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[Philo] Pourquoi procrastinons-nous ?

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20 déc. 2021 à 09:29Temps de lecture2 min
Par RTBF La Première/Matthieu Peltier

Pourquoi remettre à demain ce que l’on peut faire après-demain ? C’est la devise qui caractérise la vie de bien d’entre nous, y compris du philosophe Matthieu Peltier. Un mal terriblement problématique au niveau pratique…

Le malheur de la procrastination est que l’on fait certes les choses, mais seulement une fois le couteau sous la gorge, sous la menace de l’approche de la fameuse deadline.

Le décideur rationnel

Pour expliquer cela, le chercheur et blogueur Tim Urban utilise une métaphore : nous sommes tous des petits navires, dirigés normalement par celui que l’auteur appelle 'le décideur rationnel'.

Lorsque le décideur rationnel est au gouvernail, il nous emmène vers la réalisation de nos projets, il évite les distractions, il fait la différence entre l’essentiel et l’accessoire. Sa devise, c’est d’abord le travail, ensuite la gratification.

Mais chez les sujets procrastinateurs, ce décideur rationnel est menacé par le singe distrayant.

Le singe distrayant

Quand le singe distrayant prend le gouvernail, c’est toujours pour de la gratification immédiate.

"Alors que vous êtes censé écrire votre chronique, voilà le singe qui vient vous proposer de regarder cette vidéo très marrante montrant un serpent qui danse, et ensuite de faire quelques recherches Wikipedia pour savoir combien mesurent les serpents du monde, ainsi qu’un site sur le top 10 des serpents les plus dangereux. Bref tout, sauf ce que vous devez faire !"

Tim Urban continue en indiquant que le cerveau possède un dernier personnage clé : le monstre panique.

Le monstre panique

Le monstre panique reste endormi la plupart du temps et il ne s’éveille que lorsqu’une situation d’urgence approche.

Pour le procrastinateur, le monstre panique est une sorte d’ange gardien. Il veille toujours sur lui dans les pires moments. Il est le seul à pouvoir vraiment effrayer le singe distrayant, qui va alors se cacher dans son arbre.

Dès que le monstre panique apparaît, le singe distrayant disparaît et le décideur rationnel revient prendre le contrôle des opérations, il va pouvoir gérer les priorités, qui sont devenues de véritables urgences.

Ce phénomène explique le comportement discontinu et quasi convulsif du procrastinateur qui est capable de rester debout toute la nuit la veille d’une échéance, alors qu’il avait deux semaines pour réaliser son travail.

Si la deadline ne vient pas à toi…

Le monstre panique fonctionne bien pour les projets avec échéance. Mais pour tous les projets sans échéance, c’est beaucoup plus handicapant. Votre rêve d’écrire un jour un livre, de changer de métier, de commencer une nouvelle formation… pour tout cela, inutile de compter sur le monstre panique, il ne viendra pas s’il n’y a pas de deadline.

Selon Tim Urban, la solution pourrait se résumer à cette phrase :

Si la deadline ne vient pas à toi, va toi-même à la deadline.

L’idée est de se coincer soi-même en s’engageant ou en amenant d’autres personnes vis-à-vis desquelles on va se trouver engagé. Par exemple, vous rêvez de reprendre la course à pied ? Inscrivez-vous à une course, même lointaine, histoire de permettre à votre monstre panique de se réveiller pour vous faire chausser vos baskets.

La liberté passe en effet parfois par une forme d’auto-enchaînement. Un peu comme dans l’Odyssée, où Ulysse fait attacher tout son équipage, y compris lui-même, au mât de son bateau, pour être certain de résister au chant des sirènes et ainsi empêcher sa propre volonté de lui nuire.
 

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