Agriculture

Pourquoi le bio de demain ne sera pas celui que l'on connaît ?

© Jay Yuno

05 oct. 2022 à 08:00Temps de lecture2 min
Par RTBF avec AFP

Lait, œufs, biscuit, chocolat... Les pendants bio à l'alimentation conventionnelle ne séduisent plus. Alors que l'inflation touche la population belge, qui n'a pas d'autre choix que de prêter attention à ses dépenses, l'agriculture biologique ne peut plus justifier ses prix par une valeur ajoutée.

Le bio d'hier, qui n'affichait qu'une dimension écologique, doit désormais intégrer des valeurs sociale, nutritionnelle et de bien-être animal pour compter demain.

L'engouement pour le bio mis à mal par le contexte inflationniste

C'est l'une des tendances de consommation majeure de l'inflation : le recul des achats de produits bio. Ces derniers, qui répondent pourtant aux attentes des consommateurs soucieux d'acheter des articles davantage respectueux de l'environnement, se retrouvent de moins en moins dans le caddie des clients.

Parmi les premiers produits qui font les frais de ce désamour, il y a d'abord le lait longue conservation, dont les ventes en valeur se sont repliées de 12,6% (données publiées par le cabinet NielseniQ). En deuxième position des articles bio qui font le plus gros flop, on trouve aussi un rayon qui a largement contribué hier au succès de l'agriculture biologique : les œufs (-9,9%). Et puis, il y a les biscuits (8,9%), le chocolat en tablette (8,6%) ou encore les conserves de légumes (-7,5%).

La dimension écologique ne suffit plus

D'abord, il ne faudrait surtout pas interpréter cette baisse de consommation comme un signal prouvant que les gens ne s'intéressent plus (pas) aux problématiques environnementales. 43% se disent très inquiets du réchauffement climatique. Seule l'inflation constitue un souci pour davantage de consommateurs (52%).

En réalité, le critère écologique ne convainc plus. Seuls 27% des consommateurs interrogés par NielseniQ indiquent en effet que "les produits bio permettent une agriculture vraiment plus écologique", une proportion en baisse de deux points par rapport à l'année dernière.

Les articles bio doivent être éthiques pour d'autres raisons en intégrant par exemple des perspectives sociales, locales et/ou nutritionnelles.

Et sur le plan de l'écologie, les références ne peuvent plus uniquement jouer la carte de l'agriculture sans engrais de synthèse ni pesticides. Les marques doivent aussi promettre de réduire les emballages.

"On tue le bio parce qu'on le vend trop cher !"

Ces divers engagements que doivent prendre les fabricants ne doivent surtout pas être un prétexte pour afficher des prix plus élevés. 54% estiment que les articles bio sont trop onéreux par rapport aux bénéfices qu'ils apportent (en hausse de deux points sur un an). Le grand expert du sujet, Xavier Terlet, avait justement abordé cette question : "Aujourd'hui, nous sommes en train de tuer le bio parce qu'on le vend trop cher ! Prenez le yaourt Danone vendu par quatre. Le même estampillé de la mention bio est deux fois plus cher au kilo ! Le consommateur ne comprend plus pourquoi il y a une telle différence et cela se traduit par une baisse d'achat. Je ne dis pas qu'il n'y a plus d'avenir pour le bio. Il y a de l'avenir pour un bio discount simple et pas cher, qui affiche d'autres valeurs ajoutées : le local et le respect du bien-être animal."

Le cabinet NielseniQ a fait les comptes : un panier bio peut coûter 45% plus cher qu'un même panier qui comprend des produits conventionnels et basiques tels que du dentifrice, du beurre, des madeleines ou encore des yaourts et des coquillettes. Les consommateurs ont déjà trouvé le moyen d'être des "consomm'acteurs" en achetant par exemple des œufs de plein air qui s'avèrent moins chers : 1,69 euro la boîte de six contre 2,45 euros en bio. Ils ont ainsi la preuve qu'on n'a pas besoin de dépenser plus pour obtenir des produits à valeur ajoutée.

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