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Telle est la question !

Pour quel pianiste le public faisait-il jusqu’à 24 heures de file dans la rue ?

Photo Vlamdimir Horowitz
20 mai 2022 à 13:003 min
Par Clément Holvoet

On ne peut pas nier que 2 jours de file pour un billet, ça dépasse le simple succès !

Et ce n’est pas la seule question qui nous vient à l’esprit lorsqu’on pense à ce même pianiste : À quel pianiste Rachmaninov estime-t-il devoir la découverte de toute l’étendue des ressources du piano ? Quel pianiste rencontra Scriabine à 11 ans et fut encouragé par ce dernier à devenir musicien ? Et enfin : Quel pianiste était surnommé “l’Ouragan des Steppes” ou même “Satan au clavier” et reste aujourd’hui le pianiste qui fut le mieux payé au monde ?

Telle est la question

Pour quel pianiste le public faisit-il jusqu'à 24h de file dans la rue ?

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Toutes ces questions impressionnent, ces anecdotes fascinent, mais elles n’égaleront jamais le talent de celui dont il est question. Cet homme, c’est une comète, un artiste d’exception comme il en existe peu dans l’Histoire de la musique. Et le terme d’exception n’est pas galvaudé. Ce fameux pianiste, c’est Vladimir Horowitz ! Mais pourquoi Horowitz fascine-t-il toujours autant, aujourd’hui encore ? C’est sa nature même qui est en jeu : Horowitz, ou Gorowitz d’ailleurs, si on prononce correctement son nom, à bien des égards, était véritablement extra-ordinaire. Sa virtuosité, d’abord, était à nulle autre pareille, mais aussi sa puissance. La formule de Clara Haskil à propos d’Horowitz : “Satan au clavier” ou “Le diable en musique” est parlante. En fait, dès qu’Horowitz est monté sur scène, c’était du jamais vu. Certains estiment même qu’il était le nouveau Franz Liszt. La fascination à son égard vient donc de sa personne même, de sa nature. Il était hors normes, au sens littéral, et toute tentative de le dompter (notamment de la part de ses professeurs) fut soldée par un échec. Le ramener sur le droit chemin du “bien jouer” était cause perdue, et c’est tant mieux, il n’a pas vraiment été un enfant prodige, et son entourage a essayé de préserver la maturation lente de son talent… Autant dire, pour le meilleur.

Un pianiste à part et aux capacités inégalables et singulières mais sa carrière ne commence pas particulièrement tôt, comme certains enfants prodiges. Il commence jeune, mais pas enfant. Ses premiers concerts, il les donne à 17 ans. C’est l’occasion de rappeler qu’Horowitz naît en 1903 à Berditchev, en Ukraine, environ à 150 km au sud-ouest de Kiev. Il fera ses débuts en URSS, notamment en compagnie de son ami Nathan Milstein. Ensuite, il part pour l’Allemagne et la France. Le succès est considérable ! Il se lie d’amitié avec Poulenc et Ravel notamment, et fréquente les salons où il rencontre Picasso, Cocteau, Stravinsky, Dali et d’autres. Après la France, les Etats-Unis, où il s’installe finalement définitivement à la fin des années 30. C’est à cette époque qu’il rencontre le chef Arturo Toscanini, dont il épouse la fille Wanda en 1933.

La carrière d’Horowitz est donc fulgurante et bouillonnante, on le comprend bien, mais pour autant, elle n’a pas été rose en permanence. Horowitz a eu une carrière tellement prenante que certaines périodes étaient très difficiles. Il a traversé des périodes de doutes et de ce que l’on a appelé plus tard de dépression. Il a donc dû interrompre ses tournées à plusieurs reprises, parfois pendant quelques années. Mais les moments de concerts étaient exceptionnels : ce n’est pas pour rien que le public pouvait faire 2 jours de file pour les billets, d’ailleurs très chers ! L’une des raisons de son succès était qu’Horowitz prenait de grands risques sur scène. Ses interprétations étaient survoltées, intenses et uniques, il se sentait galvanisé par une salle pleine ! Horowitz n’était pas seulement le plus grand virtuose du clavier que l’on sait, il attachait un soin particulier au choix des œuvres de ses récitals et entretenait une relation très particulière avec le public. Bref, vous l’aurez compris, 10 Telle est la question à son sujet ne suffirait pas ! Pas étonnant dès lors que le public se massait dans la rue pendant 2 jours pour obtenir un ticket pour un concert de Vladimir Horowitz. L’essentiel est de rappeler à chacun combien des artistes aussi singuliers sont indispensables dans le paysage musical, et combien les esprits libres sont ceux qui nous emportent dans leur univers personnel. Horowitz, plus que jamais, est l’un de ceux-là, un lion indomptable, inimitable aussi dont seule l’audace pouvait rivaliser avec le génie ! Et des vrais génies, il y en a très peu, ne nous privons pas de celui-ci.

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