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Plus de 10 ans après sa création, l'âge de la maturité pour le Bitcoin ? Quatre questions pour mieux comprendre

Un guichet automatique de Bitcoin : il ne délivre pas des billets ni des pièces de monnaie, mais un QR code
11 sept. 2020 à 05:00Temps de lecture4 min
Par A. Lechien

Depuis cet été il est possible de louer du matériel de plage ou d’effectuer d’autres paiements en Bitcoin dans des stations balnéaires de la région très touristique de Busan, en Corée du Sud. Alors que le Bitcoin avait été créé dans le but de s’affranchir du système monétaire traditionnel, certaines banques classiques ont franchi le pas et acceptent désormais des transactions dans différentes cryptomonnaies, dont le Bitcoin. Faisons le point en répondant à quatre questions.

1. Quelle est la place du Bitcoin dans l’univers monétaire ?

Plus de dix ans après son lancement, le Bitcoin est devenu la sixième monnaie mondiale, si l’on prend comme critère la masse monétaire en circulation. Mais ce classement est purement théorique puisqu’il compare des monnaies classiques comme le dollar, l’euro ou le yuan chinois à une monnaie virtuelle lorsqu’elle est convertie dans une monnaie classique. Le cours du Bitcoin est évidemment sensiblement plus instable que celui des monnaies classiques. D’autres cryptomonnaies sont apparues depuis que le Bitcoin a été lancé : l’Ethereum (ou Ether), le Litecoin ou le Ripple par exemple.

2. Comment est né le Bitcoin ?

Le Bitcoin a été lancé en 2009 par un anonyme (ou un groupe de personnes) qui se fait appeler Satoshi Nakamoto. Cette monnaie virtuelle a été créée dans la foulée des critiques émises contre le système monétaire mondial, le but étant de mettre fin au monopole des banques centrales des Etats concernant l’émission de monnaies. Chacun peut créer des Bitcoin grâce l’utilisation de logiciels et à un protocole destiné à gérer automatiquement les transactions : la blockchain, qui permet le stockage des jetons et les échanges en toute transparence, sans organe de contrôle.

Un "wallet" en Bitcoin avec port USB
Payer en Bitcoin grâce à une application en scannant un code QR

Le Bitcoin est représenté par une suite chiffres et de lettres qui constitue une clé virtuelle qui peut être échangée pour acheter des biens ou des services, en dehors du système bancaire classique. Celui qui détient plusieurs de ces clés virtuelles peut les conserver dans un "wallet", un portefeuille en ligne qui permet d’effectuer toutes sortes de transactions. Tout est anonyme : cette suite de symboles vous permet de gérer les Bitcoin à partir d’un support numérique (clé USB ou carte mémoire par exemple) ou même d’une feuille de papier si vous voulez les conserver "hors ligne". Vous pouvez aussi payer à partir de votre wallet grâce à une application sur votre smartphone, en scannant un code QR sur un site marchand.

En 2015 déjà, une trentaine de magasins et cafés gantois annonçaient qu’ils acceptaient les paiements en Bitcoin via smartphone. Il existe aussi des distributeurs automatiques de Bitcoin : au lieu de délivrer des pièces ou des billets, ils impriment un QR code sur un ticket, que le vendeur peut scanner pour accepter le paiement.

Le Bitcoin se divise en Satoshi : il faut 100 millions de Satoshi pour obtenir un Bitcoin.

Le fait que cette monnaie virtuelle soit anonyme et décentralisée a permis que le Bitcoin soit utilisé par des malfaiteurs. C’est ainsi que, lorsque des hackers annoncent avoir piraté le système informatique d’une société, il arrive régulièrement qu’une rançon soit demandée en Bitcoin. En 2018, des chercheurs de l’Université de Sydney estimaient que 44% des transactions en Bitcoin étaient associées à des activités illégales : racket, blanchiment, achat d’armes, trafic de drogue et autres.

3. Le Bitcoin est-il l’instrument idéal pour les spéculateurs ?

Le Bitcoin n’a pas été créé pour être un concurrent au dollar ou à l’or mais, lorsque certains se sont aperçus que le cours de cette cryptomonnaie augmentait très fort par rapport au dollar, à partir de 2014, des spéculateurs s’y sont intéressés, espérant des retours juteux. La garantie d’anonymat et la rapidité d’utilisation ont favorisé ce mouvement et les cours du Bitcoin se sont emballés pour connaître un pic en 2018. Voici l’évolution du cours Bitcoin/US dollar entre 2009 et 2019. (Si le graphique s'affiche mal, consultez notre site internet) (Source : blockchain.info:

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Sur ce graphique, il apparaît que le cours du Bitcoin peut chuter aussi rapidement qu’il a monté. Considérer que l'on peut gagner beaucoup d'argent en investissant dans cette cryptomonnaie est donc particulièrement dangereux.

Le Bitcoin est conçu pour s’autoréguler : le système est limité à 21 millions d’unités divisibles jusqu’à la huitième décimale. Ce nombre final est fixé dans le code informatique du Bitcoin. Le fait que le système soit limité a pu favoriser la spéculation : ce qui est rare est cher.

4. Les banques traditionnelles vont-elles gérer des comptes en Bitcoin ?

Les autorités monétaires et les organes de régulation bancaire se sont toujours montrés méfiants vis-à-vis du Bitcoin. Par exemple, en 2018, la Banque Centrale Européenne considérait que le Bitcoin ne constituait pas une monnaie pour plusieurs raisons :

  • l’absence de garantie (octroyée par une banque centrale),
  • le fait que ce moyen de paiement ne soit pas accepté partout,
  • le fait que ses utilisateurs ne soient pas protégés (contre le piratage informatique)
  • l’absence de stabilité du Bitcoin.

En Belgique, l’Autorité des services et marché financiers (FSMA) met régulièrement en garde le public quant aux risques liés à l’utilisation et à la détention de monnaies virtuelles telles que le Bitcoin, précisant que ce ne sont pas des moyens de paiements légaux. Le message est le même de la part des banques, qui découragent l’usage du Bitcoin.

Depuis cet été, alors qu’un certain nombre d’acteurs financiers, tels que Visa ou PayPal, essaient d’entrer dans le monde du Bitcoin, l’OCC (Office of the Comptroller of the Currency, l’autorité chargée aux Etats-Unis de réguler et de surveiller les organismes financiers), a fait savoir que les banques américaines étaient désormais autorisées à stocker les cryptomonnaies de leurs clients.

Dans ce cas ces banques auront le choix : soit de détenir la clé numérique à la place du client, soit d’en recevoir une copie. Les banques devront gérer les Bitcoin pour le compte de leurs clients, un service qui les obligera à mettre en place une surveillance des risques liés à ce service, et des procédures destinées à lutter contre le piratage et le blanchiment. Et cela sera sans doute facturé au client. Mais le paradoxe ultime reste : alors que le Bitcoin a été créé pour s’affranchir des intermédiaires et du système bancaire, ce sont ces mêmes intermédiaires (les banques) qui pourraient devenir un des acteurs de la filière Bitcoin.

"Le Bitcoin a-t-il encore un avenir?", extrait d'"On n'est pas des pigeons" du 30 janvier 2019

Le Bitcoin a-t-il encore un avenir?

On n'est pas des pigeons !

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