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Pollution : du plastique retrouvé dans la neige des Alpes à l’Arctique

Pelle qui ramasse de la neige
15 févr. 2022 à 05:00Temps de lecture5 min
Par Mélina Margaritis

Des scientifiques ont découvert la présence de microparticules de plastiques dans la neige des Alpes, de l’Arctique, mais également dans les Pyrénées. Des lieux qu’on associe pourtant à des zones naturelles, préservées de ce type de pollution. Depuis, des études continuent afin de comprendre le phénomène ainsi que ses conséquences.

L’étude datant de 2019 de Mélanie Bergmann, biologiste pour la recherche polaire et marine à l’Institut Alfred Wegener, en Allemagne, signale que : "les microplastiques (MP) sont omniprésents et des quantités considérables prévalent dans l’Arctique ; il existe d’importantes lacunes dans les connaissances concernant les transferts vers le Nord. Identifiée par imagerie infrarouge dans 20 des 21 échantillons provenant de sites européens (Alpes Suisses, Brême et Bavière), la concentration en MP de la neige arctique était significativement plus faible que de la neige européenne, mais toujours considérable".

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Une pollution qui s’accroît

Pour bien comprendre, ces microparticules de plastiques font partie de la pollution atmosphérique. Ces "particules fines" sont des matières polluantes nuisibles à notre santé.

La composition de ces polymères varie fortement, mais les plastiques qui prédominent globalement sont : le vernis, le caoutchouc, le polyéthylène et le polyamide. La plupart des particules de plus petite taille se trouvaient dans le sable de plages, où un grand nombre de particules en dessous de la limite de détection de onze micromètres (μm) ont été trouvées. "Nos données soulignent que le transport et le dépôt atmosphériques peuvent être des voies notables pour les microparticules méritant davantage de recherches", affirme la Dr Bergmann.

La pollution plastique des océans est déjà connue du milieu scientifique. Des enquêtes ont démontré la présence de microplastiques tant dans les eaux que dans l’organisme de certains poissons, cétacés et crustacés. Allant jusqu’à de grandes profondeurs (onze kilomètres).

Le vétérinaire du parc des tortues "A Cupulatta", Pierre Moisson, montre des morceaux de plastique ingérés par une tortue marine qui va subir une intervention chirurgicale pour retirer un crochet de sa gorge, à Ajaccio, en Corse, en Méditerranée française
Le vétérinaire du parc des tortues "A Cupulatta", Pierre Moisson, montre des morceaux de plastique ingérés par une tortue marine qui va subir une intervention chirurgicale pour retirer un crochet de sa gorge, à Ajaccio, en Corse, en Méditerranée française AFP

Philippe Maetz, membre de la cellule interrégionale de l’Environnement (CELINE) explique que ces particules de plastiques proviennent de la dégradation et la décomposition de tous les plastiques par le rayonnement solaire (UV) et par effet mécanique (vent, ou abrasion des pneus sur la route, etc.) : "La pandémie de Covid-19 qui a entraîné une augmentation de l’usage de plastique n’a certainement pas aidé à améliorer les choses." CELINE a pour mission de surveiller les émissions atmosphériques.

Photo d’archive prise le 8 juin 2020. Des vautours sont vus au-dessus des ordures, y compris des déchets plastiques, sur la plage du quartier Costa del Este à Panama City, le 08 juin 2020, lors de la Journée mondiale des océans.
Photo d’archive prise le 8 juin 2020. Des vautours sont vus au-dessus des ordures, y compris des déchets plastiques, sur la plage du quartier Costa del Este à Panama City, le 08 juin 2020, lors de la Journée mondiale des océans. AFP or licensors

Quel est ce phénomène lié à l’atmosphère ?

Comment ces microplastiques se retrouvent-ils dans ces régions du Nord ? Selon cette même étude, le transport aérien en serait l’une des causes. Le phénomène a déjà été observé par un nombre limité d’études qui ont identifié des microparticules dans les retombées atmosphériques de villes, en Chine et en Iran. La pluie pourrait également être une explication. Une étude réalisée en France confirme l’augmentation de ces particules dans les retombées atmosphériques après un événement pluvieux.

