De profonds regrets, mais pas d’excuses. Le discours du roi Philippe à Kinshasa est analysé par Mathieu Zana Etambala, chercheur en Histoire au Musée royal de l’Afrique centrale et professeur d’Histoire à l’UGent.
S’il n’y a pas eu d’excuses prononcées cette fois, c’est pour deux raisons principales. La première : le rapport de Commission spéciale sur le passé colonial belge n’est pas encore bouclé et il faut en attendre les résultats.
"Si les parlementaires de cette commission le veulent, ils pourront imposer aux partis et à l’institution royale de prononcer des excuses lors d’un prochain voyage", analyse-t-il.
Deuxième raison selon Mathieu Zana Etambala : le roi des Belges s’adressait entre autres à un président qui n’a pas été élu démocratiquement. "C’est son prédécesseur, Joseph Kabila qui a imposé Felix Tshisekedi. À mon avis, il ne représente pas le peuple congolais. De nouvelles élections sont prévues à la fin de l’année prochaine. Si son successeur est élu démocratiquement, alors, on pourra prévoir un nouveau voyage pour prononcer des excuses avec un président élu."
Car pour le chercheur, les Congolais méritent un mea culpa. "La population souffre toujours. Un proverbe zimbabwéen dit 'quand deux éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre mais quand deux éléphants font l’amour, c’est aussi l’herbe qui souffre.' Encore une fois, cette rencontre entre les deux chefs d’Etat ressemble à une rencontre entre deux éléphants."
Selon l’historien, les présidents qui se sont succédé depuis l’indépendance n’ont pas fait mieux que sous l’ère coloniale. "Depuis 1960, le peuple est toujours dans la misère. La situation n’a pas changé. […] Il n’y a toujours pas d’égalité ou de respect pour le peuple congolais."