Bundesliga - Football

Pourquoi Dietmar Hopp est-il détesté par de nombreux fans de Bundesliga ?

Pourquoi le match Hoffenheim Bayern a-t-il été arrêté ?
03 mars 2020 à 17:26 - mise à jour 03 mars 2020 à 17:26Temps de lecture5 min
Par Matthieu Maesschalck

Lors de la 24e journée de Bundesliga entre le 1899 TSG Hoffenheim et le Bayern Munich, le score affiche un 0-6 qui laisse imaginer la domination des Munichois sur leur opposant. Une victoire nette, mais pas sans bavure.

À la 75e minute, alors que la rencontre est déjà définitivement pliée, l’arbitre renvoie les 22 joueurs aux vestiaires. La raison ? Une banderole déployée par les ultras du Bayern insultant le président d’Hoffenheim, Dietmar Hopp. Les joueurs bavarois, imités par leur staff, se précipitent devant leurs supporters, essayant de les convaincre de retirer cette bannière. Durant l’interruption du match, ce sont Karl-Heinz Rummenigge, le directeur du conseil d’administration du club de Munich, et son futur successeur, Oliver Kahn, qui se dirigent vers leurs fans. Une fois les responsables évacués du stade, la rencontre peut reprendre. Il reste une dizaine de minutes à jouer, tous les joueurs sont sur la pelouse, mais aucun ne souhaite poursuivre.

Jusqu’au coup de sifflet final, la balle va circuler entre les deux équipes. Tout le stade se lève pour ovationner ce geste. Dietmar Hopp descend au bord du terrain, accompagné par Karl-Heinz Rummenigge, honteux du visage que laisse le Bayern après ce match. Si la soirée se termine bien, avec trois points importants pour les Rotens dans la course au titre, elle reste néanmoins surréaliste pour un fan étranger de la Bundesliga.

Surtout que ce n’est pas la première fois que Hopp est pris pour cible par les supporters du championnat allemand. Au lendemain de la rencontre, c’est l’Union Berlin qui s’est fait remarquer avec une banderole offensante. Un peu plus tôt dans la saison, ce sont les ultras de Dortmund qui ont exprimé tout le bien qu’ils pensaient du dirigeant d’Hoffenheim. En fin février, les fans du BvB se sont vus interdire l’accès au stade d’Hoffenheim. On peut imaginer qu’il en sera de même pour ceux du Bayern et de l’Union.

Pourquoi les autres clubs s’en prennent-ils à Dietmar Hopp ?

Dietmar Hopp, cible de nombreux tifos allemands.

Les supporters lui reprochent de contourner la règle 50+1 (voir ci-dessous). En investissant régulièrement dans un club pendant au minimum vingt ans, il est possible de posséder pleinement une équipe allemande. C’est le cas du VfL Wolfsburg, du Bayer Leverkusen et du 1899 TSG Hoffenheim. Pour les deux premiers clubs cités, les raisons sont historiques : le VfB a été fondé par Volkswagen après la Seconde Guerre Mondiale et le club de Leverkusen voit le jour grâce à la société pharmaceutique Bayer, en 1904. Pourtant, malgré des fonds qui s’élèvent à plusieurs dizaines de milliards d’euros, ces clubs ne font pas de folies. Wolfsburg ne possède qu’un seul titre de Bundesliga, glané en 2009, alors que Leverkusen n’a jamais remporté le championnat. Ces entreprises, fiertés nationales, n’ont pas posé de problème auprès de l’opinion publique allemande.

Concernant Hoffenheim, les fans de la Bundesliga ont été beaucoup plus réticents lorsqu’en 2015 la DFB attribue le droit à la 7e fortune d’Allemagne, de contourner la 50+1-regel. En 1990, Dietmar Hopp, fondateur de la société allemande de conception et vente de logiciel, SAP, achète son club de cœur, alors en 8e division allemande. En 18 ans, le TSG Hoffenheim atteint la Bundesliga et participe pour la première fois à la Ligue des Champions en 2017. Cette montée fulgurante est vue d’un mauvais œil par les autres clubs allemands accusant Hoffenheim de ne pas avoir de culture du football. Détenu entièrement par Hopp, le TSG représente la crainte des supporters allemands : avoir une seule personne au pouvoir décisionnel d’un club.

Pourtant en première division depuis maintenant douze ans, le club d’Hoffenheim n’a pas cherché à fausser la compétition en achetant des gros noms aux valeurs mirobolantes. Hopp possède une fortune s’approchant des deux milliards d’euros, pourtant la plus grosse somme investie dans un joueur s’élève à douze millions d’euros.

