Ecologie

Pourquoi la France pourrait devenir pionnière en matière de viande de synthèse en Europe

Pourquoi la France pourrait devenir pionnière en matière de viande de synthèse en Europe.

© Yulia-Images

08 oct. 2022 à 14:00 - mise à jour 12 oct. 2022 à 18:20Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

A l'horizon 2024, à une vingtaine de kilomètres du plus grand marché au monde (Rungis), un atelier de 4.300 m² devrait se consacrer à autre chose que des produits frais : la viande de culture.

En décrochant une levée de fonds de 48 millions d'euros, la start-up Gourmey, qui a mis au point le premier foie gras de synthèse, prévoit de donner de la matière à la viande conçue en laboratoire.

48 millions d'euros pour inventer la viande de demain

Elle s'appelle Gourmey, avec un "y". Le nom de cette start-up sonne anglo-saxonne mais elle est bien française. Depuis 2019, l'entreprise basée en région parisienne développe un processus de fabrication de viande de synthèse à partir de cellules animales. Une quinzaine de personnes sont impliquées dans ce nouveau business, qui se concentre pour l'heure sur les produits aviaires.

Le tout premier produit fini est un foie gras de canard développé à partir d'un œuf de cane.

Alors que le futur du marché de la viande de synthèse est promis à un avenir pesant 300 milliards de dollars, Gourmey a ciblé un emblème gastronomique français pour devenir une référence dans ce secteur, pour lequel une centaine de start-ups s'activent déjà dans le monde, depuis les États-Unis jusqu'en Israël en passant par Singapour, unique pays à avoir autorisé la commercialisation de la viande de culture à ce jour.

En Europe, c'est au pays d'Auguste Escoffier que l'on pourrait bien devenir les pionniers du genre à travers la réussite de Gourmey. L'entreprise francilienne a annoncé via son compte Twitter avoir décroché une levée de fonds record de 48 millions d'euros. Concrètement, cette enveloppe astronomique servira à l'implantation d'un atelier géant d'une surface de 4.300 m² qui doit voir le jour d'ici 2024. A cette échéance, quelque 120 salariés devraient donner de la consistance au business de cette entreprise, qui ambitionne de répartir ses nouveaux espaces entre un centre de recherches et de développement et un atelier de production.

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Pour vanter le bien-fondé de son travail, Gourmey brandit l'argument environnemental en indiquant que la viande de synthèse produit entre 80 et 92% d'émissions de CO2 en moins par rapport à l'élevage conventionnel. D'après le président de l'entreprise, plus de 90% des surfaces terrestres seraient économisées grâce à cette production réalisée en laboratoire

La réglementation européenne trop pointilleuse ?

Cependant, si l'objectif de la start-up tricolore est d'accélérer sur la transition écologique, elle devra faire face à un obstacle de taille : la réglementation. En début d'année, nous avions posé la question de la faisabilité d'une commercialisation future de la viande de culture en France et en Europe à un chercheur de l'Inrae (l'Institut national de recherche pour l'alimentation).

"En Europe, on ne peut pas utiliser des implants hormonaux avec des animaux en élevage traditionnel, contrairement aux Etats-Unis, en Amérique du Sud ou en Australie. Le législateur européen considère que rajouter un supplément d'hormones à celles déjà existantes chez l'animal pourrait potentiellement représenter un risque. Cela serait donc difficile de comprendre que l'Europe accepte que l'on ajoute des hormones pour produire de la 'viande de culture'. De plus, la 'viande de culture' n'est pas considérée comme de la viande mais comme un 'nouvel aliment',  dont la qualité sanitaire doit être démontrée aux yeux de la législation européenne", avait indiqué Jean-François Hocquette.

Les concurrents en embuscade

Lorsque les autorités sanitaires européennes auront donné leur feu vert, Gourmey devra aussi faire face à la sérieuse concurrence d'autres entreprises européennes, notamment de Mosa Meat.

Aux Pays-Bas, l'entreprise est parvenue à attirer l'acteur Leonardo Di Caprio en tant qu'investisseur, mais aussi à obtenir une levée de fonds de 85 millions de dollars en vue d'agrandir son usine de production basée à Maastricht. Pour l'heure, la société néerlandaise a déjà gagné la bataille de l'image puisqu'elle a été la toute première à élaborer un burger à base de viande in vitro. C'était en 2013.

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