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Plusieurs terroristes des Brigades rouges réfugiés en France depuis 30 ans seront peut-être extradés vers l'Italie

France : Dix ex-membres des Brigades rouges arrêtés

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28 avr. 2021 à 14:46 - mise à jour 28 avr. 2021 à 17:29Temps de lecture3 min
Par Philippe Antoine

Ils se pensaient en sécurité, à l’abri de toute poursuite judiciaire. Il faut dire que depuis 1985 et l’engagement verbal du président François Mitterrand de ne pas extrader les anciens terroristes d’extrême gauche réfugiés en France pour autant qu’ils renoncent à la violence, ils y vivaient tranquillement.

Mais l’Italie, elle, n’a jamais renoncé à réclamer leur extradition. Et dans un communiqué publié ce mercredi la présidence française explique que "la France, elle-même touchée par le terrorisme, comprend l’absolu besoin de justice des victimes", évoquant aussi "l’impérieuse nécessité de la construction d’une Europe de la Justice, dans laquelle la confiance mutuelle doit être au centre".

Ce mercredi 28 avril 2021, sept Italiens, cinq hommes et deux femmes, ont été interpellés à leur domicile en France. Agés de 63 à 77 ans, ces Italiens sont réclamés depuis longtemps par la justice italienne pour des faits de meurtre, attentats terroristes ou pour ne pas avoir purgé une ou plusieurs peines de prison.

Accusé de "trahison innommable" par les avocats des anciens terroristes, l’Elysée a encore précisé que la demande initiale de la justice italienne "portait sur 200 individus" et que la décision de transmettre 10 dossiers au Parquet (trois personnes n’ont pas encore été interpellées et sont recherchées) "s’inscrit strictement dans la 'doctrine Mitterrand' qui consistait à accorder l’asile sauf pour les crimes de sang".

"Je n’ai strictement aucun état d’âme", a quant à lui réagi le ministre de la Justice français Eric Dupond-Moretti. "Je suis fier de participer à cette décision qui je l’espère permettra à l’Italie, après 40 ans, de tourner une page de son histoire maculée de sang et de larmes".

Enlèvements, attentats, assassinats : l’Italie terrorisée des années de plomb

Au nom de ce qu’ils appelaient la liberté et l’égalité, de nombreux groupuscules d’ultragauche dont le plus structuré était les Brigades rouges, ont fait dans les années 1970 et 1980 le choix de combattre l’Etat, le capitalisme et l’exploitation. Pendant près de 20 ans, les membres des Brigades rouges ont semé la terreur en Italie en enlevant ou assassinant magistrats, syndicalistes, industriels, policiers et responsables politiques. Au total, selon le ministre français de la Justice, 362 personnes ont été tuées et 4490 ont été blessées par ces terroristes entre 1969 et 1980. Le cas le plus célèbre est sans doute Aldo Moro, l’homme qui a dirigé cinq gouvernements de centre gauche avant de promouvoir, en tant que leader de la Démocratie chrétienne, un compromis historique entre son parti et le Parti communiste. En mars 1978, Aldo Moro est enlevé par les Brigades rouges puis exécuté d’une balle dans la nuque après 55 jours de captivité.

Six des sept personnes arrêtées sont des anciens membres des Brigades rouges dont plusieurs ont été condamnés à la prison à perpétuité pour une série d’assassinats dont celui d’un général et de ses gardes du corps et d’enlèvements.

La septième personne avait cofondé le groupuscule "Lutte continue" et avait été condamnée à 22 ans de prison pour sa participation en 1972 au meurtre d’un commissaire de police à Milan.

Selon le Parquet français, ces 7 Italiens "seront présentés au procureur général de Paris en vue d’une notification de la demande d’extradition dont ils font l’objet puis comparaîtront devant la chambre de l’instruction".

La justice française va désormais se prononcer sur leur extradition, au cas par cas. Mario Draghi, le Premier ministre italien, a exprimé sa satisfaction, précisant que ces personnes, "responsables de très graves crimes de terrorisme, ont laissé une blessure qui est encore ouverte", ajoutant que "la mémoire de ces actes barbares est encore vive dans la conscience des Italiens".

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