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L'agenda Ciné

Peter von Kant... Maladie d’amour

04 juil. 2022 à 22:01Temps de lecture2 min
Par L'Agenda Ciné

Peter von Kant, bientôt 40 ans, est un célèbre cinéaste allemand à succès. C’est la grande actrice Sidonie, à la renommée internationale, qui lança sa carrière, après avoir accepté de tourner dans son premier film. Devenue sa muse et son amie, elle passe régulièrement le voir dans son appartement de Cologne où il vit avec Karl, son assistant corvéable à merci. Lors d’une de ses visites et alors que la rupture de Peter avec son ex-amant Franz a fait le tour des gazettes, Sidonie lui présente Amir qu’elle a rencontré lors d’un voyage à Sidney. Peter tombe immédiatement sous le charme du jeune homme de 23 ans qui aimerait se faire une place en Allemagne et pourquoi pas devenir acteur…

Carole Bethuel

Terrain de je

François Ozon, c’est en moyenne un film tous les ans et la promesse d’une proposition et d’un univers à chaque fois différents.

Cette fois-ci, et 22 ans après Gouttes d’eau sur pierre brûlante (adapté de Tropfen auf heiße Steine), le cinéaste français est parti revisiter l’œuvre du très prolifique Rainer Werner Fassbinder (disparu en 1982 à l’âge de 37 ans) dont il est depuis toujours un fervent admirateur.  

En reprenant sa pièce de théâtre, Les larmes amères de Petra von Kant, que le réalisateur allemand avait lui-même adapté au cinéma, François Ozon la conjugue au masculin et la transpose dans le milieu du cinéma en lieu et place du monde de la mode. Ainsi Petra, la créatrice de mode réputée, cède la place à Peter, un célèbre cinéaste. Sa protégée, Karin, propulsée mannequin vedette devient Amir, un candidat acteur bisexuel. Marlène, la styliste et assistante souffre-douleur, prend elle les traits du tout aussi servile Karl. Seul le personnage de Sidonie, l’égérie, reste une femme.

Et si Cologne a remplacé Brême, nous restons en 1972, comme dans l’œuvre originale, avec pratiquement pour seul décor, là aussi, l’appartement de Peter von Kant.

Diaphana Distribution

Du théâtre nourri de cinéma

Respectant et assumant l’aspect volontairement théâtral et bavard du film de Fassbinder, François Ozon dynamise l’ensemble grâce à une mise en scène moins statique. Les deux ou trois pièces de l’appartement sont astucieusement utilisées comme autant de décors et d’ambiances du film, quand les dialogues toujours aussi mordants sont assénés avec une énergie réjouissante.

Ce huis clos est aussi l’occasion pour le réalisateur de livrer à travers ce personnage de Peter von Kant une réflexion sur l’emprise et la dépendance affective tout en proposant un portrait du cinéaste allemand centré sur son histoire d’amour avec le jeune Amir. En cela Denis Ménochet, formidable, compose un Peter von Kant qui tel un ogre en son palais se révèle tour à tour monstrueux, drôle, cruel, pathétique et émouvant. Autour de lui Isabelle Adjani campe à merveille une diva très hollywoodienne et Stefan Crepon, étonnant de présence, interprète Karl, ce personnage mutique et supposément effacé. Quant à Khalil Ben Gharbia dans le rôle d’Amir, il est la révélation du film, et Hanna Shygulla dans celui de la mère de Peter (elle était déjà au générique du film de 1972), un autre des hommages de François Ozon à Fassbinder.

N'hésitez pas à aller voir " Peter Von Kant " !

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