Pourquoi cette invasion des discours psy dans notre langage ?

Pourquoi cette invasion des discours psy dans notre langage ?

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30 janv. 2018 à 14:40 - mise à jour 30 janv. 2018 à 14:40Temps de lecture2 min
Par Fabienne Pasau

"Creuser l’écart", "faire son deuil", "psychose" : certains mots utilisés en psychologie ont quitté leur giron pour se retrouver dans le langage commun. A tort ou à raison ?

Jean Van Hemelrijck, psychologue du couple et de la famille, fait la lumière sur ces habitudes langagières. 

"Il y a de plus en plus de mots psy qui viennent colorer le quotidien comme si c'était devenu la nouvelle caisse à outils du penser. Le gros problème de ces mots lorsqu'ils quittent leur sphère d'origine et qu'ils rentrent dans le langage populaire est qu'ils deviennent à peu près n'importe quoi : psychose, schizophrénie, faire son deuil. Ce phénomène montre à quel point aujourd'hui le psy est devenu le détenteur de vérité.

Or le psy n'est pas là pour expliquer comment il faut fabriquer le monde. Le psy est un artisan de l'instant, il n'est absolument pas un penseur du monde. Il faut laisser les psys là où ils sont bons."
 

Le psy est un producteur de curiosité

Le problème vient du fait que le monde offre une multitude de questions sans réponses. Mais pour Jean Van Hemelrijck, l'énigme a son importance et c'est catastrophique quand des psys viennent tout expliquer, empêchant ainsi le processus de penser, parler, partager.

"La réponse psy est toujours partielle, elle n'est jamais totale. Si elle était totale, le psy pourrait tout expliquer en mots, tout mettre en cases, colmater le monde. Il faut laisser aux hommes la difficulté qu'ils ont d'être, de pouvoir se confronter à leurs énigmes, à leurs incertitudes, à leurs questions, et les laisser se débattre et chercher. Et c'est ça qui fait leur puissance."

Jean Van Hemelrijck voit le psy comme un chercheur, pas comme un répondeur. "Moi je suis un ignorant, pas un sachant. En tant que psy, je mets mon ignorance au travail, pas mon savoir. J'ai appris certaines choses, mais je me mets surtout à la recherche. Quand vous avez une difficulté, ce qui est important c'est que trouviez quelque chose pour vous en sortir, que vous ouvriez les univers, que vous soyez curieux. Un psy, c'est un producteur de curiosité, certainement pas un producteur de vérité."

 

Un homme ne peut être homme qu'à la condition d'avoir une question. Lorsqu'il a une réponse, il s'appauvrit un peu.


L'invasion du discours psy dans les médias en particulier répond à un besoin d'avoir des réponses. Nous n'acceptons plus de ne pas avoir de réponses. "Or ne pas en avoir, c'est s'ouvrir à tous les possibles. Car toute dictature se revendique de détenir la vérité et prétend penser pour nous. Sa seule limite, le seul endroit où elle n'a pas prise sur nous, c'est à l'intérieur de nous-mêmes."

 

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