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Politique

Pouvoir d'achat et compétitivité : voici ce que recommandent les experts au gouvernement

15 juin 2022 à 10:10 - mise à jour 15 juin 2022 à 14:05Temps de lecture3 min
Par Jean-François Noulet, avec T. Gadisseux

Le gouvernement a sollicité un collectif de sept économistes pour lui faire des propositions sur la crise du pouvoir d’achat. Le président de ce groupe d’experts et actuel gouverneur de la Banque nationale, Pierre Wunsch, a fait un premier rapport au conseil des ministres ce mercredi midi. L’impact de la crise a été étudié sur les ménages, sur les entreprises et sur les finances publiques. "Rien n’est gratuit" précisent les experts. "Creuser le déficit n’est pas une option", peut-on lire dans le document, tout en ajoutant qu’une "compensation complète pour tout le monde est impossible". Des choix politiques s’imposent, c’est la tâche du gouvernement.

Extrait de notre 13h de ce mercredi 15 juin :

Prix de l'énergie, indexation des salaires, fiscalité...

Dans leur rapport intermédiaire, dont la RTBF a pu prendre connaissance, les économistes reviennent sur le tableau dressé lundi par la Banque nationale. La BNB s’attendait ainsi à un retour de la croissance fin 2022 et à un recul de l’inflation en 2023. Mardi, lors de la présentation du bulletin de l’OCDE pour la Belgique, le Premier ministre avait rappelé que son équipe était à la recherche d’un nouvel équilibre entre pouvoir d’achat et compétitivitéLundi, c’est la Banque Nationale qui avait présenté ses perspectives économiques.

A l'aide de différents graphiques et de projections économiques, le rapport illustre comment cette crise énergétique appauvrit l'économie belge. "En Belgique, creuser le déficit n’est pas une option". Les experts détaillent les différentes réformes structurelles pour équilibrer les finances publiques, notamment sur le marché du travail. Ils précisent également comment le système d'indexation automatique des salaires protège déjà, même si c'est de manière parfois inégalitaire, les ménages. 

Le message du gouverneur de la Banque nationale peut se résumer ainsi : les marges de manœuvre sont très faibles pour aider d'avantage le pouvoir d'achat des ménages. Il faut lisser et affiner certains mécanismes, mais la menace sur la compétitivité des entreprises, et le choc sur les finances publiques doivent êtres des signaux d'alertes majeurs pour les autorités politiques. "Une trajectoire d'assainissement budgétaire claire" s'impose, constate le groupe d'économiste. Un retour de la "contrainte budgétaire" qui risque de susciter de vifs débats politiques.
 

Sur le même sujet : Extrait JT (14/06/2022)

Qui paie la facture ?

Le groupe d’experts propose de réformer en profondeur le régime de taxation de l’énergie : "moins de TVA, plus d’accises avec cliquet inversé". La baisse actuelle de la TVA n’est pas assez ciblée, selon les économistes et la date butoir de la mesure risque d’être sans cesse repoussée. Ainsi, le retour à la normale du taux de TVA ou la hausse des accises sur l’énergie pourrait être décidé à partir d’une certaine baisse des prix de l’énergie.

Les économistes préconisent de venir en aide aux ménages qui subissent fortement la crise mais qui sont juste à la limite des seuils pour bénéficier des tarifs sociaux. Plusieurs options sont évoquées : étendre le tarif social ou l'attribution de "chèques". La question du coût budgétaire est évidemment posé, sachant que l’ardoise pour l’ensemble du premier paquet des mesures en s’élève déjà à 2 milliards d’euros.

Il est aussi question d’indexation anticipée des barèmes fiscaux au titre du précompte professionnel dès juillet 2022.

Par rapport à l’indexation des salaires, les experts relèvent des "lacunes et imperfections" dans la méthode d’indexation des salaires, "notamment quant au timing et à la manière dont l’indice santé est mesuré et appliqué". Ils recommandent une analyse approfondie de cette méthode. Invité de Matin Première, l'économiste Philippe Defeyt, membre du groupe d'experts, en parlait sur nos antennes ce mercredi. 

Du côté des prix de l’énergie, les experts conseillent une réforme de la formation des prix sur les marchés énergétiques européen. Ils recommandent au gouvernement "d’agir maintenant pour éviter un tsunami de nouveaux contrats variables et chers et mieux faire face au prochain boom".

Les économistes envisagent également une taxation des surprofits. La ministre de l'Energie, Tinne Van der Straeten, ambitionne depuis plusieurs mois de mettre en place une taxe spéciale permettant de capter les surprofits dans le secteur énergétique et de les restituer aux contribuables. Différentes études ont été remises au gouvernement sans forcément aboutir à un accord sur cette taxation.

Les experts préconisent aussi des mesures pour agir sur les quantités d’énergie consommées. A court terme, la limitation plus stricte de la vitesse sur les autoroutes ou une baisse accélérée des subsides aux voitures de société sont suggérées. A plus long terme, et de façon permanente, les expertes proposent des mesures réglementaires menant à une baisse de la consommation d’énergie, par exemple, accorder la priorité à l’investissement dans une meilleure isolation des logements sociaux et des habitations plus modestes.

Les experts conseillent aussi de se poser la question de la soutenabilité budgétaire des subsides aux énergies renouvelables, à partir du moment où les prix des énergies fossiles seraient tels que les investissements "verts" seraient rentables sans subsides.

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