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Poésie, expérimentation et introspection : les maîtres-mots de Quinn Christopherson

12 févr. 2022 à 09:50Temps de lecture6 min
Par Diane Theunissen

Venant tout droit d’Anchorage en Alaska, l’auteur-compositeur-interprète Quinn Christopherson écrit ses chansons comme on raconte des histoires : avec entrain, finesse et sincérité. Lauréat 2019 du concours Tiny Desk de la radio NPR, il dévoilait en décembre dernier son tout premier EP, I Am Bubblegum. Trois titres à la fois profonds et versatiles, où les textes percutants se mêlent aux guitares, aux boîtes à rythmes et aux synthétiseurs. Rencontre.

Salut Quinn ! Ton premier EP I Am Bubblegum est sorti il y a quelques mois. Comment as-tu vécu cette expérience ?

Je suis très heureux d’avoir pu dévoiler cet EP. Jusqu’ici, je n'avais sorti que deux chansons, de manière indépendante. Ce projet me tient très à cœur, et je voulais vraiment en être fier. J’ai attendu, et puis je suis allé à Londres enregistrer l’EP avec le producteur Bullion. C'était assez magique : l'expérience d'aller sur place, de passer des journées entières au studio, etc. La chanson “Bubblegum”, je suis vraiment content d'avoir attendu si longtemps pour l'enregistrer. Lorsque je l'ai écrite, elle n’était pas aussi joyeuse qu’aujourd’hui. Il a fallu que j’attende, que le la chante beaucoup pour la comprendre. Je me souviens avoir chanté le refrain "I don't know who I am" des milliers de fois avant de me sentir bien, avant de sentir qu'il fallait célébrer ce questionnement. Quand je l'ai écrite et chantée pour la première fois, je me sentais mal, honteux. Avec le temps, je me suis rendu compte que c’était idiot: on n'a jamais vraiment besoin de savoir qui on est parce qu'on sait qu'on va continuer à grandir, à évoluer et à apprendre de nouvelles choses. Ça m’a fait beaucoup de bien d’enfin trouver la joie dans tout ça.

Que signifie I Am Bubblegum ? Pourquoi avoir opté pour ce titre ?

C’est frais, juvénile. C'était le nom parfait pour ma première sortie !

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Truffées de poésie, tes paroles sont très parlantes. D’où te vient ce goût pour l'écriture ?

Les paroles sont très importantes pour moi. C'est sans doute différent pour chaque artiste, mais en ce qui me concerne, je compte beaucoup sur les paroles pour faire une bonne chanson. Ça vient de ma famille qui m'a inspiré en tant que conteur, et de ma culture en tant qu’indigène. Le fait de partager ses expériences à travers des histoires, c’est tout simplement ancré dans la façon dont j'ai grandi. En gagnant en maturité, j’ai réalisé à quel point c'est spécial, unique, et je l'apprécie encore plus.

À quoi ressemble ton processus d’écriture ?

Je commence toujours chaque chanson en me demandant ce que j’essaye de dire. Ça ne doit pas nécessairement être très profond : par exemple, si j’ai envie de danser, je fais une chanson dansante. Ce n'est pas que j'essaye de résoudre tous les problèmes du monde dans une chanson, mais c'est bien d'avoir un aperçu, sachant que ça peut toujours évoluer. C'est généralement comme ça que je commence, et le reste vient naturellement. En fait, j’essaye de transmettre ce que je ressens à un moment précis. La conception de “Bubblegum” a été très intéressante pour moi : en seulement deux lignes, je suis parvenu à communiquer sur des étapes fondamentales de ma vie. C'est amusant de faire un zoom sur les moments importants comme ceux-là, mais bien sûr, on ne peut pas raconter toute sa vie en trois minutes. Selon moi, ça laisse de la place pour raconter plus d'histoires et entrer dans plus de détails à travers plus de travail et plus de chansons plus tard. J'aime assez bien la chronologie de l'EP : on migre ensuite vers "Loaded Gun", un bref moment où je voulais partir en tournée et où je pensais que je ne le ferais jamais. C'est la meilleure partie de l'écriture de chansons : trouver différentes histoires, différentes choses à raconter.

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Comment as-tu commencé la musique ?

Je n'ai commencé à jouer de la guitare qu'à l'âge de 20 ans. J'écrivais des poèmes depuis toujours et une fois que j'ai eu cette guitare, j'ai commencé à transformer mes poèmes en chansons et à trouver ma voix musicale. Mais j'ai l'impression d'avoir toujours été un écrivain.

Est-ce que le storytelling t’aide à canaliser et à exprimer tes émotions ?

Oui, tout à fait. J'ai commencé à écrire des poèmes, et certaines chansons ont commencé par un poème et ne suivent pas vraiment la structure d'une chanson. Je pense que c'est bien aussi !

En termes de musicalité, quel est ton processus créatif ? Est-ce que tu fais tes démos toi-même ?

