Chroniques

"Petits arrangements entre amis" ou le système politique belge

Philippe Walkowiak

© RTBF

Par Philippe Walkowiak

 

En Belgique, élus et partis dépensent l’argent public sans compter

Alors que les révélations se multiplient, seul un collectif d’associations tente de s’attaquer à l’inertie et à la résignation des contribuables.

C’est le journal français Le Monde qui en fait l’amer constat. Bien entendu, des voix s’élèveront de ce côté-ci de Quiévrain pour rappeler, par exemple, le nombre d’affaires judiciaires que traîne l’ancien président Sarkozy, pour démontrer que la France n’a pas de leçons à donner. Ce serait s’égarer. Les turpitudes des autres ne peuvent masquer les nôtres.

Un entre-soi mortifère

Dernière révélation en date : les plantureux compléments de pensions (pourtant elles aussi plantureuses) accordés à deux ex-présidents (Open Vld et N-VA) de la Chambre mais aussi à une poignée de ex-hauts fonctionnaires de l’assemblée. Un " arrangement " qui remonte à… 1998 (une époque où le président s’appelait Raymond Langendries (PSC) et le chef de groupe VLD, … Herman De Croo). Depuis, chaque année, tous les députés votent la même ligne budgétaire sans sourciller. Le PTB n’a tiqué que l’an dernier. Dans l’indifférence générale. Le règne du " on a toujours fait comme ça ".

Et là, comme pour les voyages exotiques des parlementaires du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, les escapades du greffier wallon et de son président, les travaux somptuaires du Parlement de Wallonie, la richesse et les dépenses indécentes des partis avec de l’argent public, etc., la racine du mal reste la même : les contrôlés sont également les contrôleurs. Tout cela passe crème.

Ou comme le dit notre confrère : " le royaume du compromis, où la devise nationale (" L’union fait la force ") devrait plutôt être " On va s’arranger ", est passé depuis longtemps maître dans l’art d’accommoder à sa façon les grands principes. ".

Quand le compromis devient compromission

Bien entendu, il reste des parlementaires à tenter de faire leur boulot avec loyauté et le souci du citoyen. Mais ce dernier ne peut que devenir blasé voire dégoûté de ce système. Le fossé se creuse entre ce citoyen et ses représentants et notre démocratie, depuis longtemps devenue particratie, se détériore, s’abîme.

À force d’arrangements, de compromis boiteux, de réformes institutionnelles absconses, chaperonnés par les seuls présidents de parti, la démocratie belge se délite et risque de voir le citoyen s’en détourner, se résigner pour préférer des formations extrémistes ou populistes.

Le lendemain des élections de mai 2024 se transformerait alors en une solide gueule de bois démocratique.

@PhWalkowiak

Parlement fédéral : compléments de pension (sujet JT du 02/03/2023)

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