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Pierre-Yves Jeholet (MR): "Quand c'est l'extrême droite qui dit que la démocratie n'est pas respectée, cela pourrait faire sourire"

Pierre-Yves Jeholet (MR), Ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles était l’invité de la Matinale sur la Première. Dans un contexte où le MR est occupé à finaliser l’accord de gouvernement fédéral après une semaine agitée pour leur président, Georges-Louis Bouchez. Ce dimanche c’était la fête de la fédération Wallonie-Bruxelles. Quelle place pour les francophones dans cette nouvelle Belgique ? Face aussi à cette opposition flamande, la N-VA et le Vlaams Belang ont fait ce dimanche une démonstration de leur puissance de frappe.

Un accord

Après 16 mois d’attente et en restant prudent peut-on espérer que ce lundi 28 septembre 2020 sera synonyme d’une sortie de crise et d’un accord au niveau fédéral ? "On verra, ça semble avancer", répond le Ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Son souhait est d’arriver à un programme et une majorité stable. "Quand on voit ce qui s’est passé hier avec la manifestation du Belang, c’est vraiment tout l’intérêt d’avoir un gouvernement stable dans les années qui viennent".

L’objectif du MR dans la nouvelle coalition est-il de ne pas détricoter ce que le gouvernement de Charles Michel a réalisé (tax shift, pensions, etc.) ? Sans entrer dans le détail des négociations, Pierre-Yves Jeholet estime qu’il faut aller dans une certaine continuité, en tenant compte de la crise sanitaire qui a changé pas mal de choses. Il y a dorénavant un plan de relance pour différents secteurs en difficulté. La Belgique doit s’inscrire dans le plan de relance européen. "La politique belge n’est pas figée, elle évolue", précise-t-il.

Le climat

La semaine dernière le président du Mouvement réformateur, Georges-Louis Bouchez était pointé du doigt, accusé de nuire à la sérénité du débat. LE MR a-t-il été mis dans un coin ? "Le MR n’a pas été mis dans un coin", répond Pierre-Yves Jeholet. "Il y en a beaucoup qui aimeraient faire des majorités sans le Mouvement réformateur. Je pense qu’il ne s’agit pas de la question d’une personne ou de deux. Je pense qu’il a aussi un climat autour de ces négociations… Cela fait 16 mois qu’on attend un gouvernement… Georges-Louis Bouchez n’était pas encore président de parti. C’est un peu facile de reporter la responsabilité sur les autres, d’autant qu’il y a probablement eu des cabales de certains pour se passer du Mouvement réformateur".

Une Marche du Vlaams Belang sur Bruxelles

Ce dimanche 27 septembre, le Vlaams Belang a organisé une marche sur Bruxelles. C’était une démonstration de force et d’organisation pour marquer son opposition au gouvernement qui se met en place actuellement. Des manifestants qui disent "ce gouvernement est une dictature, on en a marre…". Est-ce que ce front flamand inquiète Pierre-Yves Jeholet ? "Quand c’est l’extrême droite qui dit que la démocratie n’est pas respectée, cela pourrait faire sourire". Il rappelle qu’il faut se battre contre les extrémismes de droite ou de gauche. "C’est vrai que ce qui s’est passé hier inquiète". Comme Ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, il souhaite que l’on respecte la dignité des francophones, mais quand il entend les propos du Vlaams Belang : "C’est interpellant à l’égard des francophones, mais je ne mets certainement pas tous les Flamands et toute la Flandre… Moi, je veux créer des ponts avec les Flamands comme je le fais avec les germanophones, c’est ça la Belgique. Moi, je ne suis pas un séparatiste".

Si le Vlaams Belang est pointé du doigt, le mouvement que l’on a vu ce dimanche dépasse largement celui de l’extrême droite, les nationalistes ont aussi appuyé la démarche. Bart De Wever a dit cette semaine à propos du gouvernement qu’il allait le détruire. Et tant que représentant des francophones, Pierre-Yves Jeholet est-il inquiet ? L’homme souligne que ce n’est pas la première fois que Bart De Wever a des propos qui sont indignes d’un président de parti. " Je pense que ses attaques à l’égard des francophones ou à l’égard des libéraux : "Ce n’est pas acceptable, mais moi je ne veux pas mettre tous les Flamands du même côté. Aujourd’hui, il y a aussi une masse silencieuse de beaucoup de Flamands qui se disent qu’il y a un avenir pour le pays. Qui ne sont pas d’extrême droite, qui ne sont pas des nationalistes… Il faut tendre des ponts…".

Pour notre invité, la N-VA est aujourd’hui l’heure H et devra se positionner : "est-ce qu’elle du côté des démocrates… ou est-ce qu’elle se rangera du côté de l’extrême droite". Pierre-Yves Jeholet a-t-il des doutes sur la position de la N-VA face à l’extrême droite ? " Les propos de Bart De Wever ces derniers jours, j’espère qu’ils ne reflètent pas l’attitude la N-VA demain ".

La réponse des francophones

Face à la démonstration de force ce dimanche du Vlaams Belang avec notamment sa présence en direct sur les réseaux sociaux. Quelle réponse peuvent donner les francophones face à cela ? Pour Pierre-Yves Jeholet, les francophones et les hommes politiques doivent se préoccuper des problèmes qui touchent les personnes au quotidien : "c’est l’avenir de l’enseignement, la formation, la sécurité, les défis environnementaux et climatiques, parce qu’il y a des personnes qui sont un peu déboussolées et qui s’éloignent du politique et c’est vrai du côté francophone avec le PTB. Le PTB a les mêmes canaux de communication que l’extrême droite en Flandre". La différence, pour lui, réside dans le fait que le PTB n’a pas le personnel qu’a l’extrême droite en Flandre.

La crise sanitaire

La crise sanitaire est-elle en train de se dégrader ? Pierre-Yves Jeholet participe au Conseil national de sécurité en tant que ministre-président. Il estime que la situation n’est pas bonne. Au-delà de l’indicateur des cas positifs, celui qu’il faut regarder est celui des hospitalisations et des personnes en soins intensifs et on voit une légère augmentation qui est inquiétante, mais pas encore au niveau des décès. "On doit donc rester très vigilants par rapport aux comportements que l’on a", dit-il. Selon lui, l’important est de prendre des mesures proportionnelles par rapport à l’état de la situation des hospitalisations, sans hypothéquer la scolarité des enfants ou mettre à mal des secteurs économiques qui souffrent.

Y a-t-il un risque que l’on doive confiner à nouveau au niveau des universités, des écoles ou du secteur culturel ? "Je pense qu’il y aura peut-être des mesures spécifiques par région ou par province, mais tout ce qu’on doit faire aujourd’hui c’est éviter de revenir en arrière et de reconfiner. Je pense que ce serait la pire des choses non seulement pour toute une série de secteurs, mais aussi pour la santé mentale et psychologique de nos concitoyens".

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