Fabrice Pinna : Permanent CSC-Enseignement Bruxelles

Pour Fabrice Pinna, ce phénomène d’abandon semble s’accélérer. "Auparavant, on commençait à avoir des difficultés à remplacer les absents dans les écoles bruxelloises dans les environs de fin octobre, début novembre. Ici, on se rend compte que c’est vraiment depuis le début de l’année et on a des fonctions pour lesquelles les élèves n’auront pas cours dans certains établissements."

Mais cette pénurie ne touche pas que la région bruxelloise. En Wallonie, la situation est la même. En Flandre aussi. Ecoles primaires, secondaires, des beaux quartiers, des zones plus difficiles : dès le début de l’année, les directeurs doivent se livrer à une véritable "chasse" aux enseignants pour assurer des cours à tous leurs élèves.

 

© RTBF Collège Cardinal Mercier – Braine-l’Alleud

Les premières victimes, ce sont les élèves en difficulté

Bruno Hendrickx est directeur de la section primaire du Collège Cardinal Mercier, à Braine-l’Alleud. Cette école du Brabant wallon est très prisée par les parents. Elle est située au sein d’un immense parc, possède sa propre piscine, des terrains de tennis… Bref, une infrastructure censée attirer les candidats enseignants.

"Je ne reçois plus aucun CV, déplore Bruno Hendrickx. Même un établissement comme le nôtre n’attire plus. En cas d’absence, je suis obligé de bricoler, de désorganiser l’école. La solution est douloureuse : ce sont mes enseignants de remédiation qui doivent reprendre les classes et abandonner leur mission d’aide aux élèves en difficulté."

Je ne me souviens même plus de la dernière fois où j’ai fait de la remédiation.

Hervé Kaisin est instituteur au Collège Cardinal Mercier. Un jour par semaine, il est censé s’occuper des élèves qui éprouvent des difficultés dans certains apprentissages. C’est aujourd’hui fini. "Je passe cette journée de remédiation à remplacer des collègues absents. Je ne fais plus de soutien scolaire. C’est pourtant une mission importante, essentielle. Je devrais y consacrer du temps. Cela devrait même être prioritaire mais on ne peut plus le faire. C’est dramatique."

 

Notre enseignement est aujourd’hui inéquitable et inefficace

"Il y a des améliorations mais les enquêtes internationales PISA montrent que les résultats scolaires des élèves belges francophones sont toujours médiocres par rapport à d’autres pays similaires au nôtre.Sandrine Lothaire, sociologue à l’UMons, étudie notre système scolaire depuis plusieurs années. "Notre école est aussi inéquitable parce qu’il y a une grande disparité entre de très bons élèves d’un côté et d’autres très médiocres d’un autre. Et ce fossé est plus important chez nous qu’ailleurs." Pour cette chercheuse, le Pacte pour un Enseignement d’Excellence devrait améliorer la situation. C’est en tout cas prévu dans le texte.

© RTBF Sandrine Lothaire – sociologue – Institut d’Administration Scolaire – UMONS

Pour mettre en œuvre le Pacte d’Excellence, nos écoles auront besoin de plus de personnel. Résoudre la pénurie, attirer plus de jeunes mais aussi les faire rester dans le système devient donc une priorité. Et il y a urgence. Chez les enseignants débutants, le taux d’abandon dans les 5 premières années atteint 35%. "Pour certains enseignants, les premières années, c’est le parcours du combattant, explique Sandrine Lothaire. On leur offre rarement un temps plein tout de suite, ce qui implique souvent des difficultés financières. Les jeunes héritent aussi des classes les plus difficiles, des horaires les plus inconfortables. Cela peut évidemment décourager."

Un autre phénomène récent explique aussi ce taux élevé d’abandon du métier chez les jeunes : le recours de plus en plus fréquent à des enseignants sans le titre requis. En effet, sur le terrain, la pénurie est telle que les directions engagent des professeurs mal formés, voire pas formés du tout. "Pour ces enseignants qui n’ont pas le titre pédagogique, le choc de la réalité est nettement plus dur que pour ceux qui sont outillés pour donner cours, poursuit Sandrine Lothaire. Et cette sortie du système scolaire est nettement plus importante chez les non-diplômés, cela contribue beaucoup à la problématique de la pénurie."

La Fédération Wallonie-Bruxelles a annoncé des mesures afin de mieux encadrer les jeunes profs, diplômés ou non. En attendant, les directions d’écoles s’impatientent. Elles ne veulent pas se retrouver, comme en fin d’année dernière, contraintes d’annuler des examens, faute d’avoir pu dispenser certains cours.

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