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Psychologie

Pour être une bonne personne, faut-il être la meilleure version de soi-même ?

Pour être une bonne personne, faut-il être la meilleure version de soi-même ?
13 avr. 2021 à 14:00Temps de lecture3 min
Par RTBF TENDANCE avec AFP

Pour l'auteur, cette violence nous pousse même à devenir le produit de notre autoproduction.

 

Vous avez publié "Contre le développement personnel" aux Edition rue de l'Echiquier. Vous y abordez l'épanouissement personnel dans une logique de l'exploitation de soi par soi. Comme si notre bonheur ne dépendait que de nous. Sommes-nous individuellement responsables de notre bonheur ?

C'est ce que le développement personnel (DP) tente de nous faire croire ! Si les choses étaient aussi simples, il serait très facile d'être heureux. Il existe une multitude de facteurs déterminants, internes et externes à l'individu, comme l'inconscient par exemple.

Dans les livres de DP, en général, le sujet est un individu qui a une totale maîtrise de lui-même. C'est-à-dire que s'il a la volonté, une bonne méthode et qu'il s'entraîne, il peut parvenir à se connaître lui-même, à être heureux et même, à répandre le bonheur autour de lui.

C'est comme si l'individu était hors sol, une espèce de monade, un être indépendant qui vit tout seul et qui n'a de compte à rendre qu'à lui-même. Malheureusement, il existe des facteurs externes qui sont tout aussi puissants.

 

Dans votre ouvrage, vous décrivez le développement personnel comme la transformation du bien-être en impératif moral. C'est la question de notre époque : "Pour être une bonne personne, faut-il être la meilleure version de soi-même ?".

Selon le DP, oui apparemment. Parce que, si vous n'arrivez pas à vous améliorer, c'est de votre faute. C'est que vous faites preuve de mauvaise volonté. D'une certaine façon, vous ne jouez pas le jeu. Car l'un des présupposés dont je parle dans le livre est une vision politique selon laquelle chacun étant heureux, le bien-être est mutualisé et se répand magiquement à travers la société, comme une espèce de bon virus. Si vous ne jouez pas le jeu, vous êtes un mauvais élève et vous êtes condamné moralement, d'une certaine façon.

 

Selon les gourous du bien-être, pour être heureux, la méthode la plus efficace consiste à changer la manière dont on pense, dont on ressent, dont on se comporte au quotidien. C'est une recette que l'on a envie d'acheter...

Oui. Mais le problème, c'est le réel. Le réel, par définition, c'est quelque chose qui résiste, c'est ce que l'on n'aime pas, c'est ce qui pose problème, ce qui est dramatique, ce qui est blessant. Le DP nous dit que la manière dont nous voyons les choses peut les transformer. C'est cette idée, déjà bien connue dans les années 1900 avec la méthode d'autosuggestion du psychologue Emile Coué, qu'à force de répéter une pensée, elle devient mienne et peut influencer le cours des choses. Mais ça, c'est de la pensée magique. Croire très fort que quelque chose va arriver ne fonctionne, malheureusement, que très rarement. Le DP donne une vision du monde complètement faussée.

 

Grâce au développement personnel, la recette du bonheur est accessible à tous, vraiment ?

A tous ceux qui jouent le jeu. Déjà, il faut être en bonne santé, ne pas avoir de problèmes financiers et avoir une certaine aisance sociale. C'est-à-dire qu'une fois que vous avez satisfait vos besoins de base, selon la pyramide de Maslow, vous accédez à d'autres types de besoins qu'il faut satisfaire comme le besoin de confiance en soi ou d'épanouissement personnel. Mais qui peut se targuer d'avoir uniquement ce genre de besoin à satisfaire ? Ceux qui sont déjà dans une certaine aisance.

 

Dans "Happycratie", un ouvrage qui critique le développement personnel, les auteurs Edgar Cabanas et Eva Illouz évoquent une "pornographie du développement personnel". Le DP est-il devenu indécent ?

Il y a une indécence à se détourner du monde, de la vie de la cité, de la politique, de la vie commune en somme. Car à force de croire qu'il existe une certaine pensée magique, le DP suppute que la politique n'a pas de réponse à apporter. C'est très mauvais parce que l'on se détourne du collectif. L'individualisme n'est pas, en soi, une mauvaise chose mais l'égocentrisme, le nombrilisme et, surtout, l'absence d'esprit critique vis-à-vis de ce discours, oui.

 

Quel lien faites-vous entre une société qui nous pousse à être productif et le développement personnel ?

C'est simple : c'est le passage d'une société de production à une société d'auto-production. Nous devenons producteurs, non pas d'objets, mais de nous-mêmes. Nous nous auto-produisons. Nous devenons nous-mêmes des objets. Le DP, c'est une manière de se promouvoir soi-même. On devient soi-même une marque que l'on doit vendre, auprès de son employeur, de son banquier et même, sur les sites de rencontres. C'est du self branding.

Le développement personnel se fait toujours sur une forme incitative. Il n'en est pas moins contraignant. L'individu est sommé, non pas de devenir lui-même mais ce que l'on attend de lui, comme étant conforme à ce que l'on attend de lui et auquel les gens peuvent accorder du crédit.

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