Belgique

"Pour l’allègement des mesures, nous parlons de semaines et non de mois", estime Steven Van Gucht

28 janv. 2022 à 12:52 - mise à jour 28 janv. 2022 à 14:11Temps de lecture5 min
Par Anthony Roberfroid

Ce 28 janvier est marqué par l’entrée en vigueur du baromètre corona. Décidé lors du dernier comité de concertation, ce baromètre va rythmer nos vies durant les prochaines semaines. Rouge, orange et jaune : trois codes couleur qui permettront de donner une vision générale de la situation épidémiologique.

En ce premier jour d’application de ce nouveau système et comme chaque semaine, le centre national de crise a fait le point sur l’épidémie de coronavirus dans notre pays.

Un record d’infections qui pourrait être sous-estimé

Cette semaine, un nouveau record d’infections a été atteint : "Un peu plus de 70.000 cas ont été détectés ce lundi" annonce le virologue Steven Van Gucht. Entre le 18/01 et le 24/01, 52.043 nouvelles infections au coronavirus ont été détectées en moyenne chaque jour. C’est une hausse de 63% par rapport à la semaine précédente.

Mais le nombre d’infections pourrait être sous-estimé. En effet, deux critères laissent penser que des contaminations ne sont pas recensées. Tout d’abord, les changements dans la politique de dépistage : les tests PCR ne sont plus nécessairement effectués pour les vaccinés lors des contacts à haut risque. Ensuite, de nombreux Belges réalisent des autotests et se mettent en quarantaine sans forcément réaliser un test PCR.

Steven Van Gucht remarque que l’augmentation des contaminations est clairement concentrée chez les enfants, les adolescents et leurs parents dans la trentaine et quarantaine. "Chez les enfants, les chiffres ont plus que doublé au cours de la semaine passée" relève l’expert.

Les plus fortes hausses sont observées dans la province de Namur et du Luxembourg, où le nombre de contaminations a ici aussi plus que doublé en une semaine.

Le pic bientôt atteint

Les chiffres sont donc toujours en hausse mais le pic de la 5e vague semble se profiler : "Le nombre d’infections et d’hospitalisations augmente mais moins rapidement qu’auparavant, ce qui est un signe annonciateur du pic" précise Steven Van Gucht. "On estime que mardi et mercredi, 60.000 contaminations seront détectées, ce qui veut dire qu’on reviendra aux chiffres de la semaine passée".

Le virologue note que le ratio de positivité semble plafonner, ce qui pourrait montrer un réel ralentissement de la croissance. Sur la base des résultats des tests obtenus entre le 18/01 et le 24/01, il est de 46,1%, en hausse de 9,4% par rapport à la semaine dernière.

Concernant la situation en soins intensifs, le nombre d’admission est toujours en baisse, d’environ 3%. "Mais cette diminution pourrait bientôt s’arrêter" modère l’expert. La prudence reste donc de mise pour nos hôpitaux.

Entre le 21/01 et le 27/01, les admissions s’élèvent à 344 en moyenne par jour. C’est une augmentation de 34% par rapport à la semaine précédente. "Cette augmentation était de 50% il y a encore quelques jours" explique le virologue, qui relève ici un nouvel argument laissant penser que le pic de cette vague devrait être atteint dans les prochains jours.

"Le pic devrait être atteint dans une à deux semaines mais nous devons rester prudents car il y a eu des assouplissements dans certains secteurs et les écoles." tempère Steven Van Gucht.

Néanmoins, contrairement à d’autres pays européens qui ont décidé de relâcher fortement les mesures sanitaires, l’expert estime que nous devons encore nous montrer prudents : "Si on relâche les mesures d’un coup, on peut s’attendre à une augmentation des cas, ce qui pourrait impacter la continuité de nos écoles et de nos entreprises", explique Steven Van Gucht, qui considère que les décisions prises à l’étranger "sont avant tout des mesures politiques".

De plus, le relâchement trop rapide des mesures pourrait se révéler dangereux : "Si nous laissons tomber le masque partout dans la société, on peut s’attendre à une augmentation rapide des cas de coronavirus mais aussi des cas d’autres virus respiratoires comme la grippe", note le scientifique.

