JO d'hiver - Pékin 2022

Pierre-Olivier Beckers : "Le Covid-19 impactera aussi les Jeux Olympiques de Paris 2024"

Pierre-Olivier Beckers, en compagnie de l'ancien kayakiste Tony Estanguet, patron du Comité parisien.

© ERIC PIERMONT - AFP

Le Covid-19 a provoqué le report d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, mais ceux de Paris, en 2024, en seront aussi affectés. Car les frais supplémentaires des Jeux de Tokyo et le contexte international actuel imposent plus que jamais une maîtrise rigoureuse des coûts.

En France, l’ancien athlète et Ministre des Sports Guy Drut, également conseiller au sein du Comité d’Organisation parisien, y est allé d’un coup de gueule : il appelle à une nouvelle vision des JO du futur, à commencer par ceux de 2024. Car selon lui, le coronavirus n’a pas fini d’impacter la planète sport.

Crise durable

Pierre-Olivier Beckers est l’œil de Moscou du CIO sur ces Jeux de Paris : le Président du COIB préside la Commission de Coordination des Jeux Olympiques de 2024. Pas de panique : le Bruxellois tempère le propos du Guy Drut.

Ce n’est pas d’aujourd’hui, ni par le coronavirus, que notre regard a changé sur les JO d’aujourd’hui et de demain " explique Pierre-Olivier Beckers. " L’époque est à la maîtrise et à la raison : Paris 2024 est d’ailleurs un très bon exemple, depuis le premier jour, d’un projet économe, durable, citoyen, solidaire et environnemental. Le gigantisme, plus que jamais, appartient au passé. Depuis le début, nous travaillons en ce sens : le budget de Paris (NDLA : 6,8 milliards de dollars) se situe très en-dessous de Londres, Rio et Tokyo. Mais il est clair que la crise mondiale actuelle va impacter plusieurs années l’économie… et que nous devrons revoir la manière dont les Jeux du futur seront livrés financièrement. Pour Paris 2024, nous n’avons pas attendu la sortie de Guy Drut pour revoir plusieurs chantiers. Du coup, ces propos sont déplorables car ils créent la perception que rien ne se faisait… alors que nous y veillons depuis le début. "

Un programme sport revu ?

Paris 2024 sera donc impacté. Reste à savoir dans quelle mesure le programme sportif et les sites des compétitions seront concernés par les choix posés.

" Il est trop tôt pour entrer dans les détails mais la réflexion est en cours, et tous les volets de Paris 2024 sont passés au crible " poursuit Pierre-Olivier Beckers. " Le programme sport est réexaminé, les Fédérations Internationales sont associées car les formats vont évoluer. Nous examinons aussi les procédures d’encadrement et d’hospitalité, nous allons retourner chaque pierre ! Rien n’est exclu… ce qui ne veut pas dire non plus que tout va changer ! En cette période de grande remise en question, les Jeux Olympiques doivent rester un lieu de solidarité et  d’humanité, mais aussi de durabilité et d’efficacité économique. "

Sous la présidence de Jacques Rogge au CIO, la limitation à 10.500 du nombre d’athlètes était déjà un frein au gigantisme. La crise actuelle devrait aussi imprégner la vision future du CIO.

" On doit pouvoir attirer de nouveaux sports aux Jeux, sans augmenter le nombre d’athlètes… et même peut-être les réduire, mais personne ne peut le dire aujourd’hui " poursuit Beckers, qui est aussi membre du CIO. " C’est un exercice difficile... dicté aussi par des crises comme celle du Covid-19. Le report à 2021 des Jeux de Tokyo va coûter cher : tous les sites étaient prêts, il faut maintenant entretenir les sites et les monitorer. Il faut aussi payer un an de plus les milliers d’employés du Comité d’organisation. "

Menaces… en 2021 ?

À espérer que la pandémie sera vaincue d’ici un an… sur les 5 continents. Car avec leurs sportifs venus du monde entier, les JO incarnent par excellence l’événement sportif le plus exposé. Et un virologue japonais vient d’émettre de sérieux doutes sur la sécurité sanitaire…

Nul ne peut prédire l’avenir, mais le Comité japonais n’a pas de crainte particulière. Aucune décision ne doit être prise avant le printemps prochain, et le CIO a l’habitude de la gestion des risques. Tous les contrôles sanitaires nécessaires seront effectués par les autorités. Et comme tout bon événement sportif, les Jeux Olympiques sont couverts par une assurance… "

Une Team Belgium… équivalente

Enfin, sous sa casquette de Président du COIB, Pierre-Olivier Beckers prend avec philosophie le report des ambitions belges. Sportives et budgétaires.

Ce report n’engendre pas de frais d’organisation supplémentaires : tout était prêt, nous avons même un an de plus pour peaufiner tous les détails. On a juste dû annuler nos célébrations du Centenaire des Jeux d’Anvers de 1920. Mais c’est pour nos athlètes et leurs coaches que ce report est le plus difficile, physiquement et psychologiquement : depuis 6 ou 7 ans, ils avaient le focus sur 2020… Mais ils vont se relancer, c’est dans le caractère du sportif. Dans les grandes lignes, la délégation 2021 sera la même, en taille et en qualité. Certains arrêtent leur carrière, mais d’autres, qui étaient blessés, seront plus forts en 2021.  La Team Belgium ne cesse de monter en puissance, on l’a vu dans les dernières compétitions, européennes ou mondiales. Et elle performera, à Tokyo comme trois ans plus tard à Paris ! "

Articles recommandés pour vous