Cette micromatière peut atteindre de fortes concentrations dans la neige, qui les condense. Effet logique, on retrouve ensuite ces microplastiques dans les milieux aquatiques et dans notre chaîne alimentaire. Ces régions polaires ou montagneuses sont souvent considérées comme des zones épargnées de la planète. Et pourtant, elles pourraient voir leur situation s’aggraver à cause d’une mauvaise gestion des détritus et d’une production de plastique amplifiée.

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Quelle situation en Belgique ?

Pour Philippe Maetz (CELINE), la Belgique n’est pas épargnée du phénomène : "Pour vous donner une idée de l’importance que peut avoir le transport des particules fines : environ 70% des particules fines PM 2,5 (donc inférieures à 2,5 µm) en Belgique sont importées des pays voisins ou plus lointains (mais nous en "exportons" également) et il arrive que l’on mesure dans les microparticules du sable provenant du Sahara". Cela dit, les techniques d’identification doivent encore être développées : "Lorsque nous mesurons les concentrations de particules fines, nous mesurons la concentration globale, mais nous ne pouvons distinguer la nature de ces particules. Il existe des techniques d’analyse qui permettent de connaître la composition chimique, mais identifier un matériau spécifique est encore un autre problème".

En 2021, les concentrations moyennes annuelles de particules (PM2,5) ont à nouveau augmenté en Belgique. L’industrie, l’activité domestique et l’agriculture, entre autres, sont à l’origine de ces particules fines.

Santé : des risques encore incertains sur le long terme

En 2019, selon l’Agence européenne pour l’environnement, dans les 27 États membres, 307.000 décès prématurés résultent d’une exposition aux particules fines. Sciensano établit les différents risques probables et les maladies provoquées par ceux-ci.

Alfred Bernard, toxicologue et professeur émérite à l’Institut de recherche expérimentale et clinique de Louvain-la-Neuve, affirme qu’il est encore tôt pour se prononcer sur les conséquences de ce phénomène sur la santé : "Il se trouve que sur ces microparticules on en sait encore très peu de choses. On a très peu de données scientifiques, mais ce qu’on sait pour le moment, c’est qu’on a des microparticules de plastiques et au sein de celles-ci, des nanoparticules (la taille se situe entre un et cent nanomètres). Les plus grosses microparticules ne vont pas réussir à passer la barrière intestinale. En revanche, les nanoparticules nous inquiètent, parce qu’elles peuvent théoriquement passer la barrière intestinale, passer dans le sang et se retrouver dans certains organes. L’incertitude se situe à ce niveau-là, mais on a assez d’informations pour dire qu’il y a un risque d’absorptions et d’accumulation. Expérimentalement, on a des données lorsque ce phénomène se produit.".

Pour Alfred Bernard, certaines microparticules de plastique permettent à des contaminants (cancérigènes, perturbateurs endocriniens, etc.) de se fixer à leur surface : On a donc une forme de pollution, mais on a très peu de données en ce qu’il s’agit des conséquences à long terme. Il y a donc encore beaucoup d’incertitude."

"On se retrouve un peu dans le même scénario qu’autrefois avec les métaux lourds, les dioxines et les PCP."

Selon le professeur M. Bernard, le plus gros risque concernant la santé est lié à la pollution de l’eau et à l’alimentation : "On respire des microparticules, ça, c’est un fait. Les particules de pneus par exemple, 20% des particules à Bruxelles viennent de l’usure des pneus. Et puis vous avez d’autres particules qui viennent de la combustion interne, des combustibles d’énergies fossiles, mais la voie principale d’exposition reste dans l’alimentation et l’eau. On a déjà des aliments qui sont contaminés, notamment des aliments qui sont issus de la mer. Les moules, les crustacés et toute une série de poissons, peuvent contenir et contiennent déjà toute une série de microparticules."

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