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Perquisitions du FBI chez Donald Trump : l’histoire d’une relation tendue entre l’ancien président et les services gouvernementaux

Donald Trump / Révélations suite aux perquisitions

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12 août 2022 à 15:05Temps de lecture5 min
Par Adeline Louvigny

Ce lundi 8 août, la résidence de Donald Trump en Floride est perquisitionnée par le FBI, annonce lui-même l’ancien président américain. Si le département de la Justice n’a pas (encore) dévoilé les raisons de cette perquisition, tout laisse à croire que cette descente de la police fédérale à Mar-a-Lago (le petit nom de la résidence) est liée à une enquête sur des documents gouvernementaux (secrets ou non) détenus illégalement par Donald Trump.

Cette perquisition de grande ampleur est le point d’orgue d’une relation plus que tumultueuse entre l’ancien président des États-Unis, et les services gouvernementaux, tout spécialement les services secrets. Alors que Donald Trump a lancé une bataille de communication avec la justice américaine, petit retour en arrière pour mieux comprendre les tenants et aboutissants de cette affaire.

Du dédain du confidentiel

Selon divers médias américains, tels que le Washington Post et le New York Times, les agents du FBI pourraient être venus chercher des documents sortis illégalement de la Maison Blanche par Donald Trump en janvier 2021, lors de la passation de pouvoir à Joe Biden. Refusant sa défaite, Donald Trump avait encouragé l’assaut du Capitole le 6 janvier : quelques jours plus tard, une procédure de destitution est lancée par le Congrès pour "incitation à l’insurrection". Le départ de la Maison Blanche, le 21 janvier, se fait donc dans le désordre et la précipitation.

Lors de la passation de pouvoir, chaque président doit envoyer une série de documents de son administration aux Archives nationales (NRA). Ce que fait Donald Trump… Partiellement. La NRA déclare avoir reçu des documents, pour la plupart déchirés, puis recollés, pour certains. Une information qui confirme les nombreuses rumeurs autour du dédain exprimé par l’ex-président envers les documents officiels, parfois confidentiels auquel il avait accès. Plusieurs témoignages durant son mandat relataient des histoires de papiers déchirés, jetés aux toilettes ou simplement au sol de la Maison Blanche.

Une relation sans confiance

Car entre la CIA, les services secrets américains, et Donald Trump, ce n’est pas le grand amour. Il n’est pas rare que la CIA ne divulgue pas toutes ses informations au président des États-Unis, mais concernant le milliardaire américain, les agents marchaient sur des œufs. Certains parmi l’agence considéraient même que le président constituait un risque pour la sécurité du pays, car il n’hésitait pas à utiliser des informations confidentielles pour servir ses propres intérêts, comme l’explique Douglas Londan, haut responsable de la CIA dans son livre "The Recruiter".

Le New York Times nous conte ainsi quelques-uns de ses "hauts faits" : publier sur Twitter une photo confidentielle d’une explosion sur un site de lancement de satellites en Iran, qui divulgue ainsi les capacités de surveillance tactique des États-Unis. Ou encore, la révélation d’informations secrètes aux Russes sur un complot de l’État islamique, mettant ainsi en danger des agents israéliens, à l’origine de l’information, et de la CIA.

Donc, quand Donald Trump quitte la Maison Blanche avec de nombreuses caisses, le doute plane sur leurs contenus. Ce n’est qu’un an après, début 2022, que les événements s’accélèrent. Les Archives nationales, au bout d’âpres négociations avec les avocats de Trump, obtiennent quinze boîtes de documents. Et de découvrir que des documents classés confidentiels s’y trouvent. Le FBI conduit alors quelques interviews avec des responsables de la Maison Blanche présents lors des derniers jours de Trump, et il semblerait que certains agents fédéraux auraient déjà été faire une visite à Trump à Mar-a-Lago, selon le New York Times.

La stratégie du doute et du dénigrement

Ce qui nous amène au 8 août, et cette fameuse perquisition. Trump joue alors la carte de la bataille de communication, terrain connu et qu’il maîtrise plutôt bien via les réseaux sociaux. C’est lui-même qui annonce la descente du FBI, dans une déclaration tonitruante où il décrit sa résidence comme "assiégée", "occupée par de nombreux agents du FBI" et de conclure : il est victime d’une "persécution politique". Face à lui, la justice et le FBI gardent le silence, par devoir de réserve.

Alors que ses partisans répandent l’information sous son prisme, il en rajoute en couche en insinuant que les agents auraient placé des preuves contre lui dans Mar-a-lago : "Pourquoi ont-ils fortement insisté pour que personne ne les observe, et fait sortir tout le monde ?” demande-t-il. La guerre de communication est lancée, et le Procureur général Merrick B. Garland ne reste pas muet bien longtemps.

Le procureur général Merrick B. Garland
Le procureur général Merrick B. Garland 2022 Getty Images

Le lendemain, M.B. Garland déclare qu’il a lui-même approuvé le mandat de perquisition, soulignant ainsi l’importance de l’affaire, et a dénoncé les nombreuses "attaques infondées sur le professionnalisme" des procureurs et agents du FBI, suite aux sorties de Trump. Et d’avancer son pion : il annonce, ce jeudi 11 août, avoir demandé de rendre public le mandat de perquisition, ainsi que la liste des objets que le FBI a emportés. Une information que Donald Trump détient, car fournie par le FBI lors de la perquisition, mais qu’il n’a pas souhaité révéler.

Si la révélation du mandat de perquisition pourra faire un peu mieux la lumière sur cette enquête, elle ne calmera certainement pas les ardeurs des partisans de Trump. "Les informations fournies au juge étaient-elles suffisantes et nécessaires pour autoriser un raid au domicile de l’ancien président dans les 90 jours précédant l’élection de mi-mandat ?” s’interroge ainsi le sénateur Lindsay Graham, républicain et allié de l’ex-président. Rendre public ces informations mettrait en danger les sources des enquêteurs, ce que se refuse de faire le procureur.

Bataille juridique en vue ?

Comme le souligne le sénateur Graham, cette perquisition tombe à peine trois mois avant les élections de mi-mandat (qui renouvelle un tiers du Sénat et l’ensemble de la Chambre des représentantes), et alors qu’un sondage tout récent donne Donald Trump favori parmi les Républicains pour les élections présidentielles de 2024.

Les tenants politiques sont donc forts, alors que l’on s’interroge sur la possibilité d’empêcher Donald Trump de se représenter aux élections présidentielles s’il était poursuivi pour détention illégale de documents gouvernementaux.

Selon une analyse du New York Times, il serait difficile de passer outre la Constitution qui définit clairement les critères d’éligibilité pour la présidence. Mais le journal évoque une possible bataille judiciaire autour des primaires, une certaine législation (la section 2071 du titre 18 du code US) permettant peut-être, s’il est condamné, d’empêcher que le nom de Donald Trump ne se retrouve dans les bulletins de vote. Mais vu la complexité du système judiciaire américain, l’incertitude est grande sur cette éventualité.

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