Je réalise toutes les démos ici, dans mon petit studio. Je joue de la guitare et un peu de clavier. Je ne joue pas très bien des claviers, mais j'ai compris l'essentiel (rires). Pour ce projet, j'ai fait les démos, puis je suis allé à Londres et nous les avons enregistrées. J'ai aussi travaillé sur deux collaborations avec Bullion pour lesquelles il a fait la musique, et ensemble on a écrit toutes les mélodies par dessus. Ça sortira bientôt !

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Ta musique combine différents styles, ainsi que différentes ambiances. Comment définirais-tu ton identité sonique ?

C'est difficile ! C'est tellement intéressant d'aller enregistrer des chansons parce qu'il y a un million de façons différentes de faire les choses (...) J’ai fait de la musique acoustique et minimale pendant toute mon existence, et quand il a été question pour moi de sortir des chansons, je ne voulais pas donner uniquement une version live de ma musique. Je voulais que ce soit uptempo, dansant. Pendant les sessions d’enregistrements, j’allais voir Bullion et il me disait "il faut du tempo” (rires). En effet, mes démos étaient pour la plupart 20 BPM plus lentes que ce que nous avons fini par faire. Je veux m'en tenir à ça parce que ça fait vraiment du bien de voir les gens vibrer sur les chansons.

Il y a également un côté très électronique à ta musique. Qu’en penses-tu ?

C’est vrai, Bullion gère très bien les synthétiseurs et il a apporté beaucoup de cette ambiance au projet. Je me souviens que le premier jour où je suis arrivé au studio, il m'a demandé si je voulais une batterie live sur l'EP et j'ai répondu “Bien sûr que non!” (rires). Il y a en une sur “Loaded Gun”, mais c’est tout.

As-tu été inspiré par un ou une artiste en particulier lors de la création de ce projet ?

Je ne sais pas s'il y a eu un ou une artiste en particulier qui a influencé ces chansons. Même si le projet est électronique, nous nous sommes plutôt concentrés sur le fait de garder des éléments organiques, comme les voix sur “Loaded Gun”. Nous avons enregistré les voix en direct dans l'église de St Pancras à Londres. Ce sentiment est présent dans l'enregistrement, et c'était un peu notre ligne directrice pour l'ensemble du projet : s'amuser tout en restant attaché au réel. C'est aussi pour cette raison qu'il y a du saxophone à la fin de “Bubblegum”, nous voulions garder ce côté organique et réel.

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Comme tu le disais, tu as sorti deux titres auparavant. En quoi I Am Bubblegum diffère-t-il de ces deux chansons ?

Il y a une vraie différence : les deux chansons que j'ai sorties auparavant, je pense que je les ai sorties par pure nécessité. Je les ai écrites pour me sentir mieux, c’était comme une sorte de thérapie. Et c'était avant que je sois musicien à plein temps. Je n'avais donc que très peu de temps à consacrer à la musique et dans ces moments-là, je donnais tout pour essayer d’aller mieux. Lorsque j’ai écrit les chansons qui figurent sur I Am Bubblegum, j'avais plus de temps pour composer à travers d'autres émotions que la douleur. Alors que mes morceaux précédents venaient de la douleur, cet EP est un objet d’introspection et de développement.

Tu es né à Anchorage, en Alaska, et tu y vis encore actuellement. Comment la ville influence-t-elle ta musique et ta créativité ?

Nos hivers sont très longs et très sombres, et je pense que cela influence beaucoup la scène locale. J’ai grandi ici et j'ai eu différents sentiments à l'égard de cet endroit, mon foyer. Adolescent, je me suis senti coincé, bloqué. Maintenant que j'ai la vingtaine, j'ai appris à aimer l'endroit d'où je viens. Je ne voudrais jamais partir. J'aime beaucoup travailler à l’étranger, mais à un moment donné, j’ai toujours envie de rentrer. Je pense que le fait d'avoir cet amour pour cet endroit qui devient si sombre et si froid pendant si longtemps m'aide lorsque je suis bloqué et que j'essaie de créer. Je pense que si j'étais ailleurs, sans ma famille près de moi, ce serait totalement différent.

Comment définirais-tu la scène locale ? Qu'est-ce que ça fait d'évoluer en tant que musicien à Anchorage ?

C'est vraiment cool. Évidemment, je parle d’avant la période covid parce que je ne sais pas trop comment la scène tient le coup en ce moment (rires). Mais la scène musicale d'Anchorage est un endroit tellement chouette, elle est vraiment centrée sur des spectacles axés sur l’écoute et le partage. Les sets sont souvent acoustiques, joués devant une foule de 50 personnes. L’écoute est tellement intense, on pourrait entendre une mouche voler. C'est aussi un environnement très accueillant, et c’est clairement ce qui m'a appris à jouer dans ce style “Tiny Desk”, c’est Anchorage.

Tu fais des concerts en ce moment ?

Je pars en tournée en première partie de Thao et de Black Belt Eagle Scout. On va faire toute la côte ouest. On commence début avril, je suis très excité !

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