Week-end Première

[Philo] Qu’est-ce qui va provoquer le changement chez l’être humain ?

Quand on regarde la nature, les humains, les sociétés, on dirait qu’il est parfois difficile de changer certaines choses. Comme si la volonté de changer ne suffisait pas. Comme si l’urgence du changement ne suffisait pas. Comme si toute l’énergie qu’on pouvait mettre dans un changement ne suffisait pas. Il y a peut-être une explication. Une explication qui permet de croire à nouveau au changement. C’est une chronique optimiste que nous propose le philosophe Matthieu Peltier.

Pour comprendre le mécanisme du changement, Matthieu Peltier nous propose de jeter un œil du côté de la science et, plus particulièrement, dans les travaux de l’astrophysicien François Roddier. Son livre Thermodynamique de l’évolution (Ed. Parole) permet de comprendre enfin ce que nous n’avons jamais compris.

François Roddier y expose comment les lois de la physique et de la thermodynamique peuvent expliquer, du moins en partie, l’évolution du vivant, des sociétés et des humains. Son regard de physicien lui permet d’aborder toutes ces entités comme des systèmes dont les changements, les ruptures, obéissent à certaines lois. Les humains et les sociétés peuvent donc changer comme change la nature.

© Pixabay

Un point de bascule

L’être humain est ce qu’on appelle, en physique, 'une structure dissipative', comme n’importe quel être vivant, colonie d’insectes ou étoile de l’univers. Une structure dissipative est une entité dont l’action tend à dissiper de l’énergie.

Le changement, dans ces structures dissipatives, arrive lorsqu’elles atteignent un état métastable. C’est un état dans lequel la structure connaît de plus en plus d’instabilité jusqu’à en arriver à un point où une très faible modification de l’environnement peut faire basculer complètement le système vers un tout nouvel état.

Un peu comme lorsque l’on met une casserole d’eau sur le feu. L’eau va devenir de plus en plus instable jusqu’au moment où un petit dixième de degré supplémentaire sera suffisant pour transformer l’eau en gaz.

Il suffit d’une étincelle

Cela peut s’appliquer au changement en général, affirme Matthieu Peltier.

En 1989, deux semaines avant la chute du mur de Berlin, un grand expert en géopolitique mondial donne une conférence et annonce que le mur de Berlin sera encore là pour au moins 50 ans. 15 jours plus tard, c’est la fin de la Guerre froide. Pourquoi à ce moment-là ? Quel événement spécifique a permis cela ? Pourquoi ne l’avions-nous pas prévu ?

Peut-être tout simplement parce que la situation avait évolué vers cet état métastable, cet état particulier où un rien, un minuscule événement qui, la veille, n’aurait rien changé, cette fois, change tout.

Et je trouve que cela est optimiste, en un certain sens. Si je prends pour exemple la cause climatique, pour laquelle beaucoup de gens se battent depuis des années, sans observer de véritables changements, ces gens peuvent se dire que, comme toute structure dissipative, il est possible que ce qui ne marche pas, depuis des décennies, soudain va percoler et permettre de plonger tout à coup vers un nouveau système.

Et tout cela est valable pour nous aussi ! Pour quelqu’un qui ne parvient pas à arrêter de fumer, par exemple, ou à changer tel ou tel défaut, il se peut qu’à force de tentatives et d’instabilité, cette personne atteigne soudain cet état où la moindre étincelle changera tout.

© Carol Yepes / Getty Images

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