Monde Moyen-Orient

Pour l'Arabie saoudite, le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi est une affaire classée

© AFP

16 juil. 2022 à 13:07Temps de lecture2 min
Par Belga

L'Arabie saoudite a fait savoir samedi sèchement que l'assassinat du journaliste critique Jamal Khashoggi était une "tragédie" sur laquelle il était inutile d'épiloguer, après que le président américain Joe Biden l'ait évoqué lors de sa visite dans la monarchie du Golfe.

Critique du pouvoir après en avoir été proche, Jamal Khashoggi a été assassiné dans le consulat saoudien d'Istanbul en 2018. Les services de renseignement américains ont pointé la responsabilité du prince héritier Mohamed ben Salmane, envenimant les relations entre Ryad et Washington.

"Une tragédie" dont les responsables "répondent de leur crime"

Surnommé MBS, le dirigeant de facto du royaume, recevant le président américain vendredi, "a expliqué (à M. Biden) qu'il s'agissait d'une tragédie pour l'Arabie saoudite", selon le ministre d'Etat aux Affaires étrangères Adel al-Jubeir.

Le prince héritier a assuré que "les responsables avaient fait l'objet d'une enquête, avaient été confrontés à la justice et payaient désormais pour le crime", a ajouté M. Jubeir dans une interview avec CNN.

 

Interrogé sur un rapport du renseignement américain désignant MBS comme le commanditaire de l'opération, le ministre saoudien a lancé: "Nous savons bien ce qu'avait conclu le renseignement à propos des armes de destruction massive de Saddam Hussein", qui n'ont jamais existé.

Le responsable saoudien a par ailleurs mis en avant les "erreurs" des Etats-Unis, citant l'affaire d'Abou Ghraib, cette prison irakienne où des militaires américains ont pratiqué torture et traitements humiliants.

Huit hommes condamnés

Cité par la chaîne saoudienne Al-Arabiya, un responsable saoudien anonyme a par ailleurs assuré que l'affaire Khashoggi avait été évoquée "rapidement" lors de la réunion avec Joe Biden, soulignant qu'"un tel incident (pouvait) arriver partout dans le monde".

Un tribunal saoudien a condamné en 2020 huit hommes à entre sept et vingt ans de prison pour l'assassinat du journaliste.

Ali Shihabi, un expert proche du gouvernement saoudien, a lui assuré que le prince héritier avait répondu à M. Biden en "soulignant le double langage des Américains, faisant beaucoup de bruit à propos de Khashoggi tout en essayant de minimiser l'assassinat de Shireen Abu Akleh", journaliste américano-palestinienne tuée en mai par un tir israélien selon l'ONU.

"A part cet échange franc, la réunion a été très cordiale", a-t-il assuré à l'AFP.

M. Biden subit une avalanche de critiques pour sa rencontre avec MBS, après avoir promis durant sa campagne de mettre les droits humains au coeur de sa diplomatie.

Sur le même sujet

Meurtre de Jamal Khashoggi : une plainte contre le prince héritier saoudien classée sans suite par un juge américain

Monde

Affaire Khashoggi : le prince "MBS" d’Arabie "immunisé" dans un procès pour le meurtre du journaliste, estime Washington

Monde

Articles recommandés pour vous