Plus de 4000 manifestants pour la journée d’action du personnel soignant : "On est en train de crever"

Manif des soignants / La vaccination obligatoire fait polémique

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07 déc. 2021 à 11:42 - mise à jour 07 déc. 2021 à 13:26Temps de lecture3 min
Par J. Istace

Logopèdes, infirmiers, médecins, tous les corps de métier du secteur médical étaient présents. Selon la police, 3800 manifestants ont arpenté dans les rues de Bruxelles. Les pompiers ont même apporté leur soutien par solidarité.

La police a dû user de gaz lacrymogène sur la fin du parcours, à l'entrée du cabinet du ministre de la Santé publique Frank Vandenbroucke. Il n'y a pas eu d'arrestation.

Des manifestants ont tenté de pénétrer de force dans le cabinet, selon la porte-parole de la police locale. Ils ont pu être repoussés. La porte d'entrée du cabinet a cependant été endommagée. Elle a été fissurée.   

Un groupe de représentants syndicaux a été reçu par le ministre de la santé Franck Vandenbrouck. A la sortie de la réunion, aucune décision n’a été prise.

 Yves Hellendorf de la CNE: "Le ministre de la santé n'était même pas là. Les irresponsables sont les gens qui ont décidé d'appliquer ces sanctions au 1er janvier. Ce qu'ils vont faire aura une influence importante sur la qualité des soins."

Nathalie Lyonnet, secrétaire fédérale Setca/FGTB : "On a longuement discuté de l’impact des sanctions sur les collectifs de travail. Finalement, la question fondamentale pour nous, c’est de savoir qui va encore soigner demain. On demande de geler la mesure pour les prochaines semaines et d’entamer une vraie discussion en concertation sociale. La mesure n’est pas applicable au 1er janvier, les horaires sont déjà faits. Mais ils ne peuvent pas prendre une décision comme ça car il s’agit d’une décision de Codeco. Il faut permettre aux travailleurs de travailler, l’enjeu n’est pas l’adhésion à la vaccination."

Les raisons

Les slogans vus au sein du cortège reflètaient les revendications de la manifestation :

  • Refus de l’obligation vaccinale du personnel soignant
  • Demande d’améliorations des conditions de travail

Obligation vaccinale

90% du personnel soignant est vacciné. En détail, 97% du personnel soignant en Flandre est vacciné et 85% du côté francophone.


►►► "Si on applique les sanctions pour le personnel soignant non-vacciné au 1er janvier, l’hôpital ne tourne plus.


A partir du 1er janvier, le personnel soignant aura 3 mois pour se faire vacciner. En cas de refus, le personnel non-vacciné sera sanctionné avec une suspension temporaire de contrat et la mise au chômage temporaire. Il ne pourra plus non plus être en contact avec des patients. A partir du 1er avril, en cas de non-respect de l’obligation vaccinale, le membre de personnel sera privé de son visa ou enregistrement, il pourra donc être licencié.

Elise, infirmière aux cliniques universitaires Saint-Luc : "En obligeant la vaccination pour tous, ils veulent nous retirer du personnel. On est déjà à bout, on est déjà en manque. Je veux des soins plus humains, je veux pouvoir faire mon boulot comme on me l’a appris, correctement."

Laya Mrabtifi, infirmière à l’hôpital Erasme : "On perd en effectif sur place, on perd de l’aide, on perd des compagnons de bataille. On est en train de crever depuis un an et demi et là, on veut mettre nos collègues dehors et ça, ça ne va pas, on n’est pas d’accord."

Sandra Sanctoario, infirmière CHC Heusy : "On s’en fiche de savoir qui est vacciné et qui n’est pas vacciné. L’important, c’est de mettre les patients au centre des débats. Et si dans un mois, il y a un pourcentage de la population du personnel soignant qui est remercié parce qu’ils ne sont pas vaccinés, ce sont les autres qui trinquent et le patient surtout."

Fatima, infirmière : "Les mesures que le ministre veut prendre sur l’obligation vaccinale avec sanctions, c’est obliger les personnes vaccinées à se retrouver avec deux ou trois collègues perdus dans un service où le nombre de patients ne diminue pas."
 

Revalorisation

Depuis le début de la législature, un milliard d’euros a été investi dans les soins de santé par le gouvernement mais pour les acteurs de terrain, c’est insuffisant.


►►► "On n’en serait pas là si le gouvernement n’avait pas désinvesti dans les soins de santé !" Vrai ou faux ?


Florine : "On en a marre de ne pas être entendus par les politiciens. On a des revendications depuis des mois. On aimerait plus de moyens dans les hôpitaux, on manque de personnel. Dans l’hôpital où je travaille, on a un service qui a fermé par manque de personnel, cela fait 24 lits en moins."

Stéphanie, infirmière au CHU Verviers nous explique : "On sait qu’il y a déjà une certaine revalorisation, des millions ont été débloqués pour les soins de santé mais nous sur le terrain, on ne les voit pas vraiment ces actes-là. C’est super important qu’on le sente en première ligne. C’est bien beau des mots mais sur le terrain, ça n’a pas changé et c’est de pire en pire. La crise Covid n’a fait que creuser un plus grand fossé et on se retrouve avec des unités qui ferment, des intérimaires qui nous empêchent d’assurer la continuité des soins. La qualité des soins s’en ressent et nous, aujourd’hui, on est là car on aime notre travail et nous ne sommes plus des bonnes sœurs."

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