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Pour lutter contre la sécheresse, il faut viser des solutions structurelles, qui engagent tous les secteurs

Aurore Degre
05 mai 2021 à 07:433 min
Par A.M.

La sécheresse, hantise des agriculteurs, risque-t-elle une nouvelle fois de toucher la Belgique cette année ? En France, les agriculteurs estiment déjà que leurs cultures sont touchées par le manque d’eau, la Flandre vient quant à elle de présenter son plan sécheresse en cas d’éventuelles pénuries d’eau. Alors, qu’en est-il côté wallon ?

"Nos réserves d’eau se sont reconstituées en grande majorité", répond Aurore Degré, professeure de physique des sols et d’hydrologie à Gembloux Agro-Bio Tech. "C’est un peu plus lent dans une région comme la Hesbaye, mais on est à peu près partout revenu sur des niveaux relativement normaux. Il faut savoir que l’hiver est la période de recharge, la période pendant laquelle l’évaporation est beaucoup plus faible, où nos sols récupèrent un peu leurs réserves et où les pluies supplémentaires vont permettre de réalimenter les nappes. Par opposition, nous rentrons maintenant dans une période où la température augmente — ou devrait augmenter —, où l’évaporation augmente, où la végétation se remet en route et où l’eau dans les sols et dans les réserves souterraines va commencer à être consommée, et les niveaux vont baisser. Ça, c’est un cycle assez naturel".


►►►A lire aussi : Sécheresse : deux fois plus de personnes touchées d’ici la fin du siècle


Interrogée dans Matin Première par Sophie Brems, Aurore Degré note que ce cycle naturel est manifestement un peu perturbé : en fin de période hivernale, on observe en regardant les chiffres de remontée des nappes un temps plus long de récupération. S’il pleut en même quantité, les pluies se saisonnalisent un peu plus. "Et on voit aussi, par exemple, que le phénomène d’accumulation neigeuse, qui permet une bonne infiltration, est lui en nette diminution. C’est donc toute une série de choses qui concourent à stresser un peu le système en matière de ressources en eau".

Ce n’est pas tant la quantité qui manque pour recharger les nappes phréatiques et les réserves, mais bien la répartition dans le temps et la dynamique qui changent un peu.

Mesures de crise ou plan à long terme ?

Alors que faut-il faire ? Suivre l’exemple flamand, en limitant l’utilisation d’eau pour les cultures ou les piscines ? Ou prévoir un plan plus ambitieux, sur le moyen ou long terme ? "Ces mesures-là sont effectivement des mesures qu’on prend quand on est en période de stress dans les systèmes et qu’il n’y a vraiment plus d’eau pour satisfaire tous les besoins. Il est clair que vu qu’on est dans un changement qui est un peu plus systémique, il faut une réflexion de fond, il faut arriver à repenser les usages de l’eau et à réutiliser l’eau".

Des démarches vont dans le sens de la ré-infiltration dans les eaux souterraines. "Une eau qui a été utilisée dans un foyer et qui a été épurée, peut être utilisée en irrigation en agriculture. Il faut donc un peu repenser de manière structurelle nos usages de l’eau plutôt que de mettre en place des petites mesures de réaction immédiate à un stress avéré".

Repenser l’usage de l’eau, plutôt que se borner à incriminer le climat, ou la météo

"Nos usages sont là et il y a des usages pour l’industrie, pour le tourisme, pour le privé, pour l’agriculture. Tous ces usages sont en concurrence au moment où les réserves sont mises sous pression et c’est donc l’ensemble de ces secteurs qui ont une contribution à faire pour améliorer les choses".

Des discussions sont en cours dans ces différents secteurs, et aussi au niveau de la Wallonie. "Discussions de fond qui, je pense, peuvent mener vers des solutions structurelles assez intéressantes. Mais ça demande un peu de temps". En Wallonie, il y a un peu plus de résilience naturelle au niveau des réserves en eau, tandis qu’en Flandre, la Région flamande est nettement plus dépendante des eaux de surface, et là le stress se fait ressentir de manière beaucoup plus importante.

Mais la réflexion est en cours, tant au niveau de la ré-infiltration des eaux vers les nappes, que dans une démarche visant à favoriser la rétention et l’infiltration de l’eau, y compris dans les zones urbaines, avec des systèmes de jardins de pluie, avec des systèmes qui permettent que cette eau ne soit pas directement renvoyée vers la rivière, et donc vers l’océan au final, mais soit gardée sur le territoire pour favoriser l’infiltration au maximum.

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