Policier grièvement blessé, migrants à bout : la tension monte à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie

Des hommes fuient les gaz lacrymogènes tirés par des agents des forces de l’ordre polonais contre les migrants tentant d’entrer en Pologne, au poste frontière de Bruzgi-Kuznica, ce 16 novembre 2021.

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16 nov. 2021 à 11:54 - mise à jour 16 nov. 2021 à 13:35Temps de lecture3 min
Par Africa Gordillo & Agences

Les forces de sécurité polonaises ont annoncé mardi avoir fait usage de gaz lacrymogène et déployé des canons à eau pour repousser des migrants qui jetaient des pierres en tentant de traverser la frontière depuis la Biélorussie.

Au lendemain d’un entretien téléphonique avec la chancelière allemande Angela Merkel, le président biélorusse Alexandre Loukachenko a assuré plus tôt dans la journée vouloir éviter que la crise migratoire ne dégénère en "confrontation" avec ses voisins européens. Les Occidentaux l’accusent d’avoir orchestré depuis l’été des mouvements migratoires à partir du Moyen-Orient vers les frontières orientales de l’Union européenne, ce qu’il dément.

11 personnes mortes à la frontière européenne

Selon des groupes caritatifs, au moins 11 migrants sont morts de part et d’autre de la frontière depuis l’été. L’un d’eux, Ahmad al-Hassane, un Syrien de 19 ans venu de Homs, a été enterré lundi près de la frontière, du côté polonais. Quelque 4000 migrants au total campent actuellement, selon les gardes-frontières polonais, dans le froid et des conditions qui se dégradent de jour en jour, le long de la frontière entre la Pologne et la Biélorussie.

Un face-à-face a commencé la semaine dernière près du point de passage entre les villages biélorusses de Bruzgi et polonais de Kuznica, où se sont rassemblés plusieurs centaines de migrants souvent originaires du Proche-Orient.

"Des migrants ont attaqué nos soldats et officiers avec des pierres et tentent de détruire la clôture et de passer en Pologne", a tweeté mardi le ministère polonais de la Défense. A Kuznica, "nos forces ont utilisé du gaz lacrymogène pour réprimer l’agression des migrants".

Coincés entre plusieurs intérêts

La police polonaise a fait état d’un policier grièvement blessé, vraisemblablement victime d’une fracture du crâne, "en résultat d’une attaque par des personnes poussées par le côté biélorusse". "Le comportement de la partie polonaise est absolument inacceptable", a jugé le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. "Ils violent toutes les normes juridiques".

L’UE accuse Minsk d’avoir organisé l’afflux de milliers de migrants aux frontières de la Pologne et de la Lituanie pour se venger des sanctions imposées après l’implacable répression de l’opposition depuis 2020. Bruxelles et Washington ont annoncé lundi vouloir élargir dans les prochains jours ces mesures punitives.


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Paris a dénoncé mardi une "mise en scène inhumaine et macabre" à la frontière polonaise, utilisant "des milliers de migrants en détresse", dans le but de "fracturer l’Europe et faire peur aux Européens".

"L’essentiel, aujourd’hui, est de défendre notre pays, notre peuple et d’éviter les heurts", a dit mardi matin M. Loukachenko, cité par l’agence de presse étatique Belta. "Il ne faut pas que ce problème devienne une confrontation ardente". Son entretien la veille avec Angela Merkel marquait un succès pour le dirigeant biélorusse auquel les Occidentaux refusaient de parler depuis sa réélection décriée en août 2020.

Des vues "divergentes"

Au pouvoir depuis 1994, M. Loukachenko a assuré s’être mis d’accord avec la chancelière allemande sur le fait que la crise devait être désamorcée. "Nous étions de la même opinion que personne n’a besoin d’escalade – ni l’UE, ni la Biélorussie", a-t-il dit. Mais il a ajouté que les vues étaient "divergentes" sur la manière dont les migrants sont arrivés en Biélorussie et nié une fois de plus que son pays ait favorisé leur venue.

L’Irak a annoncé un vol de rapatriement prévu jeudi pour au moins 200 de ses ressortissants bloqués à la frontière, dont des femmes et des enfants. Lundi, la compagnie aérienne biélorusse Belavia a déclaré que Syriens, Irakiens, Afghans et Yéménites étaient désormais interdits de vol de Dubaï vers le Bélarus. La Turquie a imposé les mêmes restrictions la semaine passée.

Sur le terrain, nombre de migrants, qui se sont souvent endettés pour payer le voyage, se disent déterminés à rester, malgré l’accès limité à des vivres et produits de première nécessité. La Croix-Rouge biélorusse a indiqué avoir livré trois tonnes d’aide mardi.

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