Pony se lance en Belgique et veut réinventer les trottinettes partagées

Pony arrive en Belgique et veut réinventer les trottinettes partagées
26 mai 2021 à 13:37 - mise à jour 26 mai 2021 à 13:37Temps de lecture4 min
Par Nicolas Lejman

La société française Pony, basée à Angers et spécialisée dans la location de vélos et trottinettes partagées, va déployer une flotte de 1000 trottinettes électriques à Bruxelles, 150 à Namur, quelques semaines après son installation à Liège. Alors que plusieurs opérateurs occupent déjà ce créneau de la micro-mobilité urbaine, Pony entend se différencier par son modèle économique atypique, fondé sur la propriété des véhicules par les usagers. 

Acheter sa propre trottinette "partagée"

Pratiquement, pour la somme de 1090 euros, les utilisateurs peuvent acheter une trottinette siglée du nom de la marque et en devenir l'unique propriétaire. "Ils ont payé la TVA dessus, elle leur appartient entièrement" précise d'emblée Paul-Adrien Cormerais, le fondateur de Pony, "les propriétaires peuvent l'utiliser à leur guise et même la ranger dans leur garage s'ils le souhaitent". 

Cependant, dans un modèle qui se veut "partagé", posséder et conserver un véhicule pour son utilisation personnelle ne peut pas être une fin en soi. Ainsi, les propriétaires qui ont fait l'acquisition d'une trottinette peuvent également la laisser en rue, à la disposition des autres usagers. Sur chaque trajet effectué, ils récupèrent 50% du prix total  l'autre moitié revenant à l'entreprise  et peuvent circuler avec n'importe quelle autre trottinette sans devoir s'acquitter des frais de déverrouillage (1 euro). "L'idée, au quotidien, c'est pas de s'en servir le matin et puis de la partager le reste de la journée, parce que sinon elle va partir dans la ville et vous ne la retrouverez pas. C'est plutôt de la laisser constamment en rue, et d'utiliser les revenus qu'elle va vous générer pour voyager avec toutes les autres trottinettes, comme si chacune était un peu la vôtre". 

Pas sans risques

Que se passera t-il alors lorsque des dégradations, volontaires ou non, seront immanquablement commises sur ces trottinettes comme elles le sont sur les autres ? "Le vol et les actes de vandalisme sont entièrement couverts pour une période de neuf mois et nous assurons un service technique permanent" explique Paul-Adrien Cormerais, "C'est un délai qui est suffisant pour espérer récupérer sa mise de départ grâce à l'argent des autres usagers, mais c'est vrai qu'après cette période, il y a un facteur chance qui intervient et vous pourriez très bien vous la faire voler ou casser… On travaille avec les assurances pour essayer d'allonger cette période de couverture".

Ce modèle, dans lequel les véhicules appartiennent à des particuliers et non pas à l'opérateur, serait d'ailleurs un moyen efficace de lutter contre le vandalisme, comme l'affirme Paul-Adrien Cormerais: "Cette simple idée que je suis en train non plus de louer la trottinette d'une multinationale mais d'emprunter celle d'un voisin, ça change réellement le comportement des usagers, depuis deux ans dans plusieurs grandes villes françaises nous avons relevé des taux de casse bien plus faibles que nos concurrents". 

Un développement plus maitrisé 

Malgré les échecs commerciaux de plusieurs opérateurs (Lime, Troty ou encore Circ), dissuadés de poursuivre l'aventure dans la capitale wallonne à cause d'un taux de vandalisme trop élevé, l'échevine de la Mobilité à Namur reste persuadée que l'arrivée de Pony permettra d'y apaiser la mobilité : "Bien sûr, tout le monde ne doit pas rouler en trottinette, ce n'est pas forcément adapté pour tous les usagers" sourit Stéphanie Scailquin, "Il y a eu des expériences infructueuses, c'est vrai, mais aujourd'hui on a évolué et on a tiré des leçons, tant du point de vue des opérateurs que des pouvoirs publics. D'ailleurs, depuis le retour de Dott on voit qu'il y a une vraie demande des Namurois. En ce sens, la Ville de Namur reste preneuse de nouvelles coopérations". Afin d'éviter les amoncellements anarchiques sur certains trottoirs, la Ville rappelle aussi avoir édicté une charte de bonne conduite à destination des utilisateurs et inciter au stationnement des trottinettes près des arceaux pour vélos. 

Le fondateur de Pony, lui non plus, ne semble pas refroidi par les tentatives avortées de ses prédécesseurs. Que du contraire, il pense pouvoir s'en inspirer pour réussir là où ils auraient échoué, selon lui. "Le secteur entier a souffert de la logique parasitaire des gros acteurs du marché qui est une conséquence de leur mode de financement" assène t-il, "Quand vous levez de l'argent avec des gros fonds d'investissement, ce qu'on va vous demander c'est de faire de la croissance. Pour faire de la croissance, il faut des utilisateurs et pour avoir des utilisateurs il faut avoir toujours plus de véhicules puisque les gens ne téléchargent l'application que lorsqu'ils voient ces véhicules près de chez eux. Sur les deux dernières années, on a donc assisté à une course à celui qui en jetait le plus dans les rues. Evidemment, comme elles coutent cher, ils en ont acheté des moins chères, et on s'est retrouvé avec des trottinettes assez bas de gamme, déversées partout sur Terre dans des quantités importantes, sans aucune corrélation avec les besoins réels des citoyens. Au contraire, notre système apporte du financement local et exigeant, parce que les gens qui achètent nos véhicules à 1000 euros, ce sont des gens qui sont exigeants sur la qualité du service, de l'entretien, de la durée de vie et du respect de l'espace public. Nous avons une façon de gérer notre activité qui est structurellement différente du fait de notre modèle économique, qui est beaucoup plus saine et plus durable". 

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