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Economie

Philippe Defeyt, économiste : "Aujourd’hui, avec une inflation de 8%, ce qui étaient des différences deviennent des inégalités"

L'invité de Matin Première: Philippe Defeyt, économiste

Pouvoir d'achat: experts VS. politiques

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15 juin 2022 à 07:36Temps de lecture3 min
Par Miguel Allo sur base de l'invité de Matin Première

Un groupe d’économistes a été chargé de faire des propositions au gouvernement fédéral sur la crise du pouvoir d’achat. Ces experts doivent remettre leur premier rapport aujourd’hui à la mi-journée.

Un groupe à l’image des experts médicaux dans la crise sanitaire. Le monde politique se fait conseiller sur les défis socio-économiques. Dès lors, est-on reparti dans une bataille entre experts et politiques ?

Une mission qui n’a rien d’évident

Philippe Defeyt, économiste, fait partie de ce groupe. Il était l’invité de Matin Première ce mercredi 15 juin. D’emblée, il précise que pour les experts, mais aussi pour le monde politique "l’équation n’est pas facile". Car il s’agit de s’occuper du court et du long terme, du social et de l’économie (compétitivité), de la transition écologique et du transitoire. Ce spécialiste rappelle d’ailleurs que le dernier rapport de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) manifeste les mêmes difficultés. Et il donne un exemple : la baisse de la TVA sur l’énergie est une mesure transitoire, utile à court terme, mais selon lui "ce n’est pas un bon signal à moyen terme pour la transition énergétique".

Mais, est-il normal que le monde politique se repose de cette façon sur l’avis d’experts ? Pour Philippe Defeyt il est normal que le gouvernement consulte des experts "et puis il fera ses arbitrages". Rappelant dans la foulée que les experts n’ont pas été élus.

Les priorités

Les experts consultés par le gouvernement viennent de tous bords politiques. Ils ont pointé des priorités. Parmi celles-ci, on retrouve le pouvoir d’achat. L’économiste explique qu'"il est clair que beaucoup de ménages, travailleurs ont vu leur pouvoir d’achat baisser. Heureusement, globalement sur le point macroéconomique, c’est un peu moins grave parce qu’il y a aussi de nouveaux travailleurs, des emplois supplémentaires qui compensent un peu la perte de pouvoir d’achat de ceux qui avaient déjà un job".

L’indexation automatique des salaires

Tout comme le pointe l’OCDE au sujet de l’indexation automatique des salaires, il ne s’agit pas de remettre en cause ce mécanisme, mais peut-être y a-t-il des améliorations à apporter. C’est ce genre de débats qu’ont eu les experts.

Le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) a encore soutenu cette semaine qu’il souhaitait maintenir l’indexation automatique des salaires. La Banque nationale estime que ce mécanisme va nous préserver de façon importante dans la crise actuelle. Enfin, une enquête du Vif révèle que pour 40% des Belges, la hausse des prix est le plus gros problème, que 25% de la population a déjà économisé sur la nourriture et 11% sur les soins de santé. Face à ce constat, comment interpréter ce que nous dit la Banque nationale, à savoir que pour l’avenir, sur base de la situation actuelle et à condition que cela ne se détériore pas, la Banque Nationale est plutôt optimiste.

Philippe Defeyt explique qu’il y a une différence entre une situation individuelle (certaines personnes ont vu leur pouvoir d’achat baisser fortement) et la masse globale de la situation. "Ce n’est évidemment pas la même chose, puisqu’il y a de plus en plus de Belges, de plus en plus de travailleurs et donc il peut y avoir des différences entre les deux". Mais ce qu’analyse aussi l’économiste, c’est que tous les travailleurs ne sont pas protégés de la même façon par rapport à l’indexation et l’évolution des prix. "Il y a, par exemple des travailleurs qui sont indexés une fois par an. Ça veut dire que depuis janvier, leur pouvoir d’achat ne cesse de se dégrader par ce qu’il n’y a pas d’indexation en cours d’année". L’OCDE dit d’ailleurs qu’il ne faut pas forcément modifier le système à court terme, mais peut-être peut-on améliorer le mécanisme, explique l’expert.

Aujourd’hui avec une inflation de 8% sur l’ensemble de l’année ce qui étaient des différences deviennent des inégalités

Autre analyse de l’économiste, des différences qui n’étaient pas trop lourdes de conséquences jusqu’à présent deviennent des inégalités. "L’exemple de l’indexation est un bel exemple. Quand l’inflation est de 1% ou 1,5%, qu’il y ait des différences dans les mécanismes d’indexation n’est pas dramatique, mais aujourd’hui avec une inflation de 8% sur l’ensemble de l’année ce qui étaient des différences deviennent des inégalités". Il ajoute que celui qui avait une carte carburant avant la crise, a aujourd’hui un avantage important. Idem pour une maison bien isolée en comparaison à une une maison mal isolée, "ces différences deviennent des inégalités et parfois des inégalités lourdes".

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