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Pourquoi Donald Trump veut-il nommer très rapidement un successeur à Ruth Bader Ginsburg à la Cour suprême ?

Une statuette à l'effigie de la juge Ruth Baden Ginsburg devant la Cour suprême où les citoyens américains sont venus lui rendre hommage.
20 sept. 2020 à 11:12 - mise à jour 20 sept. 2020 à 11:504 min
Par F.C.

"Je pense que cela va aller très vite", a déclaré Donald Trump depuis les jardins de la Maison Blanche, évoquant même une annonce "dès la semaine prochaine". Le président américain a affirmé qu’il proposerait rapidement un nom, celui d’une femme, pour remplacer la juge à la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg (RBG), icône de la gauche américaine décédée le 18 septembre.

"Ce sera une femme. Une femme très talentueuse, très brillante, que je n’ai pas encore choisie – mais nous avons beaucoup de femmes dans notre liste". La volonté affichée du locataire de la Maison Blanche d’aller vite promet une fin de campagne présidentielle électrique aux Etats-Unis. Si cette nomination devait aboutir, jamais dans l’histoire américaine un juge promis à une telle fonction n’aura été nommé aussi près d’une élection présidentielle.

Donald Trump annonce qu'il va nommer une femme à la Cour Suprême

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La mort de la juge "RBG", comme elle était surnommée, a suscité une vague d’émotion dans le pays et aussi une immense inquiétude dans le camp démocrate. Car en nommant très rapidement un nouveau juge à sa place, Donald Trump ancrerait la Cour suprême dans le camp conservateur pour longtemps.

Une Cour suprême de plus en plus conservatrice

Les neuf juges de la Cour suprême sont nommés à vie, et Donald Trump a déjà procédé à deux nominations, celles des conservateurs Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh. Cinq de ces juges ont été choisis par des présidents républicains, les quatre autres par des démocrates. Les deux juges les plus âgés ont été nommés il y a un quart de siècle par le président démocrate Bill Clinton.

L’enjeu est considérable puisque la Cour tranche les principales questions de société, comme l’avortement, le port d'armes ou les droits des femmes ou des homosexuels...

L’enjeu est considérable puisque la Cour tranche les principales questions de société, comme l’avortement, le port d'armes ou les droits des homosexuels, qui sont souvent aussi les lignes de fracture d’une société américaine plus divisée que jamais.

Autre compétence essentielle dans la perspective des élections à venir : la haute cour a aussi le dernier mot sur les litiges électoraux, comme lors de la présidentielle de 2000 finalement remportée par George W. Bush face à Al Gore.

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Une priorité pour les républicains

La santé de la juge Ginsburg était chancelante et les républicains se préparaient à cette vacance. Donald Trump avait présenté début septembre une liste de personnalités qu’il pourrait présenter. Parmi eux, deux sénateurs ultra-conservateurs, Ted Cruz et Tom Cotton. Le chef de la majorité au Sénat Mitch McConnell a déjà prévenu qu’il était disposé à aller de l’avant dans le processus de nomination.


►►► Lire aussi : Qui pour remplacer Ruth Bader Ginsburg à la Cour suprême américaine ?


 

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Dans des circonstances comparables, il y a quatre ans, il avait pourtant bloqué la désignation d’un juge par Barack Obama. Les républicains estimaient alors qu’on ne change pas un juge en année électorale. Le président de la commission judiciaire de Sénat Lindsey Graham a pris acte samedi du souhait de Donald Trump, dont il est très proche. "Je comprends parfaitement" le président, a-t-il dit.

Mon vœu le plus cher est de ne pas être remplacée tant qu’un nouveau président n’aura pas prêté serment

Le président dispose d’une majorité républicaine de 53 contre 47 au Sénat, mais une poignée de sénateurs pourraient faire défaut, notamment ceux confrontés à des réélections difficiles dans des Etats modérés. L’équation politique est donc complexe. Par exemple, la sénatrice républicaine modérée du Maine, Susan Collins, a annoncé la couleur : le Sénat ne doit pas confirmer un nouveau juge à la Cour suprême avant la présidentielle du 3 novembre. "Par honnêteté envers le peuple américain […] cette décision de nomination à vie à la Cour suprême devrait être prise par le président qui sera élu le 3 novembre", a-t-elle estimé.

Dans ces dernières volontés, Ruth Bader Ginsburg avait d’ailleurs confié espérer éviter le scénario de son remplacement à la hâte par Donald Trump. "Mon vœu le plus cher est de ne pas être remplacée tant qu’un nouveau président n’aura pas prêté serment", aurait-elle confié à sa petite-fille.

Enjeu de campagne

Le lancement d’une bataille parlementaire sur la Cour suprême changerait complètement la physionomie de la campagne, aujourd’hui dominée par la pandémie de Covid-19 et ses conséquences. Donald Trump est pour l’instant en retard dans les sondages, et sévèrement critiqué par les Américains pour sa gestion du coronavirus.

En face, dans le camp démocrate, on se mobilise. A 45 jours de l’élection présidentielle, le candidat démocrate Joe Biden et l’ex-président Barack Obama ont immédiatement mis en garde Donald Trump contre toute nomination hâtive. "Les électeurs doivent choisir le président, et le président doit proposer un juge au Sénat", a dit Joe Biden. Barack Obama a appelé son successeur républicain à s’abstenir alors que "des bulletins de vote sont déjà déposés" pour le scrutin du 3 novembre, par anticipation ou par correspondance.

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Défense des droits des femmes

Ce week-end, plusieurs centaines de personnes s’étaient rassemblées devant la Cour suprême pour s’incliner devant la mémoire de RBG. Parmi elles, la colistière de Joe Biden, Kamala Harris, venue se recueillir avec son mari. "RBG était pour moi une pionnière, une icône, une combattante. Elle était une femme dans tous les sens du terme", a-t-elle confié.

Ruth Bader Ginsburg gardera une place à part dans l’histoire de la conquête des droits et de la lutte contre les discriminations. Avocate, elle obtint de la Cour suprême le démantèlement des lois discriminatoires à l’encontre des femmes. Entrée à la Cour suprême il y a 27 ans sur nomination de Bill Clinton, elle fait l’objet d’un culte aux Etats-Unis.

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