Coronavirus

Phase 3, phase 4 : le plan de bataille (qu’on espère inutile) des hôpitaux contre Omicron

Photo d’illustration.

© Xavier Lorenzo – Getty Images

11 janv. 2022 à 18:30 - mise à jour 14 janv. 2022 à 11:46Temps de lecture3 min
Par Johanne Montay

Le Comité Hospital & Transport Surge Capacity (HTSC), qui dépend du SPF Santé publique, a adapté ses directives adressées aux hôpitaux, en fonction de l’évolution de la situation Omicron. Il a envoyé un nouveau courrier aux directions d’établissements.

Ce n’est pas que la situation soit aujourd’hui critique, dans les établissements hospitaliers. La Belgique compte 52.500 lits reconnus et 2000 lits de soins intensifs reconnus. Bon nombre sont fermés en raison de la pénurie de personnel (192 en soins intensifs et 3596 lits ordinaires). Mais il reste 430 lits de soins intensifs libres et disponibles, ainsi que 6416 lits d’hôpital. "Avec le modèle d’organisation actuel au sein des hôpitaux, un pic Omicron de 8000 patients hospitalisés et de 780 patients en soins intensifs peut être absorbé par le système", écrit le HTSC aux directeurs d’établissements.

Des prédictions imprévisibles

Cependant, les modèles de prédiction sont trop imprévisibles, sur le nombre d’hospitalisations et d’admissions en soins intensifs. Les scénarios vont de 4500 à 7500 lits occupés fin janvier, dans le meilleur des cas, à plus de 9000, dans le pire des cas.

Deux nouvelles phases

Au cas où il y aurait un engorgement au niveau des entrées hospitalières, les hôpitaux devraient s’aligner sur deux toutes nouvelles phases : les phases 3 et 4.

La grande nouveauté, pour la phase 3, serait l’arrêt total de l’attribution de lits spécifique COVID, à côté de la suspension des soins non urgents et électifs.

En phase 3, "le principe de réservation de lits COVID est abandonné – étant donné l’afflux important de la pathologie COVID, la disponibilité de tous les soins critiques (COVID et non-COVID) doit être assurée. En pratique, les priorités (qu’il y ait ou non une pathologie COVID) seront fixées sur la base du triage médical", rapporte le courrier.

En phase 4, le triage serait renforcé.

Aujourd’hui, n’existent que :

  • Les phases 0 ou "de veille" (15% des lits de soins intensifs réservés au Covid) ;
  • La phase 1 (allant de A, A + à B avec 25 à 50% des lits en soins intensifs réservés au Covid) ;
  • Et enfin, la phase 2 (A ou B, avec 60% de lits réservés aux patients Covid).

Le Comité Hospital Transport & Surge Capacity fera savoir aux hôpitaux quand ces nouvelles phases 3 ou 4 entreront en vigueur, si c’est nécessaire. Il estime en tout cas, que compte tenu des prévisions et de la pénurie de personnel, il serait plus réaliste de passer directement de la phase 1B, où nous sommes actuellement, à une phase 3 fédérale, en sautant la case "phase 2" car elle implique d’ouvrir des lits supplémentaires en soins intensifs.

Cependant, le passage à la phase 3 n’aura lieu que lorsque toutes les mesures d’accompagnement de la phase 1B et de la solidarité (plan de répartition) auront été épuisées. "Le passage à la phase 3 doit être reporté aussi longtemps que possible", précise le courrier.

Priorité des soins Covid et non Covid

L’objectif de la phase 3, c’est de garantir pour tout citoyen la priorité des soins, qu’ils soient Covid ou non. Pour le Comité, "compte tenu de la potentielle croissance exponentielle de la demande de soins dans les hôpitaux, il n’est plus justifié, d’un point de vue stratégique, de prendre que pour objectif l’absorption de la demande de soins d’Omicron. Le fait de n’absorber que cette demande de soins signifierait que les soins urgents non-COVID seraient encore plus évincés des hôpitaux". Cela signifie que les hôpitaux n’accepteraient, en cas de pic Omicron, que les pathologies urgentes, en appliquant des mesures de double triage, dans les services d’urgence pour déterminer le degré de priorité, et à la porte d’entrée de l’hôpital.

Plus question donc de différer d’autres soins urgents pour cause de priorité Covid, explique le document : "Dans les vagues précédentes, les analyses montrent qu’il s’agit d’une épidémie secondaire. Nous ne pouvons remettre une couche supplémentaire de soins urgents différés. Il s’agit principalement des urgences cardiologiques telles que l’infarctus aigu du myocarde, les AVC et les traitements oncologiques urgents et non reportables."

Des renforts en cas d’absence du personnel

Les hôpitaux sont invités également à définir les profils – plus larges que les seuls métiers de soins – pour lesquels ils pourraient avoir besoin de renforts si le personnel venait à manquer : par exemple, du personnel de cuisine, logistique, de transport, de sécurité… Ces profils souhaités devront être transférés à la Défense pour anticiper les besoins de réservistes.

Et enfin, limiter les flux de façon générale

Le Comité estime qu’un effort de l’ensemble de la société devrait être demandé si les hôpitaux devaient passer à la phase 3 : " Lorsque des mesures strictes visant à limiter l’afflux de patients sont de mise dans le secteur, il convient également d’indiquer que des mesures visant à limiter l’afflux sont également souhaitables en dehors des hôpitaux, par exemple des mesures afin de réduire l’afflux d’accidents de la route, d’accidents du travail et d’autres, au maximal."

Le mot "confinement" n’est pas utilisé, car il devient imprononçable.

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