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Environnement

Pourquoi interdire la pêche dans les cours d’eau wallons ?

L'invité dans l'actu - Michael Ovidio, directeur en Sciences à l'Uliège

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26 juil. 2022 à 08:14Temps de lecture3 min
Par Alain Lechien sur bas de l'invité dans l'actu sur La Première
Un pêcheur à la ligne
Un pêcheur à la ligne Getty Images

Depuis ce mardi, les amoureux de la pêche doivent ranger leur canne et leurs nasses : cette activité est interdite jusqu’au 12 août sur plusieurs cours d’eau en Wallonie, car le niveau de l’eau est trop bas. C’est notamment le cas dans les sous-bassins de la Lesse, la Moselle, l’Ourthe, la Vesdre, certains affluents de la Meuse et de la Sambre ou encore sur l’Amblève.

Interrogé sur La Première, Michael Ovidio, professeur responsable du laboratoire de démographie des poissons et d’hydroécologie à l’Université de Liège, explique que "quand le niveau est très bas et d’une manière prolongée et que ça se déroule en été, ce qui va se passer inévitablement, c’est que la température de l’eau va augmenter, l’oxygène dissous dans la rivière va également diminuer. Et donc, il y a pas mal d’espèces de poissons qui vont se retrouver dans une situation physiologique qui est assez critique, donc des zones de tolérance qui sont en dehors de ce qu’elles acceptent habituellement, pour la température et pour l’oxygène. Ce qui se passe également, c’est que les habitats que les poissons utilisent ne sont pas facilement accessibles. Donc, par exemple, les poissons qui vivent près des berges au niveau des abris qui sont immergés ne vont plus retrouver ces abris pour aller vivre. Et les poissons qui apprécient les vitesses de courant relativement importantes comme milieu de vie ne vont plus trouver ces milieux de vie non plus. Donc on combine, si vous voulez, un état de stress physiologique pour les poissons, avec aussi des comportements de recherche d’habitats qui ne sont pas des habitats optimums. Donc les poissons sont dans une situation de stress quand les niveaux sont très bas dans les rivières".

Concernant la reproduction des poissons, "heureusement, pour l’instant, on est en été et on est un petit peu en dehors de la période de reproduction de la plupart des espèces de poissons. Donc, a priori, ce n’est pas quelque chose qui aura un impact sur la reproduction en elle-même actuellement. Maintenant, ce qui pourrait se passer, c’est si les conditions difficiles se prolongent, peut-être que les poissons auront du mal à accumuler des réserves énergétiques avant l’hiver et cela pourrait dans ce cas-là, se répercuter sur la reproduction de l’année suivante. Mais on n’est pas encore vraiment dans cette situation pour le moment", poursuit-il.

Mais on peut "assez rapidement avoir des taux de mortalité relativement importants. Alors je pense que ce n’est pas le cas pour le moment. C’est vrai que si ça se prolonge, que la température reste très élevée, que l’oxygène descend, on ne peut pas exclure qui aurait de la mortalité dans certaines rivières".

Selon lui, "les poissons qui auront le plus de difficultés sont ceux qui vont tolérer les températures pas très élevées. Donc je pense aux salmonidés, par exemple la truite, le saumon, l’ombre commun sont des espèces de poissons qui ne vont pas vraiment résister à de fortes augmentations de la température de l’eau. À l’opposé, il y a des poissons comme la carpe ou l’anguille, qui supportent assez bien des températures assez élevées. Donc l’effet sera différent en fonction des préférendums de la physico-chimie de l’eau pour les espèces de poissons".

Interdire la pêche aux bords de nombreux cours d’eau wallons "c’est une mesure qui est assez exceptionnelle. C’est assez rare que le débit des cours d’eau soit aussi bas pendant une durée aussi longue. Je n’avais jamais entendu ce genre de mesure. Bon, il y a quand même une certaine sagesse puisque quand le poisson est dans un état physiologique de stress, si on rajoute à ça une capture par un pêcheur, le stress de la capture, le stress de la manipulation, le stress de la remise à l’eau, ça rajoute du stress au stress. Et donc je pense que c’est quand même sage d’interdire la pêche actuellement et que dès que le niveau d’eau va redevenir normal, on pourrait réautoriser la pêche d’ici quelques jours, je l’espère ou quelques semaines".

Avec les bouleversements climatiques, les poissons de nos rivières ont-ils déjà modifié leur comportement ces dernières années ? "Ce qu’on voit en général quand les niveaux sont bas, c’est qu’on a des concentrations de poissons dans des zones qui sont un peu plus fraîches. Donc ça, c’est quelque chose qu’on voit quand même assez régulièrement ou dans des habitats dans lesquels il y a encore une certaine profondeur, puisque les poissons ont quand même besoin de se protéger aussi de prédateurs, donc il leur faut des abris. Donc les poissons vont se concentrer dans des zones là où la température est un peu plus fraîche, à proximité des affluents par exemple, ou dans des zones un petit peu plus profondes. C’est quelque chose qui est assez connu, quand le niveau d’eau diminue on a quand même des concentrations plus importantes de poissons à certains endroits. On a de plus en plus d’épisodes de sécheresse, c’est assez prononcé. Et puis avec la température de l’eau aussi qui augmente très fort. Donc oui, on n’est pas à l’abri que de telles mesures soient encore prises dans le futur. Mais j’espère que ce genre de mesures ne va pas se reproduire. Mais c’est vrai qu’on est dans une situation où c’est de plus en plus fréquent", conclut-il.

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