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Plan bruxellois de lutte contre les violences faites aux femmes : jeunes, personnes âgées et travailleuses précaires oubliées

En matière de violences faites aux femmes, "certaines populations sont oubliées ou peu mises en avant, comme les jeunes, les femmes âgées, les travailleuses précaires, les femmes migrantes." C’est le constat du Conseil bruxellois de l’Egalité entre les Femmes et les Hommes (CEFH), émis dans un rapport intermédiaire relatif aux actions du Plan bruxellois de lutte contre les violences faites aux femmes. Ce rapport sera présenté et débattu à partir de ce mardi en commission Egalité des chances du Parlement bruxellois.

56 actions : c’est ce que contient le Plan bruxellois de lutte contre les violences faites aux femmes. Mis en place par le gouvernement régional sous cette législature, il entend initier des politiques visant à lutter au quotidien et de manière concrète contre les violences faites aux femmes, dans tous les domaines. Formation des fonctionnaires, harcèlement sexuel au travail, création de services d’urgences… Le plan brasse très large. Piloté par le secrétaire d'Etat en charge du dossier Nawal Ben Hamou (PS) et adopté en juillet 2020, le texte fait aujourd’hui l’objet d’une première évaluation de la part du Conseil de l’Egalité entre les Hommes et les Femmes.

La politique régionale laisse dans l’ombre des pans entiers de compétences

Positive ou négative ? En tout cas, le CEFH "salue l’engagement du gouvernement dans la réalisation d’un plan […] dans une démarche participative et démocratique". Si le plan reprend "toutes les actions dans un plan structuré englobant toutes les compétences régionales", il manque cependant de "vision politique régionale et intégrée de lutte contre la violence". Prévention, protection, poursuites et politiques coordonnées : sur ces quatre volets, le plan ne définit aucune priorité.

"L’absence d’une telle structure – largement adoptée par ailleurs – ne permet pas dès lors de mettre l’évaluation du plan en regard avec les plans d’autres entités ou d’autres pays, ni de monitorer la politique régionale de lutte contre la violence dans le temps. Elle laisse aussi dans l’ombre des pans entiers de compétences dans la lutte contre la violence, notamment celle de la santé, et celle de la lutte pour l’autonomie financière des femmes", ajoute le CEFH.

Inégalités sociales et violences médicales

Le Conseil l’avait dit dans un avis datant de juin 2020, en pleine crise Covid : la pauvreté engendre et contribue à augmenter les violences sexistes et sexuelles.

"Il nous semble donc illusoire de vouloir lutter contre les violences faites aux femmes sans lutter en parallèle pour l’autonomie économique et financière des femmes et contre les inégalités sociales en général. Dans ce cadre, la politique de l’emploi, mais également, les enjeux de qualité et d’accessibilité des services publics et collectifs, en particulier de l’accueil de la petite enfance, ne nous semblent pas assez développés. […] Avec une moindre autonomie économique et financière, les femmes ont moins de ressources pour s’opposer à des agresseurs, dans leur vie privée ou professionnelle."

Le CEFH regrette également que la question de "la lutte contre les violences dans le parcours médical et des inégalités de soins ne sont pas abordés. Pourtant, que cela soit sur les enjeux de violences obstétricales, ou des parcours de soin, le sexisme est encore présent."

En matière d’éducation et de formation, le Conseil regrette, par ailleurs, l’absence de vision globale, notamment dans les écoles depuis la maternelle. Il pointe aussi des imprécisions en matière budgétaire et, s’il salue le travail transversal entre administrations et les cabinets ministériels, "certaines compétences sont plus actives que d’autres".

Le Conseil souhaite aussi des données genrées pour toutes les actions du plan.

"Balance ton bar"

On l’a dit : le plan parle très peu des jeunes "public cible particulièrement vulnérable", selon le Conseil, tout comme les femmes issues de l’immigration, les travailleuses domestiques, les femmes qui s’occupent des personnes âgées dépendantes, les femmes âgées…

"Les récents mouvements menés par les jeunes bruxelloises pour dénoncer les violences qu’elles subissent que cela soit dans le cadre scolaire, l’espace et les transports publics ou encore le monde de la nuit (notamment dénoncées par le récent phénomène ‘balance ton bar’), démontrent l’importance de prendre en compte les jeunes dans les réflexions sur les violences." Pour rappel, deux jeunes femmes sur trois disent avoir déjà subi une situation de violence (selon une enquête du Forum des Jeunes datant de 2020). On le rappelle : le mouvement "balance ton bar" est né après la rédaction du plan.

Prostitution

Autre oubli : la violence à l’encontre des travailleuses du sexe "peu abordée" et nécessitant une prise en compte. "La prostitution est de la violence et elle contribue à la culture du viol", observe le CEFH.

Le Conseil souhaiterait également un plan avec une vision plus intersectionnelle et qui intègre l’écriture inclusive.

Le rapport du Conseil bruxellois de l’Egalité entre les Femmes et les Hommes n’est qu’une évaluation intermédiaire. Il reprend son regard sur les initiatives menées par chaque ministre et secrétaire d'Etat en fonction de leurs compétences. Ceux-ci viendront d’ailleurs à tour de rôle en commission du Parlement bruxellois présenter leurs projets et leur bilan dans le domaine.

A noter que ce rapport est abordé au moment où le gouvernement bruxellois vient d'octroyer un subside de 250.000 pour soutenir quatre projets associatifs dans le cadre cette fois du Plan d’action du gouvernement bruxellois de lutte contre le harcèlement et les violences sexuelles dans la vie nocturne, décidé en décembre 2021. Ces quatre projets portent principalement sur des formations et kits de formation destinés au milieu festif permanent bruxellois (bars, clubs, salles de concert…) et travailleurs et travailleuses de l’Horeca...

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