Week-end Première

Peut-on apprendre en dormant ? Oui, mais avec certaines nuances, d'après des chercheurs belges

Pasquale ramène sa science

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Nous dormons presque un tiers de notre vie, mais à quoi sert le sommeil ? Cela reste encore un grand mystère. Est-il par exemple possible d’apprendre une langue étrangère en dormant ? Oui, répondent des chercheurs belges. Explications avec le scientifique Pasquale Nardone.

Une étude sur la mémorisation pendant le sommeil, dont le premier auteur est Matthieu Koroma, a été publiée en mars dernier dans Frontiers in Neuroscience. Il s’agit de chercheurs qui viennent de l’Ecole Normale Supérieure à Paris et qui travaillent maintenant à l’Université de Liège. Ils ont mis au point une technique pour déterminer si, oui ou non, on est capable de mémoriser pendant que l’on dort.

© GettyImages

En quoi consiste cette étude ?

Les chercheurs ont sélectionné 22 participants français, qui ne connaissaient pas le japonais ni aucune langue voisine. Ils ont choisi aussi 48 mots japonais bien spécifiques que l’on peut associer à un son. Par exemple, au mot inu qui veut dire chien, on peut associer le son wouf.

Pendant le sommeil des participants, ils ont diffusé le mot japonais et le son associé, afin de voir si une mémoire associative se mettait en place. Ils ont déterminé une intensité sonore, à la fois pour ne pas perturber le sommeil et de façon à normaliser tous les mots et tous les sons.

A leur réveil, on leur a fait faire un test à l’aveugle. Les chercheurs leur ont présenté deux images, par exemple l’image d’un chien et l’image d’une cloche, et leur ont fait entendre le nom inu, chien, en japonais. Et ils ont constaté qu’ils choisissaient correctement ! De façon 'miraculeuse', ils repéraient bien l’image du chien lorsqu’ils entendaient le mot chien en japonais, alors qu’ils ne connaissaient rien de cette langue.

La mémoire implicite

"Ce qui est très intéressant aussi, c’est qu’ils n’ont pas conscience de cela. C’est ce qu’on appelle une mémoire implicite. Ils pensent que la réussite est due au hasard. Mais le test fait sur les 48 mots, répétés sur 22 personnes, montre qu’il n’y a pas eu de choix au hasard, qu’il y a bien eu une sélection de l’image correspondant au mot. C’est-à-dire qu’il y a eu un apprentissage implicite du japonais", précise Pasquale Nardone.

Les participants étaient soumis à un électroencéphalogramme, ce qui a permis d’observer que c’est dans la période appelée non-REM – c’est-à-dire pas de Rapid Eye Movements, pas de mouvements rapides des yeux -, donc quand ils ne rêvaient pas, que la mémorisation était la meilleure. On a pu observer également une activité frontale cérébrale particulière, de 0,8 Hz, pendant laquelle la mémorisation du son et l’association avec l’animal ou l’objet étaient les plus efficaces.

Et ensuite ?

"Maintenant, comment passer à l’état conscient de cette connaissance, cela reste évidemment encore à démontrer", souligne Pasquale Nardone.

La suite est effectivement de voir comment la conscience va pouvoir s’installer. Il n’est pas évident, lorsqu’on a une connaissance implicite, d’être capable de reproduire, par exemple, le mot chien, lorsqu’on verra un chien.

Par ailleurs, les scientifiques ont fait le même test lorsque les personnes sont réveillées et les résultats sont clairement meilleurs. Ils obtiennent 80% de réussite, par rapport à 60% lorsqu’on apprend en dormant. L’apprentissage inconscient n’est donc pas la solution pour les étudiants !

Les recherches sur la mémorisation, sur le cerveau et le sommeil vont bien sûr continuer à l’Université de Liège.

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous