Pourquoi ces attaques plus dures que jamais? Présidentielle américaine 2020, la guerre de la communication

Présidentielle américaine 2020 : la guerre de la communication

© Michael Short - AFP

31 août 2020 à 14:59 - mise à jour 31 août 2020 à 15:23Temps de lecture3 min
Par Cynthia Deschamps

Les attaques personnelles pendant la campagne présidentielle américaine sont légion cette année. L'actuel président Donald Trump, candidat du camp républicain, jouera sa réélection le 3 novembre prochain face au candidat démocrate Joe Biden.

Lors de la convention républicaine le 28 août dernier, il a multiplié les appels à défendre "l’Etat de droit" face au risque d'"anarchie" sous une présidence de Joe Biden, fossoyeur du "rêve américain" mentionné des dizaines de fois.

De manière générale, il n'hésite pas à associer les villes dirigées par des démocrates à des villes infestées de criminels et à donner des sobriquets à ses détracteurs, comme on peut le voir dans le Tweet ci-dessous.

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Joe Biden devient "Joe Biden le Lent" ("Slow Joe Biden") et l'ancien candidat démocrate Bernie Sanders, "Bernie le Fou" ("Crazy Bernie").

Il s'en prend aussi régulièrement à son ancienne opposante, Hillary Clinton, qu'il surnomme "Hillary l'Escroc" ("Crooked Hillary"). 

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Ces attaques plutôt personnelles ne surprennent pas Sandrine Roginsky, professeure en communication politique à l'UCL. 

Selon elle, Donald Trump a une approche particulière de la politique. Il est plus dans une forme "de téléréalité, de spectacularisation du politique, qui je l’imagine, participe aussi à la nature de ses attaques qui sont assez typiques."

Elle relève également que les attaques de Joe Biden envers le président sortant sont assez traditionnelles. Mais là où c’est plus intéressant, c’est que Trump attaque son challenger. "On pourrait imaginer qu'un président sortant va plutôt faire valoir tout ce qu’il a fait sans rentrer dans des attaques."

Des différences culturelles dans la communication

Pour comprendre ces attaques, une lecture culturelle et historique peut se révéler judicieuse.

Malgré la mondialisation, nous avons en effet notre manière propre d’envisager les choses, notamment le débat public. Certaines manières de communiquer peuvent nous choquer parce que ce n’est pas notre manière de procéder.

"Quand on regarde la politique, il faut regarder les médias", conseille Sandrine Roginsky. "L’un ne va pas sans l’autre, surtout quand on s’intéresse à la communication."

De nombreux chercheurs considèrent que la communication politique moderne est née dans les années ’60 aux Etats-Unis, notamment lors du débat politique télévisé de Nixon-Kennedy. 

Depuis, les médias ont gagné en importance lors des élections, que ce soit aux Etats-Unis ou ailleurs. Mais une différence notable entre nos sociétés, c'est l'infotainment. Ce type d'émissions mélangeant information et divertissement est beaucoup plus présent aux Etats-Unis qu'en Europe.

"Beaucoup d'émissions américaines sont toujours entre le politique, l’humour et l’attaque", observe Sandrine Roginsky. "Je pense par exemple à "Last Week Tonight with John Oliver" mais il y en a beaucoup d’autres."

La politique "spectacle"

Les séries télévisées jouent elles aussi un rôle dans la manière dont la politique est perçue. "On est nombreux à regarder des séries télévisées. C'est aussi ça qui construit nos codes pour regarder la politique telle qu’elle se fait. Une série comme "The Good Fight" est une critique du pouvoir en place mais on ne sait jamais si on est dans la fiction ou dans la réalité."

La politique aux Etats-Unis fait l’objet de nombreuses séries depuis très longtemps. C'est un spectacle. C'est donc cohérent qu'une campagne politique américaine soit plus dans le "spectacle" qu'une campagne politique européenne.

Une députée comme Alexandria Ocasio-Cortez ou la présidente de la Chambre des représentants aux États-Unis, Nancy Pelosi, ont des idées peut-être plus progressistes que la coutume. "Néanmoins, en termes de communication politique, on reste sur des choses très conventionnelles à la sauce nord-américaine", dit Sandrine Roginsky. "Par exemple, se donner à voir, donner à voir son intimité.

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Il est donc beaucoup plus "évident" de lancer des attaques à l'encontre de la vie privée que des idées ou des choses réalisées.

"Un système présidentiel pousse plus à la confrontation"

Les modalités de campagne varient fortement d'un pays à l'autre. Cela dépend notamment du système politique.

"Un système présidentiel pousse plus à la confrontation, aux attaques sur la personne", explique Sandrine Roginsky. "Ca amène à la personnalisation. Se distinguer des autres, c’est aussi les attaquer. Et c’est plus facile de s’attaquer à une personne qu’à un parti ou à des idées parce que tout de suite, en termes d’argumentation, c’est autre chose. Les attaques, c’est aussi une forme de simplification du discours."

En Belgique, par contre, le système politique en place limite ce type de développement de la communication politique. "On va faire attention à des choses liées au milieu professionnel : le comportement de X ou Y quand il/elle avait un mandat", conclut l'enseignante.

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