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Pierre Vercauteren au sujet de Marine Le Pen : "Ce qui est inquiétant, c’est ce qu’elle ne dit pas par rapport à ce qu’elle souhaite réellement faire"

Marine Le Pen s’est qualifiée pour le deuxième tour des élections présidentielles françaises.

Avec respectivement 27,6% et 23% des voix, le président sortant Emmanuel Macron (La République En Marche !) et Marine Le Pen (Rassemblement National) se sont tous les deux qualifiés pour le second tour.

Après deux jours de silence électoral obligatoire, les candidats ont prononcé ce dimanche 10 avril un discours de remerciements, d’une part, de promesses et d’engagements d’autre part.

Des discours déterminés, fédérateurs et pourtant bien différents. "De votre vote du 24 avril dépendront les décisions politiques du prochain quinquennat. Décisions qui en réalité engageront la France pour les 50 prochaines années", indique par exemple Marine Le Pen dans son discours. "J’assurerai l’indépendance nationale pour faire de la France une puissance de paix. Je restaurerai dans tous les domaines la souveraineté de la France, c’est-à-dire pour tous les Français la liberté de décider pour eux-mêmes et de défendre leurs intérêts. Je contrôlerai l’immigration et assurerai la sécurité pour tous."

"Je veux une France qui lutte résolument contre le séparatisme islamiste mais qui par la laïcité permette à chacun de croire ou non, d’exercer son culte et pas une France qui empêche les musulmans ou les juifs de manger comme leur prescrit leur religion. Ce n’est pas nous", déclare pour sa part Emmanuel Macron. "Je veux une France qui s’inscrit dans une Europe forte, continue de nouer des alliances avec les grandes démocraties pour se défendre, pas d’une France qui, sortie des alliés, n’aurait le soutien international que des populistes et xénophobes."

Un climat différent

"Les discours d’hier sont à prendre comme deux candidats heureux d’arriver au deuxième tour, d’autant plus qu’ils ont chacun progressé par rapport au premier tour de 2017", réagit Pierre Vercauteren, politologue et professeur à l'Ecole des Sciences politiques et sociales de l’UCLouvain. Une progression qui s’explique par le clivage qui règne en France, plus intense qu’il y a cinq ans. "Le contexte de cette année est radicalement différent", assure-t-il. "Une frange de la population veut pousser les choses dans le sens du dégagisme (rejet de la classe politique en place de la part d’un électorat insatisfait, ndlr)."

Marine Le Pen, la voix de la protestation

En ce sens, "Marine Le Pen a l’espoir de faire encore mieux lors du deuxième tour", affirme Pierre Vercauteren. "Certains disent qu’elle pourrait même caresser l’idée d’arriver à l’Elysée. Mais ce qui me frappe, c’est qu’elle est malgré tout dans une tonalité de protestation plutôt que dans une tonalité d’adhésion."

Une impression que le politologue justifie par cette partie clé du discours de la candidate : "Lors de ce premier tour, les Français ont manifestement tenu à arbitrer par le pays un choix fondamental entre deux visions opposées de l’avenir : soit la division, l’injustice et le désordre imposés par Emmanuel Macron au profit de quelques-uns, soit le rassemblement des Français autour de la justice sociale et la protection garantie par un cadre fraternel autour de l’idée millénaire de nation et de peuple. Tous ceux qui aujourd’hui n’ont pas voté pour Emmanuel Macron ont bien sûr vocation à rejoindre ce rassemblement."

"La réserve de reports potentiels de voix se fait donc chez les déçus de Macron plutôt que sur une adhésion à son programme."

Un programme qui sonne d’ailleurs plus centré qu’à l’habitude. Car bien que d’extrême droite, Marine Le Pen attache depuis quelques années une importance toute particulière à adoucir son image, estime Pierre Vercauteren. Une stratégie facilitée cette année par la présence d’Eric Zemmour (Reconquête !), ouvertement partisan de l’extrême droite : "Mais maintenant qu’il n’est plus là, Marine Le Pen apparaîtra forcément plus à droite face à Emmanuel Macron."

Emmanuel Macron, la voix de la prudence

Emmanuel Macron a lui aussi changé de fusil d’épaule entre 2017 et 2022. Cette fois l’heure n’est plus à l’offensive mais à la prudence. Et pour cause, "Emmanuel Macron est un président sortant qui doit défendre son bilan. Sa présidence est marquée de grands mouvements de protestations comme les gilets jaunes", explique Pierre Vercauteren. "Il n’est plus du tout dans la dynamique d’espoir et de novation de 2017."

Dans son discours ce dimanche, le chef d’Etat a plutôt joué sur "la différence, l’adhésion d’un programme", relève le politologue. "Le tout en tenant compte de ceux qui n’ont pas voté pour lui." Selon lui, Emmanuel Macron devrait centrer ses interventions sur le pouvoir d’achat tout en marquant la différence avec l’extrême droite.

"Il ne jouera plus un pied dedans, un pied dehors avec la guerre Ukraine. Il devra s’investir à 200% car il sait que le score du deuxième tour sera probablement beaucoup plus serré que c’était le cas en 2017."

"Rien n’est joué", affirmait en effet le président dans son discours ce dimanche. "Le débat que nous aurons dans les 15 jours à venir sera décisif pour notre pays et pour l’Europe."

Le discours de Marine Le Pen plus inquiétant

Selon le politologue, le programme de Marine Le Pen est plus inquiétant que celui d’Emmanuel Macron, "en particulier sur la faisabilité financière de ses promesses et sur son attitude vis-à-vis de l’Union européenne", confie-t-il. "Il y a beaucoup de non-dits à ce sujet dans son programme. Certains parlent même de ‘Frexit’caché."

Bien que dans la protestation, la fille de Jean-Marie Le Pen reste néanmoins prudente, affirme le politologue : "Elle le reste parce qu’elle s’est rendu compte que l’engagement de la sortie de la France de l’Euro avait été contreproductif. Elle fera le maximum pour tirer les leçons de son échec de 2017. Ce qui est inquiétant, c’est donc ce qu’elle ne dit pas par rapport à ce qu’elle souhaite réellement faire."

Reste pour Pierre Vercauteren à garder un œil bien avisé sur la campagne et le programme des deux candidats, en particulier sur les thématiques économiques et sociales.

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