RTBFPasser au contenu
Rechercher

Monde

Philippines : comment le fils de l’ancien dictateur Ferdinand Marcos est devenu président 50 ans plus tard ?

Le nouveau président philippin, Ferdinand Marcos Jr, passe devant les médias après avoir voté à l’école primaire Mariano Marcos Memorial à Batac, Ilocos Norte, le 9 mai 2022.
10 mai 2022 à 10:58Temps de lecture3 min
Par Alice Debatis avec agences

Ferdinand Marcos Junior, 64 ans, a remporté l’élection présidentielle avec 58,8% des suffrages exprimés aux Philippines. Le fils et homonyme de l’ancien dictateur réinstalle son clan familial au sommet du pouvoir, 36 ans après la révolte populaire qui l’en avait chassé.

Torrents de désinformation

Ferdinand Marcos Junior est le président le mieux élu depuis son père en 1969. Plusieurs facteurs expliquent ce triomphe. Tout d’abord, "Bongbong", comme il est désigné par les Philippins, a mené une campagne de désinformation massive sur les réseaux sociaux.

Depuis des années, des comptes pro-Marcos Junior ont envahi les réseaux sociaux, faisant passer auprès des jeunes Philippins les vingt ans de régime de son père (1965-1986) comme une ère dorée de paix et de prospérité pour l’archipel. En passant sous silence les dizaines de milliers d’opposants arrêtés, torturés ou tués, ou encore les milliards de dollars volés par le clan Marcos dans les caisses du pays pour son enrichissement personnel.

Ferdinand Marcos Jr a également pu compter sur le soutien du président autoritaire sortant Rodrigo Duterte, dont la popularité reste forte.

Enfin, le nouveau président philippin doit en grande partie sa victoire à une série de tractations en coulisses avec d’autres clans familiaux, et notamment à son alliance avec Sarah Duterte, fille du président sortant, qui briguait la vice-présidence et semblait également assurée de l’emporter.

70.000 opposants torturés sous Ferdinand Marcos

Au cours de ses deux décennies au pouvoir, les forces de sécurité du père du nouveau président philippin ont tué, torturé, abusé sexuellement, mutilé ou détenu arbitrairement environ 70.000 opposants, estime Amnesty International.

Ils ont appliqué un fer à repasser sur la plante de mes pieds

Ancien prisonnier politique, Bonifacio Ilagan, alors président de l’organisation de jeunesse communiste Kabataang Makabayan, a été capturé lors d’un raid en 1974, il a été détenu pendant deux ans dans les geôles de Marcos et torturé à plusieurs reprises. Il se souvient des coups, des fers chauds qui lui brûlaient la plante des pieds.

 

L’ancien prisonnier politique, Bonifacio Ilagan, donne une interview dans un musée honorant les personnes qui ont pris part à la lutte contre l’ancien dictateur philippin Ferdinand Marcos dans les années 1970, à Quezon City, banlieue de Manille.
L’ancien prisonnier politique, Bonifacio Ilagan, donne une interview dans un musée honorant les personnes qui ont pris part à la lutte contre l’ancien dictateur philippin Ferdinand Marcos dans les années 1970, à Quezon City, banlieue de Manille. AFP or licensors

"J’ai connu plusieurs formes de torture. Ils ont appliqué un fer à repasser sur la plante de mes pieds, et j’ai crié de douleur, bien sûr. Ils ont inséré des balles entre les doigts de mes deux mains et ont serré mes mains si fort que je hurlais de douleur, et j’avais l’impression que mes os allaient craquer. J’ai appris les types de torture que mes amis ont subis et c’était pire. La bouche de l’un de mes amis a été utilisée comme cendrier, l’autre a été attaché par les mains et les pieds et jeté dans une piscine." décrit Bonifacio.

Le retour du fils de Ferdinand Marcos au pouvoir est très douloureux pour cet ancien prisonnier politique et victime de torture sous la loi martiale.

"Le fils du dictateur devenant président 50 ans après que Marcos père ait déclaré la loi martiale est vraiment impensable. Je ne peux pas, je vous assure, concevoir comment cela soit réel. ", explique Bonifacio.

Aujourd’hui, il ne voit plus qu’une seule voie possible, le retour au militantisme.

La peur que l’histoire se répète

Marcos junior n’a pour l’instant pas reconnu publiquement les crimes de son père et le rôle de sa famille comme bénéficiaire directe de ces crimes.

Le nouveau président va également faire face à des demandes de poursuites contre le président sortant Rodrigo Duterte pour des milliers de meurtres lors de sa répression anti-drogue – des décès faisant déjà l’objet d’une enquête par la Cour pénale internationale.

 

Plus extrême que Trump, Rodrigo Duterte, favori de la présidentielle aux Philippines

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

"Il doit déclarer la fin de la soi-disant 'guerre contre la drogue' qui a entraîné l’exécution extrajudiciaire de milliers de personnes et ordonner une enquête impartiale et des poursuites appropriées contre les responsables de ces homicides illégaux.", affirme Phil Robertson, représentant en Asie de Human Rights Watch.

La réticence de Ferdinand Marcos junior à admettre l’histoire controversée de sa famille et à se positionner sur les questions des droits fondamentaux laisse craindre que l’histoire ne se répète.

Sur le même sujet

Philippines : l’ancien président Fidel Ramos est décédé à 94 ans

Monde Asie

Philippines : Blinken félicite Marcos, et annonce vouloir "renforcer" les relations entre les Washington et Manille

Monde

Articles recommandés pour vous