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Belgique

Pour Jean-Marc Nollet, co-président d’Ecolo : "la priorité n’est pas au surinvestissement dans l’armée", le social doit être prioritaire

L'invité de Matin Première : Jean Marc Nollet

Co-président d’Ecolo

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19 mai 2022 à 07:36 - mise à jour 19 mai 2022 à 09:004 min
Par Anthony Roberfroid, d'après l'invité de Thomas Gadisseux sur Matin Première

Alors que les budgets des ménages belges explosent avec la hausse des prix de l’énergie, les budgets des différents gouvernements crispent les partis politiques et tous proposent leurs idées pour trouver de l’argent et le redistribuer.

Dernière proposition en date, Ecolo veut mettre fin aux discussions fédérales visant à augmenter à nouveau les budgets de la Défense, qui doivent atteindre 2% du PIB afin de respecter nos engagements vis-à-vis de l’OTAN. L'enveloppe de 10 milliards doit encore être confirmée mais rien n’est encore acté. La période des négociations budgétaires est en vue et cela engendrera sans nul doute des débats.

Jean-Marc Nollet, co-président d’Ecolo était l’invité de Matin Première, au micro de Thomas Gadisseux.

Selon lui, les investissements militaires sont nécessaires mais la demande grandissante de moyens n’est pas prioritaire : "La Belgique a un retard en la matière, c’est évident. En février dernier, le gouvernement fédéral a décidé d’investir structurellement 2 milliards de plus. Le compromis a été fait, l’accord a été signé à ce moment-là et aujourd’hui, sous la pression de l’OTAN et des Etats-Unis, il y a une nouvelle demande de dégager 2 milliards d’euros supplémentaires par rapport à l’accord de février et là, les Écologistes disent 'Stop' car nous avons d’autres priorités".

La priorité n’est pas au surinvestissement dans l’armée.

Et ces priorités, ce sont principalement celles qui impactent les citoyens suite aux tensions géopolitiques : "Il y a des centaines de milliers de Belges qui ont difficile de payer leurs factures énergétiques, la justice et les services ont aussi des besoins criants. Les syndicats ont aussi des demandes légitimes pour augmenter les salaires. La priorité n’est pas au surinvestissement dans l’armée. […] La protection sociale et environnementale en période de crise et de transition écologique est nécessaire ; il y a une priorité absolue de dégager des moyens budgétaires suffisants pour protéger et soutenir les citoyens".

Une position ferme des Écologistes, qui désirent voir les autres partis politiques suivre leur raisonnement : "C’est un message qui est adressé à tout le monde et on ose espérer que nous ne sommes pas les seuls comme Écologistes à ressentir ce qui se vit dans la population. Nous avons des échevins, bourgmestres et présidents de CPAS qui nous disent : 'On sent le besoin d’un investissement social dans les communes'. Il faut relever les revenus, les allocations… je suppose que nos collègues vont aussi être convaincus."

Taxer les plus riches pour redistribuer au plus précarisés

Il reste que la gestion des caisses de l’Etat est délicate. Les finances publiques sont dans le rouge et pour aider les citoyens, il sera nécessaire de trouver de l’argent.

Les socialistes portent notamment le projet de taxation des grandes fortunes, de quoi engendrer des recettes afin de les redistribuer. Un combat pour améliorer le pouvoir d’achat dans lequel les Verts sont volontaires : "La taxation sur les grandes fortunes, les 4-5% des plus riches fait partie du programme des écologistes depuis toujours", détaille le co-président d’Ecolo.

Aujourd’hui, ceux qui souffrent le plus, qui sont le plus en difficulté pour payer leurs factures d’énergie, ce sont des personnes avec des bas ou moyens revenus.

Cette taxe sur les riches n’est aujourd’hui toujours pas d’application mais pour Jean-Marc Nollet, la période des négociations budgétaires serait propice à sa mise en œuvre : "Il y a un momentum durant lequel on ne négocie pas les impôts, où on ne fait pas de réforme fiscale sauf au moment des budgets. Il y a une orientation très claire pour faire peser ce poids fiscal sur les épaules les plus larges et nous les définissons : les 4 à 5% des plus riches. Tout ça pour permettre de dégager des marges de manœuvre pour aider les classes les plus précarisées mais aussi les classes moyennes parce qu’aujourd’hui, ceux qui souffrent le plus, qui sont le plus en difficulté pour payer leurs factures d’énergie, ce sont des personnes avec des bas ou moyens revenus."

Revoir la loi de 1996

Autre option pour aider les ménages, créer de l’emploi et augmenter les salaires. Reste que la loi de 1996 cadenasse l’indexation. La norme salariale maximale fixée pour 2021-2022 est de 0,4%, ce qui est loin de suffire vu la hausse des prix actuelle. De plus, certaines entreprises ont aussi des avantages que Jean-Marc Nollet voudrait revoir : "Je ne veux pas balayer la loi de 1996 mais je veux remettre en question les modifications introduites en 2017. Celles-ci empêchent les entreprises dans les secteurs où il y a des bénéfices – la pharmacie, les banques, le secteur des énergies - d’offrir à leurs travailleurs d’avantage que la norme moyenne."

Pour le co-président d’Ecolo, il est donc nécessaire de revoir en partie l’accord du gouvernement au vu de l’évolution de la situation dans notre pays et en Europe : "On doit tenir compte des faits nouveaux, ça a été le cas avec la guerre en Ukraine à propos du nucléaire" explique Jean-Marc Nollet, rappelant la prolongation de deux réacteurs actée récemment par notre pays.

Je ne demande pas de nouvelles négociations mais le cadre budgétaire qui doit être discuté d’ici le 21 juillet est le moment de faire avancer la justice sociale, la justice fiscale et l’accélération de la transition énergétique.

"Ça ne peut pas être le seul secteur où l’on doit tenir compte des faits nouveaux. Je ne demande pas de nouvelles négociations mais le cadre budgétaire qui doit être discuté d’ici le 21 juillet est le moment de faire avancer la justice sociale, la justice fiscale et l’accélération de la transition énergétique." ajoute-t-il.

Pour lui, la période que nous vivons actuellement doit être un moteur de notre transition, autant écologique qu’énergétique et sociale : "La guerre en Ukraine, la hausse des prix de l’énergie, ça montre le besoin de soutenir les citoyens, les entreprises pour transiter : c’est-à-dire réduire la consommation et aller vers les énergies renouvelables. Il y a des projets d’interconnexions sur l’éolien off-shore entre les Pays-Bas, l’Allemagne ; le Danemark et la Belgique portés par la ministre Tinne Van der Straeten. Ça, c’est l’avenir, ce sont des emplois, des entreprises belges qui se déploient et qui permettent de réduire la facture", conclut l’Écologiste.

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