Pour Steven Van Gucht, le baromètre corona montre donc ici toute son importance. Il estime qu’avec l’arrivée du pic des contaminations, l’allègement des mesures pourrait avoir lieu dans peu de temps : "Il vaut mieux rester prudent et relâcher progressivement les mesures comme cela a été défini dans le baromètre. Pour le relâchement des mesures, nous parlons de semaines et non de mois."

Analyse de l’absentéisme au travail

Le centre de crise a également fait le point sur l’impact de la pandémie auprès des entreprises.

Une étude menée par la KU Leuven, l’UHasselt et Idewe montre que l’incidence moyenne de contaminations pour 100.000 personnes dans la population active a augmenté d’un tiers en une semaine.

Cette incidence au sein de la population active est également supérieure d’un tiers à celle observée dans la population générale. Cela signifie donc que parmi la population des adultes, ceux qui sont actifs sont ceux qui ont tendance à se contaminer davantage.

À l’exception des professions en extérieur, comme dans le secteur de l’agriculture et de l’horticulture, tous les secteurs voient une augmentation de cas de coronavirus semblable à la hausse constatée dans la population générale.

Les chercheurs estiment qu’avec 1000 nouvelles contaminations hebdomadaires, le taux d’absentéisme augmentera de 1,7 à 2,5%, et qu’il sera plus élevé dans les secteurs ou les entreprises où il n’y a pas de télétravail.

Les secteurs les plus touchés sont les métiers de contact, et plus particulièrement le secteur de la garde des enfants et de l’enseignement.

A contrario, les secteurs où le télétravail est possible, comme le secteur bancaire, sont les moins touchés.

Dans leur étude, les experts mettent également en exergue les effets positifs de la vaccination, notamment dans le secteur des soins de santé. Lors de la 3e vague, une majorité des prestataires de soins étaient vaccinés, ce qui a permis à ce secteur de connaître une baisse de l’absentéisme contrairement au pic perçu dans les autres secteurs.

Les chiffres consolidés du tableau de Sciensano

Note : ces chiffres sont tirés des données actualisées publiées par Sciensano en open data et mises sous forme de tableau ici.

Cas détectés¹ : entre le 18/01 et le 24/01, 52.043 nouvelles infections au coronavirus ont été détectées en moyenne chaque jour. C’est une hausse de 63% par rapport à la semaine précédente.

Tests : entre le 18/01 et le 24/01, une moyenne de 117.811 tests ont été effectués quotidiennement, un total en hausse de 34% par rapport à la semaine précédente.

Admissions : elles s’élèvent en moyenne à 344 entre le 21/01 et le 27/01. C’est une augmentation de 34% par rapport à la semaine précédente.

Personnes hospitalisées² : 3694 patients sont actuellement hospitalisés en lien avec le Covid-19, dont 357 patients traités en soins intensifs.

Taux de positivité³ : sur la base des résultats des tests obtenus entre le 18/01 et le 24/01, il est de 46,1%, en hausse de 9,4% par rapport à la semaine dernière.

Taux de reproduction : calculé sur la base de l’évolution des admissions, le Rt du coronavirus s’établit aujourd’hui à 1,19. Lorsqu’il est supérieur à 1, cela signifie que la transmission du virus s’accélère.

Décès : entre le 18/01 et le 24/01, 24,4 personnes sont décédées en moyenne des suites du virus. Depuis le début de l’épidémie, 28.938 personnes sont mortes du coronavirus.

¹ Les cas détectés sont le nombre de patients pour lesquels un test positif a confirmé la présence du virus. La date qui est considérée est celle du diagnostic, pas du résultat du test. Les données sont considérées comme consolidées après 4 jours. Le nombre de cas peut dépendre en partie de la stratégie de testing : si on teste plus systématiquement, on détecte aussi plus de cas.

² Dans les personnes hospitalisées sont comptabilisés des patients déjà hospitalisés pour une autre raison, et qui ont effectué un test positif.

³ Le taux de positivité est le nombre de tests positifs par rapport au nombre de tests effectués. Une même personne peut être testée plusieurs fois. Il dépend lui aussi de la stratégie de testing : si on ne teste pas assez, le taux de positivité va être plus élevé.

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