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Portrait : Amélie Triffet, 19 ans, la moto et la vitesse ancrées dans le sang

Portrait : Amélie Triffet, 19 ans, la moto et la vitesse ancrées dans le sang

Portrait

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10 mai 2022 à 06:12 - mise à jour 10 mai 2022 à 06:12Temps de lecture3 min
Par Antoine Hick

Elle n’a que 19 ans et pourtant elle a déjà des centaines heures de courses dans les guiboles. Tombée dans l’univers moto quand elle était toute petite, pour "faire comme papa", Amélie Triffet n’est pas une motarde comme les autres. Présentation de cette sympathique Louviéroise que nous avons accompagnée lors d’un entraînement.

Il est à peine 8 heures lorsque nous débarquons aux abords du circuit Jules-Tacheny à Mettet. L’ambiance est détendue même si une certaine effervescence est tout de même palpable. Au loin, quelques vrombissements de moto. À notre gauche, un groupe de passionnés qui n’attendent probablement qu’une chose : pouvoir enfourcher leur bolide.

Ce lundi, le circuit est accessible à tout le monde pour une séance d’entraînements ouverte au grand public. Au loin, souriante et détendue, Amélie nous fait signe de la main. Quasiment la seule femme à s’élancer ce lundi matin, elle savoure ce moment après de longs mois de privation : "Je n’ai plus roulé depuis une éternité, hâte de voir ce que ça va donner" sourit-elle.

Contrairement à beaucoup de motards amateurs, Amélie ne découvre nullement le circuit. Au contraire même, Mettet, est devenu son principal terrain de jeu au fil des années. Et pour cause, elle a commencé la moto tellement jeune pour marcher dans les pas de son papa, Olivier, lui aussi ancien motard. "Au début, ils ne voulaient pas m’acheter de moto parce qu’ils trouvaient ça trop dangereux. Mais j’ai tellement insisté qu’ils ont fini par craquer" rigole-t-elle au moment d’évoquer ses débuts.

Omniprésent à ses côtés, son papa opine du chef, bien occupé à préparer la moto pour la 1e séance entraînement de la journée de sa fille. "Bien chauffer les pneus est primordial, surtout quand il fait froid comme aujourd’hui" nous confie-t-il.

Jeune prodige de la moto, Amélie est considérée comme l’une des plus belles promesses féminines belges depuis ses débuts. Malheureusement, au vu du manque de compétitions 100% féminines en Belgique, elle a (depuis toujours) dû concourir avec les garçons : "C’est difficile et vraiment dommage" concède-t-elle. "Même si j’adore la vitesse, j’ai toujours une petite retenue au moment de m’élancer. Les garçons eux sont plus rentre-dedans."

Preuve que le potentiel est malgré tout là (et bien là), elle participe à la Women’s Cup, une compétition pour le coup 100% féminine qu’elle dispute en France en 2019. Là pas de trace de garçons donc mais diverses adversaires bien plus âgées et expérimentées qu’elle. Pas de quoi l’impressionner puisqu’elle finit 3e du général à 16 ans à peine.

Quelques mois plus tard, elle est sélectionnée pour la Northern Cup, une compétition mixte où elle a malheureusement plus de mal à s’illustrer. Un léger coup d’arrêt qui mine le moral de la Louviéroise.

Amélie Triffet, 19 ans, la moto et la vitesse fermement ancrées dans le sang
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Un retour… chahuté à Mettet

Ce lundi, c’est donc après un interlude de quelques mois qu’elle remonte sur sa moto. Son jouet, sa passion. Après une première séance d’une dizaine de minutes, c’est satisfaite que nous la retrouvons : "Je m’attendais à pire. J’étais très prudente au début mais j’ai pu me lâcher par la suite. Le chrono ne sera pas dingue mais je suis contente."

Malheureusement, la suite est frustrante. Piste froide oblige, les chutes se succèdent sur le tracé et Amélie n’a plus vraiment l’occasion de s’illustrer. Ses 2e et 3e séances sont interrompues avant même d’avoir pu commencer pour permettre à l’ambulance d’évacuer les éventuels blessés. Résultat, le mécontentement se fait ressentir chez cette accro de la vitesse : "C’est vraiment chi***. J’espérais pouvoir enchaîner les sorties, mais je n’aurai roulé qu’une fois de la matinée. Tout ça pour ça…" maugrée-t-elle.

Privée de moto ce lundi, Amélie va probablement l’être aussi pendant plusieurs années. Malgré son ambition débordante, elle va en effet mettre sa carrière entre parenthèses pendant quelques temps pour se concentrer à fond sur des études d’infirmières. "Vu les conditions d’entraînement et le coût, ça sera difficile de concilier les deux" avoue-t-elle.

En paix avec elle-même mais avec certains regrets qui sont palpables derrière ce discours déjà étonnamment mature : "Si j’ai des regrets ? J’aurais évidemment aimé en faire mon métier comme tous ceux qui commencent la moto. Mais je suis déjà tellement reconnaissante d’avoir pu vivre une petite partie de mon rêve" conclut-elle.

À 19 ans, Amélie s’apprête donc à écrire un nouveau chapitre de sa vie. Avant de revenir vers la moto, son premier vrai amour, dans quelques années ? "Ce n’est pas impossible, on verra", botte-t-elle en touche en souriant. C’est tout le mal qu’on lui souhaite en tout cas.

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