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Jam

Pour leur second album, Penelope Isles misent tout sur la sincérité

09 févr. 2022 à 13:15Temps de lecture7 min
Par Diane Theunissen

Après un premier opus en 2019, Penelope Isles signe son grand retour avec Which Way To Happy, un second album éclectique et organique, sorti tout droit des caves de Brighton. Sur ce disque, Lily Wolter et son frère Jack laissent tomber les masques et se livrent à coeur ouvert: au fil des morceaux, ils se confessent et se comprennent, grandissent et murissent. Pour la sortie physique du disque, on a eu l’occasion de discuter avec Lily des dessous de ce petit joyau teinté de shoegaze, de psyché et de rock indé. Rencontre.

Salut Lily ! Comment tu vas ?

Je vais bien, merci ! Je suis devant la porte de notre studio, à Brighton. On était censé être en tournée mais ça a été reporté. Du coup on utilise notre temps libre pour faire de nouveaux morceaux. Ça fait du bien de bosser sur des nouvelles choses !

Vous avez sorti votre deuxième album Which Way to Happy il y a quelques semaines. Peux-tu m'en dire plus sur ce projet ?

On a commencé à écrire la plupart des chansons il y a quelques années, sur la route, lorsqu’on était en tournée pour notre premier album. En 2020, on a décidé de louer un cottage en Cornouailles et d’y faire l'album. Coincidence : c’est tombé le premier jour du premier confinement. Pour un voyage qu'on croyait durer environ trois semaines, on est finalement restés là-bas deux mois. C'était minuscule : il y avait moi et les trois garçons, on n’avait qu’un seul lit, du coup se partageait le sol et le lit (rires). On pensait aller surfer le matin, aller au pub le soir, s’isoler tout en s'amusant. Mais on ne pouvait rien faire de tout ça à cause du COVID-19. C'était comme si on était dans une petite boîte au milieu de nulle part, à faire ce disque sans aucune intimité. C'était amusant mais très intense. On a beaucoup bossé là-bas, puis on est revenus à Brighton.

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Quels sont les thèmes abordés sur ce projet ?

Which Way to Happy décrit les périodes de confusion qu’on a vécues ces deux dernières années : les moments tristes, mais aussi la joie que l'on retrouve à d'autres moments. De plus, Jack et moi avons tous les deux traversé des ruptures amoureuses au même moment et nous avons trouvé beaucoup de soutien l'un envers l’autre. C’est fou, je pourrais presque dire que l'année dernière est l'une des plus drôles que j'ai eues. Mais aussi l'une des plus dures et des plus sombres.

Une partie de cette réflexion est peut-être liée à la transition vers l'âge adulte. Qu’en penses-tu ?

Tu as raison ! C’est un peu ringard (rires), mais je pense honnêtement que lorsque j'ai commencé à faire cet album, je me sentais encore comme une jeune fille, alors que maintenant je me sens vraiment comme une femme. Il me semble que beaucoup de gens ont eu l'impression d'avoir grandi pendant cette pandémie.

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Le fait de travailler dans ce cottage exigu au milieu de nulle part a-t-il eu un impact sur votre créativité ?

La plupart du temps, Jack et moi écrivons toutes les chansons. Nous écrivons indépendamment, enfermés dans nos propres chambres ou studios. On fait des démos chacun de notre côté, on essaye d’avoir une idée de ce à quoi on voudrait que le morceau ressemble, et ensuite on l'amène au studio et on l'enregistre tous ensemble. Quand nous sommes allés au cottage, nous avions déjà fait des démos de la plupart des chansons, et nous savions à quoi nous voulions qu'elles ressemblent. Mais évidemment, quand on joue les morceaux, on va souvent un cran plus loin et on essaye d’explorer notre créativité. On a essayé d’utiliser notre environnement à notre avantage : on a amené des amplis dans la salle de bain et on a enregistré là. On avait même un ampli qui sortait de l'évier ! Comme c'était le printemps, on a aussi fait beaucoup de choses dehors, comme enregistrer le chant des oiseaux. On les entend d’ailleurs dans le morceau “In A Cage”. 

C'est donc Jack et toi qui écrivez les chansons ? Quelle est la dynamique générale au sein du groupe ?

La dynamique du groupe a un peu changé depuis la conception du dernier album. À ce moment-là, c'était surtout Jack et moi qui écrivions les chansons, mais c’était lui qui orchestrait le tout. J'étais assez jeune à l'époque, je devais avoir 19 ou 20 ans. Ce disque-ci est plus égalitaire dans sa composition : j’ai 25 ans, on collabore beaucoup plus. Notre ami Henry Nicholson s’occupe de la basse, mais c'est aussi un batteur. Il contribue donc aux parties de batterie également, aux côtés de Jack qui est lui aussi batteur. Henry a aussi beaucoup d'influence sur les mélodies. Étant donné que Jack produit notre musique, il est évidemment la tête pensante derrière tout ça, mais cette fois-ci Henry et moi étions très impliqués également.

Qui est le quatrième membre du groupe ?

Notre batteur s’appelle Joe Taylor. Mais à l'époque où on travaillait sur l'album, nous avions quelques amis qui faisaient de la batterie et nous avons expérimenté avec différents batteurs. C'était une période où nous essayions de trouver la bonne adéquation. Maintenant nous avons l'adorable Joe et il joue les chansons merveilleusement bien.

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Qu'est-ce que ça fait de bosser en famille ? 

