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Pourquoi les Européens rechignent-ils à exclure les banques russes du système SWIFT ?

C’est une des sanctions imaginées par les Occidentaux pour riposter à l’invasion de l’Ukraine par la Russie : exclure les banques russes du système SWIFT. Certains parlent d’une "arme atomique financière". Pourquoi ? Et pour quelles raisons les Européens sont-ils divisés sur l’application d’une telle sanction ? Déclic a voulu y voir clair.

SWIFT c’est quoi ?

Commençons par le début, qu’est-ce que ce système SWIFT ? Eric d’OR professeur d’économie à l’IESEG de Lille précise : "c’est un système de messagerie financière entre banques de différents pays qui leur permet de se donner mutuellement des ordres de payement de manière rapide et sécurisée".

Les codes BIC, sur nos cartes bancaires, sont issus de ce système. Une sorte de numéro d’identité international pour chaque banque, indispensable pour organiser les transactions interbancaires internationales. Aujourd’hui, SWIFT société non cotée installée à la Hulpe, en Belgique, transmet quelque 50 millions de transactions par jour.

Une arme financière atomique ?

Si la Russie devait être exclue de ce système, cela entraînerait des conséquences très problématiques pour ses banques. Elles seraient obligées de revenir à l’âge de la pierre des transactions interbancaires, contraintes de développer des procédures de contacts et de certification de banque à banque, pour chaque transaction, comme à l’époque des télex, dans les années 70.

Peut-on pour autant parler d’arme atomique, contre l’économie russe ? Pas tout à fait selon Eric Dor : "En réalité, il y a une arme encore plus puissante que l’exclusion des banques russes de Swift, c’est de les interdire de transactions en dollars ou en euro. Là ça compliquerait énormément les échanges financiers avec la Russie. Mais pour cela il faudrait accepter de ne plus rien acheter aux Russes et par exemple de ne plus acheter de gaz."

Une dépendance problématique des européens

ON touche là au nœud du problème. Les Européens savent très bien que prendre de telles sanctions reviendrait à se faire très mal. "Le fait que les Européens n’aient pas vraiment développé une vraie politique énergétique met beaucoup d’entre eux en situation de dépendance face à la Russie. Difficile dès lors d’exclure les banques russes de toute transaction avec l’Occident" précise encore Eric Dor.

Officiellement c’est pour se réserver encore une arme plus puissante dans la suite des négociations avec Moscou que les Européens renoncent aujourd’hui à exclure la Russie du système Swift mais il est évident que cette dépendance sur une série de matières premières a pesé, en particulier côté allemand et italien.

Une clé dans les mains de Pékin

Et puis, il y a un dernier argument encore : la crainte qu’en excluant la Russie des échanges bancaire internationaux, elle continue de développer son propre système d’interconnexion bancaire, ce qu’elle a déjà commencé à faire. La Chine développe aussi, en ce moment, son propre réseau et les deux puissances pourraient demain connecter leurs systèmes.

C’est en cela que le régime chinois détient l’une des clés de cette crise. S’il décide de compenser les sanctions occidentales en aidant les transactions russes, en achetant du gaz en masse… Il affaiblira encore un peu plus les leviers d’action déjà limités des Européens.

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