Qu’est-ce que la règle 50+1 ?

Cette règle est créée en 1998, une année cruciale pour le championnat allemand. À l’époque, les clubs de Bundesliga sont gérés par des associations sportives à but non-lucratif. Pour répondre à la concurrence européenne, le football allemand souhaite changer de dimension et s’ouvrir à des investisseurs privés. Mais pas question de vendre la totalité du club. Pour permettre à ces associations de conserver le contrôle de leurs équipes, la 50+1-regel voit le jour. Elle empêche tout investisseur de posséder plus de 49% du capital, les 51% restants appartenant aux membres du club.

Tous les clubs allemands de Bundesliga œuvrent selon ce système économique (à trois exceptions près : Wolfsburg, Leverkusen et Hoffenheim expliqué au préalable). La gestion d’un club allemand fonctionne grâce à un système de cotisation. Cette somme, versée chaque année, permet d’impliquer le supporter dans l’organisation de son équipe. Il devient membre, élit son président et possède une part de son club. Le meilleur exemple de réussite en termes de gestion depuis l’instauration de la règle 50+1 est le Bayern de Munich (et le Borussia Dortmund depuis peu).

Aujourd’hui, les clubs allemands sont en bonnes santés financièrement. Leurs réussites économiques trouvent leurs origines dans l’histoire du pays. Les plus grands clubs se situent dans des zones géographiques économiquement importantes comme la vallée de la Ruhr pour Dortmund et Schalke 04 ou la Bavière pour le Bayern. Donc, initialement, cette mesure a été instaurée pour répondre à la concurrence du football européen, sans pour autant menacer les valeurs du football allemand, si chères à ses supporters.

Pourquoi cette règle fait-elle débat ?

Si les fans allemands sont heureux avec cette règle qui leur permet de conserver une valeur populaire à leur football, ce n’est pas le cas pour tout le monde. Karl-Heinz Rummenigge souhaite la réforme de cette mesure vieille de plus de vingt ans. Pourquoi ? Parce qu’il estime qu’elle empêche les clubs allemands d’être attractifs pour les investisseurs étrangers. Le Bayern de Munich est la troisième puissance mondiale du football, mais elle n’a pas de centres de formation au Japon, en Chine ou aux États-Unis comme le FC Barcelone ou le Real de Madrid. Elle ne possède pas d’autres clubs de football sur d’autres continents comme Manchester City. Si le club le souhaite, elle pourrait le faire, mais elle le ferait en utilisant ses fonds propres, sans faire appel à l’un ou l’autre sponsor pour aider à subventionner ces initiatives. En résumé, si le Rekordmeister est en si bonne santé financière, c’est grâce à ses membres, à son stade et à son affluence (troisième d’Europe). Et c’est le cas pour la majorité des clubs allemands.

Depuis sa mise en fonction, la 50+1-regel a été soumise deux fois à un vote pour sa suppression. D’abord en 2009, à la demande du président du club de Hanovre, Martin Kind. Puis en 2018, à la demande du président de la Deutscher Fußball-Liga (la ligue allemande de football), Christian Seifert, soutenu par Rummenigge. Les deux fois, la règle a été maintenue. En 2018, le président du Bayern a réagi avec virulence à cette décision des clubs allemands. " C’est devenu un spectacle émotionnel et populiste. Je suis très préoccupé par la compétitivité, nationale et surtout internationale du championnat. Pour moi, il y a clairement un manque de gestion professionnelle dans une situation de crise. En même temps, je ne suis pas surpris, étant donné que la DFB (Fédération allemande de football) est remplie d’amateurs ".

La Bundesliga vit bien. Mais sur la scène continentale, la valeur totale du championnat allemand est la quatrième d’Europe, derrière la Serie A, alors que c’est un championnat plus jeune et plus spectaculaire (meilleure moyenne de goals par match du top 5 européen). Parmi les cinq puissances mondiales du football, le Bayern est l’un des deux clubs à n’avoir acheté qu’un seul joueur au-dessus des 50 millions d’euros. À titre de comparaison, Manchester City a acheté onze joueurs à 50 millions ou plus. La concurrence que craint Rummenigge.

Derrière le ciblage des supporters de la Bundesliga sur Dietmar Hopp, c’est un débat entre l’essor économique des clubs de football et les valeurs traditionnelles allemands qui fait rage autour de la règle 50+1.

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