C'est à la fois la meilleure et la plus difficile des choses (rires). Déjà, il n’y a plus aucune limite professionnelle. En plus, Jack et moi avons 6 ans de différence, donc de base il y a une dynamique de "grand frère". Mais comme je l'ai dit, j'ai beaucoup muri et nous sommes des partenaires plus égaux désormais. Je ne voudrais pas qu'il en soit autrement : c’est tellement beau, quand on joue devant la foule et qu'on s'amuse, je regarde de l'autre côté de la scène, je vois Jack qui joue à mes côtés et je me dis "ça compte encore plus". C'est mon sang, et c'est aussi mon meilleur ami. Mais d'un autre côté, c'est aussi la chose la plus déchirante qui soit, car lorsque les choses ne vont pas bien et qu'il y a des tensions, ça fait encore plus mal. Ça fait mal parce que c'est la famille : il n'y a pas de retenue, alors que quand t’es avec tes potes, tu peux avoir une sorte de réserve quand tu parles de tes sentiments. Beaucoup de nos amis envient notre proximité, mais ils ne sont pas sûrs de pouvoir la supporter. C'est un lien extrême que peu de gens ont.

L'album compte 11 titres, qui se distinguent fortement par leur style et leur musicalité : des morceaux comme "Terrified" et "Rocking At The Bottom" ont cette vibe indie-rock, tandis que "Sailing Still" et "Play It Cool" suivent une approche plus atmosphérique, à la limite du shoegaze. Ensuite, "Sudoku" et "Pink Lemonade" sont beaucoup plus décontractés, presque psychédéliques. Quelles sont les raisons de ce choix de l'éclectisme ?

C'est intéressant que tu relèves ça. On a écrit toutes ces chansons à différents moments au cours des dernières années, du coup ça montre où nous en étions à différentes étapes. Par exemple “Sudoku”, Jack l'a écrite il y a 7 ans quand lui et moi faisions partie d’un groupe grungy psychédélique : Yogul Teeth. Pour le premier album, on était un peu plus dans une vibe surf pop, c'est peut-être de là que vient “Terrified”. En grandissant, je pense que nos émotions sont devenues un peu plus sérieuses et on a muri. C’est sans doute de là que viennent les nouvelles chansons comme “Sailing Still” et “In A Cage”. Ce sont des morceaux plus sincères, plus réels.

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Quelles ont été vos plus grandes inspirations lors de la creation de l’album ?

Avant d'entrer en studio, on a découvert Wilco et Jeff Tweedy. Au niveau de la production, Jack s’en est beaucoup inspiré : il était vraiment à fond dans les détails. Il faisait les choses encore et encore jusqu'à ce que ça sonne comme il le voulait. On a aussi été influencé par Deerhunter pour le mouvement atmosphérique général de notre musique. Ces temps-ci, on écoute beaucoup les nouveaux morceaux de Big Thief, ils nous font vibrer. Et il y a ce groupe de New-York, Youbet, qui m'inspire beaucoup. Ils me donnent envie de faire de la musique, et de continuer à avancer.

Votre musique semble très diversifiée, mélangeant de nombreux genres et influences. Comment est-ce que tu décrirais votre identité sonique ?

C'est une question tellement difficile. Une fois, nous avons essayé d'écrire une bio pour le groupe et ça nous a pris trois jours (rires). Je ne sais pas si ça nous rend prétentieux ou un peu tarés (rires). Je dirais que notre musique est dynamique, texturée, accessible et inclusive. Notre son est aussi assez chaleureux.

La pochette de Which Way to Happy est assez originale ! Quelle est la symbolique de cette peinture ?

J'adore la pochette ! C’est une peinture que Jack a faite de son jouet préféré, Piggy, qui était comme son premier amour. Quand il avait environ 6 ans, en vacances, il l'a laissé dans un hôtel aux États-Unis. Ma mère a tout fait pour récupérer Piggy : elle a écrit à l'hôtel, laissé des messages, appelé, mais il n'était plus là. Et c'était la première peine de cœur de Jack. Ça faisait écho à ce que nous traversions, ce symbolisme de la perte. L'édition spéciale de notre disque est accompagnée d'un fanzine, et dans ce fanzine, Jack a écrit un poème sur Piggy. C'est assez intelligent, comme s'il écrivait à une personne et non à une peluche (rires).

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Vous vivez à Brighton depuis des années. Comment la scène locale influence-t-elle votre musique et votre créativité ?

Brighton est un endroit assez petit, et la scène est assez petite aussi. Tout le monde connaît les groupes des autres, et tout le monde va voir différents types de concerts (...) À l’époque, on habitait sur l'île de Man, et il n’y avait pas de grande scène musicale. On était le seul jeune groupe de rock local. On était des gros poissons dans un petit étang, alors qu'ici à Brighton, nous sommes comme des poissons de taille moyenne à petite dans un petit-gros-moyen étang (rires). Nous avons déménagé ici parce que c'était proche de Londres, au bord de la mer, et qu'il y avait cette ambiance positive et amusante. Je pense que le fait qu'on écrive sur la mer, qu'on aime tous les deux le surf, ça résonne avec l'ambiance locale. Les gens qui vivent à Brighton et qui aiment la mer s'y retrouvent dans leurs propres expériences. C'est aussi un endroit un peu bizarre pour vivre, surtout en hiver : en été, tout le monde est à la plage, c'est dingue. Mais parfois, on a l'impression que c'est un endroit où vont les gens perdus. 

Quel est ton morceau préféré sur cet album ?

Je dirais “11 11”. C'est l'une des chansons les plus honnêtes que j'ai jamais écrites (...) Je ne sais pas si c'est celle que je préfère ou celle que j’aime le moins, mais c'est certainement la plus puissante pour moi.

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